NOUVELLE TYPOLOGIE POUR LE PÔLE RECYCLERIE DÉCHETTERIE de IBOS

Information supplémentaires
Date: 2021
Localité: IBOS (64-FR)
Maitre d’ouvrage: Symat
Maitre d’œuvre: HanUMAN architecture et urbanisme
Entreprise: SEE Burg et SAS Duret
Catégorie: ecoconstruction-erp-tertiaire

Ce que nous avons réalisé

La réflexion menée sur l'optimisation du fonctionnement de la recyclerie d'IBOS a conduit Morgan Guillot, architecte de l'agence HanUMAN a créer une configuration d'ouvrage facilitant la pédagogie, les rencontres et les échanges.

Interview de Morgan Guillot architecte de l’agence HanUMAN par BCB, Février 2021.

La création d'un cahier des charges

BCB : Quels étaient les grandes lignes définissant le projet ?

Morgan Guillot : Le Symat, MOA, voulait constituer un pôle déchetterie +recyclerie. Avec une déchetterie innovante recourant à une méthode d’exploitation plus sécurisante pour les usagers. En fonctionnant à plat, au moyen de caissons de sécurité. Et adossée à cette entité, la partie recyclerie pour trier en amont ce qui peut être réemployé.

Il n’y avait pas d’exigence particulière sur l’écriture architecturale si ce n’est une volonté de communication.

 

BCB : Comment l’objectif recyclerie/déchetterie a fait émerger le besoin d’une nouvelle typologie ?

MG : Pour répondre à l’appel d’offre, nous avons proposé des solutions matériaux, mais uniquement dans un objectif de visuel, de communication comme en bardage par exemple, avec une grande importance accordée à la signalétique, au travail de l’image. Notre approche nous a permis d’être retenu par la MOA.

À ce stade, j’ai précisé le projet sur l’aspect environnemental pour faire une architecture qui se voulait intemporelle avec la création d’une nouvelle typologie d’équipement

En quelques mots : on sait ce qu’est un équipement public, on sait faire la différence instinctivement entre une école, un gymnase, une halle de marché. Ici, nous sommes sur de nouveaux modes de consommation par le réemploi, par cette revalorisation du déchet, qui devient ressource.

Dans ce projet, nous sommes dans les codes inverses des supermarchés. Le supermarché est une boite fermée, on reste à l’intérieur où il y a énormément d’objets sur lesquels nous nous focalisons. On ne se rend pas compte du temps qui passe, des différences de températures, de la nuit à 18 h en hiver…tout est artificialisé pour se concentrer sur le produit.

Ici, le code inverse ce traduit par un repositionnement du déchet, qui est l’objet, comme ressource, dans un contexte environnemental qui est la vie, et le temps qui passe, les saisons et le climat. Le magasin de vente devient alors un lieu de sensibilisation jusqu’à traiter de la question environnementale que nous abordons via la mise en place d’un bassin d’infiltration des eaux, qui permet d’amener de la biodiversité, d’amener des insectes. Et cette biodiversité-là peut être prétexte à la création d’ateliers pédagogiques pour expliquer la vie encore une fois.

 

BCB : Quels sont les différents espaces constituant la recyclerie ?

MG : La programmation était bien établie. Étaient définies :

  • La déchetterie avec bureau d’accueil et vestiaire attenant, complété par l’espace extérieur de collecte des déchets et les locaux de déchets spéciaux.
  • La partie recyclerie était prévue avec un magasin, un atelier pour réparer, une aire de lavage pour nettoyer et une zone de dépôt permettant à réception des objets de faire un pré-tri « à la sortie du coffre ». Avant que ces objets-là passent en atelier, il y avait une zone de stockage. Le personnel de la recyclerie disposant d’une salle de repos, de sanitaires publics et de vestiaires.

Ces 2 structures constituant 2 entités avec 2 gestionnaires différents : la déchetterie est limitée au public qui dispose du badge d’accès, donc un public assez local, la recyclerie étant un équipement public ouvert à tous. On est bien sur 2 ERP où tout est dissocié, même si on a une continuité de bâti.

À cette programmation initiale, nous avons apporté ces notions de

  • Fonctionnement contradictoire par rapport au fonctionnement d’un supermarché
  • Construction avec des matériaux environnementaux
  • Paysage nourricier. Paysage aussi bien extérieur qu’intérieur avec ici la création d’un patio ouvert sur l’espace un jardin de 75 m² au milieu des 500 m² du magasin. Au-dessus de ce jardin, une grande verrière apporte beaucoup de lumière à la fois aux plantations et aux 2 zones de part et d’autre du jardin et qui sont dédiées à l’espace ateliers.

Nous avons apporté également une vision élargie du réemploi en suggérant la possibilité d’emprunter. Ce qui prolonge encore davantage la durée de vie du matériel qui sera de fait entretenu, repoussant le moment de l’obsolescence. Pour compenser la perte de revenue en découlant, pour l’association qui gère la recyclerie, nous créons un café afin que les gens puissent s’y arrêter et que cela devienne un lieu de vie à s’approprier en lien avec la volonté de faire des ateliers pédagogiques. On pourra venir avec les enfants par exemple, et les parents pourront se poser, bouquiner parce qu’il y aura également des livres à disposition, Nous avons amené cet espace-là vers la notion de tiers lieux.

D'un système de construction classique à un système de construction biosourcé

BCB : Quelles étaient les options de la maîtrise d’ouvrage quant aux choix constructifs ?

MG : Il y avait la volonté d’une intégration dans le site, avec une approche énergétique au travers d’une toiture conçue pour une exploitation solaire. Mais l’étude réalisée a démontré qu’il n’y avait pas de retour sur investissement suffisant.

Cela a conduit à réorienter le projet sur l’aspect environnemental et biosourcé. 2 axes que j’essaye de porter dans tous nos projets.

Il y avait une sensibilité environnementale affichée dans le programme initial, mais sans utilisation de matériaux biosourcés. Il a fallu convaincre la DREAL pour faire passer le bois comme matériau de la structure porteuse.

Pourquoi le choix du béton de chanvre

BCB : Il existe de très nombreuses solutions biosourcées, quelles sont les raisons de votre choix du béton de chanvre ?

MG : En phase esquisse du projet, nous avions opté pour d’autres matériaux paille+ enduit chaux en façade extérieur et enduit terre en intérieur. Cela ne passait économiquement et techniquement. Au moment de cette réflexion, la filière n’était pas suffisamment structurée. Et la possibilité technique pas suffisamment démontrée. Ce qui nous a amené au béton de chanvre

Il nous a quand même fallu convaincre le bureau de contrôle et la DREAL : il y avait l’obstacle de la tenue au feu (qui est résolu maintenant avec le PV de l’essai LEPIR2, ndlr), l’obstacle de la structure bois…, tout simplement parce qu’on sort des sillons normaux recourant au béton, à la maçonnerie ou au métal.

La question du budget pour la construction en béton de chanvre de la recyclerie

BCB : Quel a été l’impact du choix d’une construction béton de chanvre sur le budget ?

MG : Nous avons eu des surcoûts mais qui ne sont pas du fait de la partie biosourcée. Par exemple nous avons eu besoin de traiter les eaux de ruissellement considérées comme polluées, nécessitant ainsi la création d’un bassin enterré.

Mais sur un tel projet, nous avons tenu les coûts par la maîtrise technique de l’ossature bois. Nous avons fait simple et sobre.

De plus pour un bâtiment qui traite du réemploi, la MOA pouvait accepter des finitions assez brutes. En plafond, en intérieur, on a de l’OSB apparent, une dalle quartz au sol. En étant sur une typologie industrielle nous avons pu nous permettre ce genre de finition. Ces traitements ont contrebalancé d’autres postes.

 

BCB : Quels sont les modes de financement ?

MG : A partir de la validation des orientations du projet par les élus de la communauté de commune, la MOA a été très volontaire pour aller chercher des budgets auprès de l’ADEME et de la caisse des dépôts et de consignation.

Donc il y a eu un financement complémentaire qui a été apporté parce que je pense que l’ensemble des interlocuteurs, et en premier lieu la MOA, étaient sensibles au projet et qu’ils voulaient le porter. Ce point est essentiel : on arrive à faire des projets qui vont bien à partir du moment où il y a une cohésion d’équipe, et quand je dis équipe il s’agit non seulement des MOA et MOE, mais aussi des entreprises qui vont faire.

La recyclerie bénéficiera de performances thermiques et hygriques en toutes saisons

BCB : Quels étaient vos objectifs de performances thermiques ?

MG : on a atteint un niveau RT 2012 -30%, Bbio-30%. Mais en fait je n’ai pas d’objectif performantiel, mais des ambitions low-tech. Et le low-tech n’a rien à voir avec la performance. Cela a beaucoup plus à voir avec la pérennité. C’est cela qui m’intéresse.

Dans la pérennité il y a différents aspects :

  • Il y a la pérennité vis-à-vis de l’architecture et de l’urbanisme. Pour moi c’est une pérennité culturelle. C’est l’acceptation d’une architecture intemporelle pour que l’architecture puisse rester. Et que cela ne soit pas juste une architecture à la mode. Qui plait à l’instant T puis qui demain déplait.
  • Il y a la pérennité des matériaux, donc très simple, qu’on sait tout de suite réparer s’il y a besoin. Les bâtiments travaillent, un enduit on sait très bien le réparer, le rendre propre, le nettoyer, pas de soucis, surtout en faisant un débord de toiture
  • Et puis après il y a la pérennité liée au confort d’usage et cela peut passer par des solutions techniques et notamment une conception bioclimatique. À partir de là on s’inscrit dans un contexte avec une orientation solaire, avec une orientation au vent. Comment positionner les espaces pour faire des tampons thermiques, quels volumes donner, comment s’ouvrir sur l’extérieur, comment capter les rayons du soleil en hiver et comment on s’en protège l’été.

Et puis il y a le potentiel de la simulation thermodynamique qui peut indiquer des niveaux de températures plus réalistes pour bien anticiper ce qui se passera dans le bâtiment.

Mais il y a des aspects qui ne se calculent pas : la notion de confort par exemple.

Cela passe par la conception, par les matériaux utilisés…En extérieur, on peut utiliser de la végétation, ou du relief pour faire un peu de rétention d’humidité, travailler les expositions du bâtiment vis à vis du vent, pour ramener de la fraîcheur. En intérieur, utiliser des plantes participera à la qualité de l’air, et à la régulation thermique…
Mais on reste effectivement dans des approches empiriques, qui sont devenues des codes. Et aujourd’hui on a besoin de les démontrer par du calcul. Même si les ressentis peuvent être réels et positifs, à partir du moment où on ne sait pas les justifier, on ne peut pas les intégrer dans le bilan performantiel.

 

BCB : Le confort d’été est primordial dans le sud, comment avez-vous convaincu sur le fait que le béton de chanvre, c’est zéro climatisation ?

MG : Le sujet était important du fait de la présence d’une très grande verrière en toiture. Il y avait la peur de surchauffe. Mais ce point est solutionné par la ventilation naturelle et par une partie très largement ombragée. Toute la toiture est en débord d’un mètre cinquante donc on protège efficacement les façades. Et cette régulation est renforcée par l’inertie des parois béton de chanvre de 32 cm utilisé sur la quasi-totalité des surfaces (à l’exception de la zone des vestiaires), et celle de la dalle quartz.

La MOA m’a fait confiance dans ce domaine. On regardera de près les résultats des températures intérieures après cet été pour faire un bilan.

L’idéal aurait été de disposer d’une toiture ventilée pour compléter le dispositif. Mais là nous étions hors cadre budgétaire.

Plus généralement, dans le domaine de la construction, depuis la RT 2012, on sait que le point le plus difficile à solutionner est le confort d’été. On le voit au travers du fonctionnement des maisons trop étanches pour lesquelles un « bon fonctionnement » consiste à conserver les « ouvrants fermés » alors que le geste naturel nous amène à ouvrir les fenêtres quand il fait beau. On se voile la face sur la réalité culturelle de l’usage d’un bâtiment. On perçoit l’architecture comme une machine alors que c’est un outil de vie.

« On perçoit l’architecture comme une machine alors que c’est un outil de vie »

On nous a demandé lors de la période Covid d’aérer nos intérieurs ! On sait qu’il faut renouveler l’air et que les intérieurs sont pollués du fait des COV des différents matériaux présents notamment.

En cela, le biosourcé tel que le béton de chanvre est intéressant parce qu’en plus de sa régulation naturelle des températures, il préserve les échanges hygriques au travers des parois tout en permettant de faire des ouvrages qui respectent les niveaux d’étanchéité à l’air requis, et qu’il est sans solvant.

Béton de chanvre et temps chantier de la recyclerie

BCB : Sur le plan opérationnel, est-ce que le béton de chanvre représente une contrainte sur la durée globale de la construction ?

MG : c’est justement un point qui a été vu dès la préparation du chantier. Et même en amont pour sa planification. En fait, il y avait suffisamment à faire pour pouvoir nous adapter. Ainsi on a travaillé par tranche car l’ensemble de l’ouvrage est composé en 3 bâtiments accolés, avec des joints de dilation. Nous avons défini des zones d’intervention afin que chacun puisse avancer en tournant et disposer ainsi des temps de séchages adaptés. On a expliqué à l’ensemble des entreprises les temps de séchage du béton de chanvre et la nécessité de maintenir les portes ouvertes par exemple pour s’assurer d’une bonne ventilation des locaux.

Je n’ai pas perçu de problématique par rapport à cela alors qu’on était sur des parois épaisses.

FICHE CHANTIER Recyclerie Déchetterie Ibos

 

Récompense : le projet est lauréat du « Trophée de la Construction 2021 », mention « projet responsable », (au 09 09 2021), à lire sur  :

 

Crédit photos : ©HanUMAN architecture et urbanisme

 

Industriel du béton de chanvre: BCB Tradical®, groupe Lhoist

  • Béton de chanvre Tradical® Mur Isolant avec la chaux Tradical® Thermo + la chènevotte Chanvribat®
  • Le couple chaux chanvre Tradical® Thermo + Chanvribat® est validé par Construire en chanvre et conforme aux exigences performancielles des Règles Professionnelles d’exécution des ouvrages en béton de chanvre
  • Tradical® Thermo est une chaux de classe FL A 3,5 . Selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459
  • Chanvribat® est un chanvre labellisé Granulat Chanvre Construction
  • Ce couple chaux chanvre bénéficie d’une résistance au feu EI 240, la meilleure possible et d’un PV Lepir 2 validé pour 60 mn. Ces éléments confèrent au Béton de Chanvre Tradical® un véritable rôle de sécurité incendie

 

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