Piam, la pierre de taille et le Palais des Évêques

pierre de taille et enduit chaux Tradical®

La réparation de la pierre de taille, les enduits à la chaux, portrait d’un spécialiste, amoureux de la chaux aérienne.

Piam, c’est le nom d’artiste de ce professionnel qui a consacré une bonne partie de sa vie professionnelle à la restauration du patrimoine. Nous nous étions rencontré lors des Rencontres Régionales Tradical® à Mende, en 2015. Dernièrement en ce mois Décembre 2017, nous avons réévoqué son parcours et son implication dans le projet au long cours de la restauration du Palais des Évêques de Bourg-Saint-Andéol.

Interview 07 12 2017 : BCB Tradical®

 

BCB : Comment vous définiriez-vous ?

Piam : Je suis un passionné de la restauration. Mes axes de fonctionnement : comment redonner vie aux ouvrages de pierre, comment réparer, ou comment refaire ?

 

BCB : Quel type d’études avez-vous suivie ?

Piam : J’ai fait mes études de tailleur de pierre à Blois, avec le contenu classique du domaine : le débit de la pierre, le tracé, la taille, la stéréotomie. Suite à l’obtention de mon diplôme, j’ai œuvré au sein de nombreuses entreprises Monuments Historiques : Lagarde et Broussaille à Paris, puis Lagarde à Orléans, retour en Normandie où j’ai intégré des entreprises comme Puech, Quelin avec une longue période consacrée à la restauration de l’Abbaye Notre-Dame du Vœu, à Cherbourg.
Pendant une dizaine d’années, j’ai été sculpteur, à Honfleur. Et depuis 2005, je n’ai cessé de faire des chantiers pierre de taille.

 

BCB : Qu’est-ce qui fait que vous privilégiez la chaux aérienne ?

Piam : Je fais mon métier depuis plusieurs décennies. Donc j’ai suivi et quelquefois subi l’évolution des matériaux. À mes débuts, on éteignait la chaux aérienne, on la bâtardait quand on avait besoin de solutions plus hydrauliques. Le résultat était alors plus ou moins fiable et facile d’emploi. Ce qui m’a conforté dans le choix des chaux formulées Tradical®, ce sont 3 points que je considère cruciaux :

  • Le mortier laisse totalement respirer les supports
  • On peut parfaitement régler l’onctuosité, tout en restant gras, et avec une quantité d’eau modérée (ce qui facilite le séchage)
  • Et puis, le confort d’usage est incomparable

La meilleure illustration que je peux vous en donner au Palais des Évêques, c’est surement la restauration de l’espace que nous appelons le « laboratoire ». Les murs étaient très abimés du fait de la pose antérieure d’un enduit ciment. Quand nous avons tout décrouté, les murs étaient gorgés d’eau. 15 jours après réenduisage à  la chaux Tradical®, les parois étaient complètement sèches. Ça, c’est essentiel pour des ouvrages du patrimoine !

 

BCB : Et par rapport à votre pratique de tailleur de pierre ?

Piam : L’aspect réparation pose toujours question. Est-ce qu’il faut enlever toute la pierre ? Quand elle est abimée ponctuellement, comment je peux remettre la partie manquante ? Tout est possible. Mais il faut contenir le budget, il faut rester dans une durée d’intervention raisonnable, et puis à l’arrivée, l’ouvrage doit parfaitement s’intégrer. On ne peut pas juxtaposer des «rustines».
Une réparation réussie, c’est une réparation qui ne se voit pas !
Et là, Tradical® PF 60 répond à toutes ces contraintes. Avant d’utiliser cette chaux, soit j’ai formulé, soit j’ai utilisé du prêt à gâché. Mais sans la souplesse de fonctionnement que j’ai aujourd’hui. Pour les grosses recharges, je peux monter en épaisseur, sans problématique de retrait, je taille la réparation comme si c’était de la pierre.

De même, pour les réparations ponctuelles, je n’ai plus besoin d’ajuster des morceaux de pierre taillée, la jonction étant toujours difficile. J’utilise PF 60 en restituant la texture avec de la poudre de pierre au besoin. Je maîtrise le grain, la couleur avec une grande facilité. Ouvrage fini, il est difficile de détecter mon intervention tant elle est intégrée.

 

BCB : Vous avez également une passion : la formation

Piam : Oui, la formation est le moyen pour moi de transmettre les nombreuses connaissances que j’ai acquises. Au fil de la restauration du Palais des Évêques, nous avons mis en place 3 sessions de 1 mois environ pour chacune, avec des profils de stagiaires très différents. Des Bac pro, des BTS et des Bac+1 dans le cadre d’Erasmus. Et à chaque fois avec l’objectif de traiter un sujet dans son intégralité.

  • Ainsi dans le 1er stage, nous avons reconstitué une cheminée complète, en partant de blocs de pierre bruts et en intégrant le calepinage, la taille et la pose.
  • Le deuxième stage concernait davantage les enduits, et cet aspect est fondamental. Car c’est apprendre à intégrer différents ouvrages entre eux, c’est la maîtrise des textures, des couleurs, des patines, tous sujets étroitement liés à la pierre.
  • Et puis le dernier stage lui traitait de la recréation d’un meneau sur une fenêtre de la façade principale.

 

BCB : Comment définit-on le fil conducteur d’une restauration ?

Piam : On dira globalement que c’est le bâtiment qui commande la restauration. Pour le Palais des Évêques, dont l’histoire démarre au XIIIè s. on peut imaginer puis constater l’évolution d’un tel site. Les propriétaires et leur statut dans la société ont été multiples. Si l’on s’en tient à la période la plus récente, ce lieu emblématique était devenu une école. Et tout l’aspect patrimonial, voir historique avait été bien endommagé. De fait, entre la reconfiguration des circulations, des pièces et l’usage de matériaux inappropriés, le chemin a été long pour remettre à la vue de tous, la vraie valeur de cet ouvrage. Sur les 100 pièces que compte ce Palais, il a fallu carrément mener ce que j’appelle des « campagnes de dépollution » pour supprimer les enduits ciments et laisser de nouveau respirer les parois, et redécouvrir aussi en certains endroits une décoration murale et picturale unique.

 

BCB : Est-ce qu’on peut assimiler ce type d’intervention à de la haute couture ?

Piam : en termes de valeur on y est. Même quand on se programme pour restaurer telle ou telle partie, on découvre des passages obturés, et donc des cheminements qui donnent accès autrement, qui nous montrent la logique antérieurement pensée et mise en œuvre, et qui modifie nos priorités. Ainsi depuis l’origine de ce projet de restauration, il y a toujours une part d’enthousiasme qui nous fait avancer et une autre part combinant connaissances techniques et connaissances historiques. Chaque m² fait l’objet d’une réflexion approfondie pour réaliser une restauration digne de la valeur de ce bâtiment.

 

Prochain article sur le Palais des Évêques :
Interview du maître d’ouvrage : Mr Jacques Lextreyt,
À paraître sur la Newsletter de Janvier 2018.

ut velit, libero Praesent id at