Retour d’expérience

isolation chanvre

Pi-Œuvre – Spécialiste de l’isolation chaux chanvre

Pi-Œuvre, un savoir-faire orienté patrimoine et isolation naturelle

Nous profitons du reportage concernant le chantier de l’Ancien Relais de Chasse du Boulai pour revenir sur le parcours de l’entreprise Pi-Œuvre et ses 18 années d’activité consacrées au patrimoine et aux solutions d’isolation naturelle biosourcées, avec l’interview d’Anthony Stephan, l’un des acteurs de cette structure.

Rencontre avec l’entreprise Pi-Œuvre, en Mars 2021

Pi-Œuvre, entreprise spécialisée Patrimoine et isolation biosourcée

BCB : D’une manière générale, présentez-nous un petit historique de la structure Pi-Œuvre ?

Anthony Stéphan : Nous avons démarré notre activité en 2013, autour de 3 grands axes. La partie dédiée maçonnerie du bâti ancien est de mon ressort. Enduit / Aménagement / Décoration / Finition haut de gamme, concernent Raphaël Giralt, mon binôme. Et le 3ème domaine du béton de chanvre, est à l’origine de la mutualisation de nos compétences. Il fait le lien entre la chaux pour Raphaël et le bâti ancien me concernant. Donc notre cœur d’activité est la maçonnerie du bâti ancien et l’isolation naturelle avec des matériaux biosourcés.

 

BCB : Et avant l’aventure Pi-Œuvre ?

AS : Raphaël Giralt et moi-même nous trouvons dans le bâtiment suite à nos reconversions professionnelles. De mon côté, j’ai suivi une formation de maçon pour le bâti ancien. Je me dirigeai vers le MH et j’étais intéressé par l’écoconstruction. Et j’ai commencé ma nouvelle vie professionnelle au sein de l’entreprise Batiéthic qui démarrait son activité basée sur le béton de chanvre projeté. Donc je suis tombé dedans dès le départ.
Et pour Raphaël Giralt, sa reconversion l’a amené au travail de la chaux aérienne et au chanvre également.

 

BCB : Vous avez prochainement un chantier à faire avec de la chaux vive.

AS : Effectivement, c »est un manoir du XVIIIe, l’intégralité est à restaurer. Dont une grande partie des murs à colombage à l’étage et un rdc en brique et silex. Les colombages pour la majorité vont être repris en béton de chanvre. A la demande de l’architecte, nous allons éteindre de la chaux vive pour confectionner une « chaux en pâte maison ». A partir de là nous formulerons nos enduits traditionnels pour les finitions intérieure et extérieure. De même que pour le badigeon posé à fresco et qui sera issu de la préparation de la chaux en pâte.

 

BCB : Pour cet édifice classé, vous disposez d’une qualification spécifique ?

Nous disposons d’une qualification CIP Patrimoine qui est un Certificat d’Identification Professionnel sur la maçonnerie du bâti ancien et donc d’une reconnaissance de nos capacités à intervenir sur le patrimoine. La taille de notre entreprise n’est pas adaptée pour disposer d’une qualification Monuments Historiques. Mais nous sommes reconnus à ce niveau-là. Pi-Œuvre a été la 1ère entreprise à obtenir ce certificat en Normandie quand cette qualification s’est mise en place.

 

BCB : Quels chantiers remarquables jalonnent votre parcours pro ?

AS : Il y a plusieurs types de chantiers que nous pouvons mettre en avant. De la restauration du patrimoine jusqu’à la décoration. Et qui représentent bien nos 3 domaines de prédilection : maçonnerie, biosourcé et finition décorative.

 

En patrimoine, me viennent à l’esprit 3 belles références très différentes les unes des autres au niveau des compétences en jeu. A savoir :

  • Restauration des façades d’un château du 17è, dans le Perche, avec la restauration de 1000 m² de façade, enduit et pierre de taille
Château du 17è dans le Perche, état initial

Château du 17è dans le Perche, état initial

Restauration par Pi-Œuvre d'un château du 17è dans le Perche

Restauration par Pi-Œuvre d’un château du 17è dans le Perche

  • Rénovation complète d’une maison du moyen-âge, à colombage

    Avec aménagement de chambres à coucher et salles de bains en lieu et place des caves initialement existantes. La grande difficulté résidait en la création d’un vide sanitaire. Nous avons pu le réaliser avec notre système spécifique de faible hauteur. Ce système intégre la mise en place d’un plancher suspendu hors sol avec pose d’un parquet pour la finition. L’ouvrage est complété par un enduit chaux anti-salpêtre sur les murs et un doublage isolant des parois avec du béton de chanvre

 

  • Très belle maison de maître de 1870, restaurée pendant le confinement en Picardie.

    Ses façades sont faites de briques rouges alternées avec des briques blanches. L’ouvrage a été repeint à maintes reprises, détériorant du coup ses briques. Nous avons ré-enduit l’ensemble avec des enduits chaux sable et restitué l’esthétique de l’ouvrage avec un badigeon. Cette finition posée à fresco reprend le code couleur des matériaux d’origine.

 

« Nous faisons aussi des murs objets, nous y déployons alors notre créativité ».

C’est la force du béton de chanvre que de pouvoir s’adapter à toute sorte de forme. Arrêtons de travailler sur des murs rectilignes ! Autrement, autant mettre de la plaque !

  • Et cela se concrétise sur un chantier par la création de murs en demi-cylindre. En accompagnement d’un poêle de section circulaire placé au centre de cet espace aux formes inhabituelles, réalisées en béton de chanvre projeté

Plus ponctuellement, nous faisons également de la décoration intégrant des formes organiques à même le mur.

  • Exemple ici d’un mur sur lequel nous avons créé de faux bouleaux, comme s’il y avait une forêt dans le mur
Faux bouleaux à la chaux pour un décor mural

crédit photo©Pi-Œuvre

isolation chanvre pi-oeuvre

crédit photo©Pi-Œuvre

 

« C’est la force du béton de chanvre que de pouvoir s’adapter à toute sorte de forme ».

 

Pour aller plus loin 

Rénovation d'une longère en Dordogne avec le béton de chanvre

Un apiculteur fan de béton de chanvre

Le béton de chanvre s’adapte parfaitement à toutes les contraintes de la rénovation.

Un doublage en béton de chanvre, ce sont l’application et le matériau retenus par ce spécialiste de la nature pour son projet de nouvelle implantation en Dordogne. Son choix se concrétise par l’isolation intérieure d’une ferme du début XIXe, réalisée de main de maître avec un rendu parfait.

Interview de Olivier Waëltélé, maître d’ouvrage privé, par BCB, le 23 10 2020

 

UNE MAISON ET SES DÉPENDANCES A RÉNOVER POUR UN CHANGEMENT DE VIE

BCB :  Présentez-nous le lieu que vous avez entrepris de rénover

Olivier Waëltélé : L’ensemble était assez délabré du fait d’un lieu à l’abandon depuis une dizaine d’année. Il n’y avait pas eu d’aménagements particuliers, de rénovation, juste un point d’eau, pas de toilettes, de douche, de salle d’eau. Cette ferme était restée dans sa poussière.

Toutefois, le site présente un véritable intérêt parce qu’il comprend plusieurs ouvrages qui me permettent de m’établir ici, à la fois pour y vivre et y travailler. Je suis apiculteur, et je change de région pour m’établir en Dordogne, et là je dispose d’une partie habitation, d’une grange et d’un ancien séchoir à tabac (actuellement ouvert sur un côté) que nous allons transformer en miellerie Cette miellerie sera fermée au moyen de parois en panneaux de fibre de bois positionnées entre les poteaux qui supportent la toiture.

Etat des lieux de la ferme avant restauration_Dordogne

BCB : Quel était l’état des lieux ?

OW : Dans la maison principale, les murs étaient recouverts d’un vieux plâtre. La toiture était en bon état. On a vidé la maison de fond en comble, décroûté les murs, enlevé ce qui faisait office de plancher, dans le but de tout refaire jusqu’au 1er niveau.

 

RIEN DE MIEUX QU’UN ARCHITECTE POUR APPORTER UN REGARD EXTÉRIEUR RÉGÉNÉRATEUR

 

BCB : Vous avez missionné un architecte pour vous aider dans votre projet…

OW : Un architecte est intervenu pour nous proposer des solutions d’aménagement et pour coordonner les travaux du gros-œuvre. Dans la maison principale par exemple nous avons géré plusieurs modifications de l’existant et son aide a été précieuse sur 3 points importants :

  • Une grande cheminée scindait la pièce principale en deux. Nous l’avons supprimée afin de disposer d’un grand espace à vivre. Il a fallu donc intervenir jusque dans la toiture pour supprimer complètement le conduit et dégager ainsi l’espace de ce niveau.
  • Pour gagner encore des m², la cuisine a été repensée à l’extérieur du corps principale, en lieu et place de la dépendance jouxtante. L’accès se fait par l’ancienne porte menant au jardin. L’ensemble de ce nouvel espace est isolé en béton de chanvre.
  • Et pour finir, il a fallu araser un rocher affleurant dans le séjour, et qui était masqué initialement par un plancher de fortune.

Je n’aurais jamais pensé par exemple recréer une cuisine de toute pièce en réutilisant partiellement les murs de la structure extérieure, en profitant pour programmer ultérieurement la création d’un spa.

Le concours de notre architecte nous a permis de penser notre projet initial autrement. Il a grandement contribué à la réorganisation du niveau principal avec la création de petits escaliers pour aller à la cave ou accéder aux chambres à l’étage. au 1er niveau et avec la mise en place de cloison la partie chambre et salle d’eau.

L’entreprise est intervenue pour faire l’extension, donc la nouvelle cuisine et les dalles…

 

ORGANISATION CHANTIER BÉTON DE CHANVRE

 

BCB : Comment avez-vous fait le choix du béton de chanvre ?

OW : Tout simplement en surfant sur internet. Je cherchais des solutions d’isolations compatibles avec des murs traditionnels en pierre.

 

BCB : Comment avez-vous géré la réalisation du doublage isolant en béton de chanvre, puisque vous en êtes l’applicateur ?

OW : Je suis apiculteur donc en été ce n’est pas la peine d’y penser. Autre point, je suis en région parisienne donc loin du chantier avec cette maison qui se situe entre Sarlat et Souillac. Donc mon intervention s’est faite de Septembre 2019 à Février/Mars 2020.

Le fait que la maison n’était pourvue d’aucune commodité s’est révélé un point positif en m’évitant la suppression d’anciens réseaux d’eau ou d’électricité, me faisant gagner un temps précieux dans mon intervention.

Il a fallu simplement décroûter le vieux plâtre en place pour revenir au support pierres locales d’origine.

On peut résumer le planning de mes interventions successives comme suit :
  • SEPTEMBRE 2019, mise en place de l’électricité
  • Concernant l’électricité, j’ai tiré les câbles et fixé les prises. Et un des avantages du béton de chanvre est de pouvoir tout intégrer dans son épaisseur et préposer les prises directement sur l’ossature secondaire.
  • Puis j’ai fixé toutes les lambourdes sur les murs, timing : 1 semaine à 10 jours. En réglant la profondeur de vis pour les banches avec le laser. Cet outil est très précieux car il facilite énormément ce travail.
  • L’épaisseur fluctue sur ces murs anciens pour lesquels il faut rattraper quelques aplombs ou combler des retraits. On obtient à l’arrivée un ouvrage parfaitement droit à partir de murs très disparates.
  • OCTOBRE 2019 : on est venu une semaine pour faire la cuisine
  • NOVEMBRE 2019 : on a fait les toilettes et la chambre.

…Interruption cause covid19…

  • SEPTEMBRE OCTOBRE 2020 : à chaque fois une semaine, avec une remise en route assez simple du fait du réglage initial du système vis/lambourdes.

 

A l’arrivée les doublages en béton de chanvre sont parfaitement plans, présentant une belle matière chaux+chanvre. L’ouvrage livre une surface idéale pour recevoir la finition enduit traditionnel à la chaux, qui sera réalisée très prochainement par un professionnel en ce début d’année 2021.

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LES AMÉNAGEMENTS COMPLÉMENTAIRES

 

BCB : Pour quel type de chauffage avez-vous opté ?

OW : On met en place une chaudière à pellet pour chauffer la cuisine, le séjour (au moyen d’un plancher chauffant basse température) les chambres du rdc et de l’étage. J’ai vu que les 2 se mariaient particulièrement bien ensemble : plancher chauffant basse température et béton de chanvre. J’ai lu tout cela donc je suis maintenant impatient de le tester.

 

OW : toujours dans le chapitre finition, le sol rdc sera fini avec du travertin qui est une pierre texturée, en quelque sorte un marbre mat. Pas de bois pour éviter de mettre un isolant sur le système de plancher chauffant.

Séjour fini : Enduit de finition à la chaux Tradical® sur le Doublage Béton de chanvre Tradical®

 

FICHE CHANTIER DOUBLAGE BÉTON DE CHANVRE

  • Lieu : Dordogne (24 – FR)
  • Durée du chantier : 12 mois
  • Date livraison : 2020
  • MOA : Olivier Waëltélé – A suivre sur : https://images.beeflow.fr/
  • Maîtrise d’Œuvre :

 

Application biosourcée béton de chanvre

  • Béton de chanvre Tradical® en application DOUBLAGE ISOLANT : avec la chaux Tradical® Thermo + la chènevotte Chanvribat®
  • Surface doublée : 106 m²
    • Le couple chaux chanvre Tradical® Thermo + Chanvribat® est validé par Construire en chanvre et conforme aux exigences performancielles des Règles Professionnelles d’exécution des ouvrages en béton de chanvre
    • Tradical® Thermo est une chaux de classe FL A 3,5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459
    • Chanvribat® est un chanvre labellisé Granulat Chanvre Construction
    • Ce couple chaux chanvre bénéficie d’une résistance au feu EI 240, la meilleure possible et qui confère au Béton de Chanvre Tradical® un véritable rôle de sécurité incendie
  • Épaisseur de l’application : Sur 12 cm d’épaisseur

 

Crédit photo de l’ensemble des visuels de l’article

  • ©Olivier Waëltélé

 

Chauffage

  • Poêle à pellet pour chauffage plancher basse température

 

VOTRE CONTACT POUR ALLER PLUS LOIN

Mickaël Sartout : Conseiller technique Tradical® | tél 06.07.40.61.06 | mail mickael.sartout@lhoist.com

centrale d'acquisition de données pour Cahors ENERPAT

Monitoring du démonstrateur béton de chanvre de Cahors

L’expertise de l’INSA de Toulouse pour le monitoring du bâtiment démonstrateur de Cahors, programme ENERPAT-SUDOE

Le Laboratoire Matériaux et Durabilité des Constructions (LMDC) est rattaché à l’Institut National des Sciences Appliquées de Toulouse (INSA). Il intervient en formation et recherche aussi bien dans le domaine du génie civil que dans celui du Patrimoine. Son expertise en Génie Physique et plus particulièrement dans les phénomènes de transfert thermohygrique en fait un référent incontournable sur ce sujet primordial quand on aborde la rénovation du patrimoine d’une part, et la compatibilité des systèmes isolants dans ces ouvrages d’autre part.

Rencontre avec Marina Malagoni qui intervient au LMDC pour la partie MONITORING du bâtiment démonstrateur du centre ancien de la ville de Cahors

 

Interview de Marina Malagoni – Doctorante à l’INSA de Toulouse au sein du Laboratoire Matériaux et Durabilité des Construction, par BCB, le 14 09 2020

 

LE PROGRAMME D’ECO-RENOVATION ENERPAT DE CAHORS

Il intègre des solutions respectueuses des matériaux anciens et du fonctionnement global de l’ouvrage avec une isolation qui apporte des réponses en thermique et en gestion de l’humidité. Plusieurs phases se sont succédées :

  • Recherche et sélection d’isolants à faible impact environnemental, capables d’apporter un confort thermohygrique en toute saison
  • Validation de ces solutions au travers d’études menées par un laboratoire spécialisé, connaissant déjà les matériaux envisagés.
  • Rénovation des 2 bâtiments anciens, réunifiés pour n’en faire plus qu’un seul disposant d’une nouvelle configuration intérieure en phase avec nos modes de vie actuels

D’autres phases sont à venir :

  • Après l’installation en fin d’année des premiers locataires, commencera  le monitoring du bâtiment démonstrateur. Pour un suivi des performances en temps réel durant 3 ans, et analyses des résultats pour validation des solutions.
  • Analyse du confort thermohydrique des utilisateurs par application de questionnaires. L’intérêt de cette analyse est de construire des indicateurs de confort pouvant être mis en parallèle avec les mesures climatiques effectués.
  • Développement de filières, à l’échelle locale ou régionale, à court et moyen terme, concernant aussi bien les compétences professionnelles que les matériaux. L’objectif est de disposer de tous les moyens nécessaires à la réussite de ce type d’éco-rénovation dans les futurs programmes ou projets à l’échelle de la Communauté de Commune

 

 

LE CONTEXTE CONCERNANT L’INTERVENTION DU LMDC DE L’INSA DE TOULOUSE

Le Laboratoire Matériaux et Durabilité des Constructions (LMDC) de l’INSA de Toulouse a été retenu pour les aspects recherche et développement relatifs aux matériaux d’isolation au sein du programme ENERPAT SUDOE de la Ville de Cahors.

Le choix des matériaux pour le bâtiment démonstrateur s’est fait au cours d’ateliers de co-création en présence de toutes les parties prenantes du projet. À partir de propositions du LMDC, une analyse a été menée suivant un ensemble de critères – techniques, économiques, scientifiques…- pour définir les matériaux les plus adaptés au projet d’éco-rénovation de Cahors.

Au final, le béton de chanvre a été retenu pour l’isolation intérieure des parois du bâtiment.

Ce bâtiment démonstrateur sera bientôt réceptionné. C’est dans ce cadre que nous évoquons avec Marina Malagoni les phases à suivre concernant l’intervention du LMDC.

 

 

INSTRUMENTATION DU BÂTIMENT DÉMONSTRATEUR DE CAHORS

 

BCB : Quel sera la configuration de l’instrumentation ?

Marina Malagoni : Prochainement on va mettre en place du matériel sur les niveaux 2 et 3. Une centrale d’acquisition Gantner sera placée au niv 2 dans la chambre et sera connectée en fait également pour faire des relevés sur la chambre du niv3. Les données seront relevées par connexion wifi.

Il y aura aussi au 3ème étage des capteurs autonomes de type Kimo®, qui vont être suspendus à la sous-face de la toiture. Et là il faudra faire des relevés de données sur place tous les 2 mois pour les valeurs de températures, d’humidité, de luminosité et CO2.

Implantation de la centrale d'acquisition et des capteurs, au niveau 2,par le LMDC de l'INSAT. Bâtiment / ©LMDC démonstrateur de Cahors

Implantation de la centrale d’acquisition et des capteurs, au niveau 2, par le LMDC de l’INSAT. Bâtiment démonstrateur de Cahors / ©LMDC

Implantation de la centrale d'acquisition et des capteurs, au niveau 3,par le LMDC de l'INSAT. Bâtiment / ©LMDC démonstrateur de Cahors

Implantation de la centrale d’acquisition et des capteurs, au niveau 3, par le LMDC de l’INSAT. Bâtiment démonstrateur de Cahors / ©LMDC

L’instrumentation pour recueillir les données de l’ambiance intérieure est très importante car la manière d’utiliser chaque appartement influe directement sur la qualité de vie. Quand on a des enfants qui bougent tout le temps par exemple, quand on est en présence de personnes qui restent fréquemment dans l’appartement ou qui sont très souvent dehors, les résultats sont directement impactés.

Pour l'acquisition de données concernant l'ambiance intérieure, utilisation de capteurs du type KIMO® : température, humidité, CO2 et LUX

Pour l’acquisition de données concernant l’ambiance intérieure, utilisation de capteurs du type KIMO® : température, humidité, CO2 et LUX

Pour la mesure de l'enveloppe du bâtiment, du doublage isolant béton de chanvre en surface et dans son épaisseur, la centrale Gantner est dédiée à l'acquisition des données : température, humidité et densité de flux thermique.

Pour la mesure de l’enveloppe du bâtiment, du doublage isolant béton de chanvre en surface et dans son épaisseur, la centrale Gantner est dédiée à l’acquisition des données : température, humidité, densité de flux thermique et température et humidité au centre de la pièce (température ambiante)..

 

BCB : Est-il nécessaire de connaitre le matériau béton de chanvre pour réussir les analyses à partir des résultats des relevés ?

MM : Il faut connaître le matériau bien sûr parce qu’en fonction des mélanges, en fonction des modes opératoires de mise en œuvre – projection mécanique, banchage, préfabrication…), les  propriétés mécaniques et physiques seront différentes. Afin d’avoir des repères tangibles, on a réalisé des essais en laboratoire pour connaitre les propriétés de ce matériau et on couplera ces connaissances avec l’analyse des résultats donnés par les capteurs qui seront mis en place, et on comparera.

On a réalisé également une simulation thermodynamique pour avoir un 3ème type d’analyse.

Du fait qu’on dispose de l’ensemble des propriétés du béton de chanvre, on a pu facilement insérer les valeurs dans un logiciel de simulation pour nous rendre compte du comportement du bâti, des parois etc. sur des aspects qui vont bien au-delà du seul R.

Donc connaitre le béton de chanvre est le préalable à toute expérimentation in-situ.

 

 

BÉTON DE CHANVRE : SA CARACTÉRISTIQUE ESSENTIELLE DE TAMPON HYGRIQUE

 

BCB : Comment allez-vous décrypter les relevés dont vous disposerez ?

MM : Un des grands objectifs de cette rénovation est la réduction des consommations énergétiques. Un autre concerne le confort des habitants. Par exemple on verra si on atteint 90 % de satisfaction dans le domaine thermique. Un tel niveau de résultat signifierait qu’on dispose d’une vraie qualité d’habiter.

Un autre point que nous allons suivre avec attention est celui de la durabilité des parois. Quand on pose un matériau isolant en intérieur afin de ne pas intervenir sur les façades historiques, on a souvent des problèmes de moisissures : lorsque la température extérieure diminue, l’air en contact avec la face intérieure de la paroi, qui présente une température plus basse, va condenser. On dispose alors d’une ambiance parfaite pour créer des champignons.

Si le béton de chanvre a été retenu pour isoler le bâtiment démonstrateur du centre ancien de Cahors, c’est justement pour éviter ce phénomène.

 

BCB : C’est la différence de température intérieure entre le mur ancien et l’isolant qui fait qu’il y a condensation et donc développement de moisissures puisque l’eau est enfermée et ne peut pas circuler…

MM : Effectivement pour toute activité humaine en intérieur : cuisine, douche, respiration, on libère beaucoup de vapeur d’eau. Par ailleurs, une fois qu’on isole un bâtiment, l’objectif est d’empêcher la chaleur de sortir pendant l’hiver.  En fonction du type de matériau isolant qu’on utilise, on bloque le transfert de la vapeur d’eau.

Et c’est là qu’on a un problème. On isole. Les températures à l’intérieur et à l’extérieure sont différentes. La température de surface de la paroi à l’intérieur du bâtiment est inférieure à la température de l’air intérieur. Et une fois que l’air entre en contact avec cette surface on a de la condensation.

Crédit image : Fiches Amélioration Thermique du Bâti Ancien (ATHEBA) - disponible sur : http://maisons-paysannes.org/

Crédit image : Fiches Amélioration Thermique du Bâti Ancien (ATHEBA) – disponible sur : http://maisons-paysannes.org/

Le même phénomène se produit dans les isolants multicouches, du fait de températures et de perméances différentes entre les couches.

Le béton de chanvre, lui, est intéressant parce qu’il est à la fois isolant et perméant.  Il dispose d’une très grande porosité grâce à la chènevotte constituée d’un réseau de capillaires très dense et spécifique. L’association chènevotte + chaux génère un matériau qui fait office de tampon hygrique. Celui-ci permet :

1/de gérer les fluctuations d’humidité.

  • Quand l’humidité dans la pièce augmente, le béton de chanvre absorbe l’excédent.
  • Et quand l’humidité  diminue dans la pièce le béton de chanvre en restitue.

Pour au final assurer un équilibre hygrique dans une fourchette comprise entre 50 à 60 % d’HR.

2/ de disposer d’une température de surface de la paroi intérieure très proche de la température de l’air intérieur,. Donc pas de phénomène de condensation.

En conséquence, on évite la formation de toute manifestation pathologique liée à la condensation interstitielle et donc l’apparition de moisissures. L’ensemble garantit confort thermique, hygrique et qualité de l’air.

 

BCB : Donc cela signifie qu’il faut disposer d’une paroi globale très perméantes

MM : Oui, exactement il faut qu’on garde cette propriété originale. Les parois historiques en générale sont des parois très perspirantes. Une fois qu’on isole avec des matériaux modernes, laines minérales etc., on va surement avoir des problèmes de condensation interstitielle avec apparition de moisissures, donc dégradation de la santé des habitants…

 

BCB : Si le mur est perméant, il faut que les finitions le soit également ?

MM : C’est vrai, Isolant et finition doivent disposer des mêmes atouts pour que la solution globale soit perméante

 

BCB : Que dire de la « course » à la résistance thermique (R) la plus élevée possible ?

MM : Paradoxalement, plus un matériau dispose d’un pouvoir isolant important, plus il va baisser la température de la surface en contact avec un autre matériau ou avec l’air, plus il va augmenter la possibilité de créer de la condensation.

 

BCB : Donc être très isolant n’est pas un avantage dans le bâti patrimonial ?

MM : Exactement, il faut trouver un équilibre. Le béton de chanvre est parfait pour les bâtiments historiques parce qu’il offre un couplage idéal entre isolation de qualité (10 cm suffisent pour disposer de performances thermiques intéressantes) et perspirance. Il faut laisser sortir l’humidité. Si ce point-là n’est pas assuré, on génère de futurs problèmes.

 

 

LE MONITORING DU BÂTIMENT DÉMONSTRATEUR DE CAHORS

 

BCB : Le monitoring c’est le suivi des mesures sur site,  ou c’est toute la démarche, y compris l’analyse de l’INSA

MM : Quand on utilise le terme MONITORING, on considère la phase de suivi du comportement hygrothermique de l’enveloppe du bâtiment, incluant les conditions de fonctionnement extérieur, intérieur et les transferts hygrothermique et hygrothermique à l’intérieur de la paroi.

 

BCB : Quel est la répartition des rôles avec la Ville de Cahors ?

MM : L’INSA gère toutes les phases du monitoring : recherche des emplacements pour les capteurs, pose des capteurs, câblage, traitement des données, analyses. L’ensemble des résultats étant remis à la Ville de Cahors

 

BCB : Est-ce qu’une analyse sera faîte pour relever et comprendre les écarts entre les objectifs théoriques des performances et la réalité de fonctionnement du bâtiment ?

MM : Les phénomènes physiques au niveau des parois sont très complexes et difficiles à modéliser. Et on a toujours des écarts entre les valeurs simulées et les valeurs mesurées. Un des objectif important du projet est de réduire les incertitudes de calcul, réduire les écarts pour disposer de simulations les plus fiables possible.

Cela passe par l’amélioration de la méthodologie d’un chantier d’éco-rénovation dans lequel chacun et chaque élément influent sur le résultat de la performance thermohygrique : la MOA, la MOE, les entreprises, la connaissance du bâti existant, la maîtrise des matériaux et des techniques, les mesures même du monitoring

 

BCB : Les 3 villes mettent en place un monitoring sur leur bâtiment respectif. Est-ce qu’une analyse comparative des résultats sera possible, hiérarchisant de fait la valeur des solutions techniques mises en place dans les bâtiments ?

MM : Le but n’est pas de faire des comparaisons de cette manière-là. Parce que les contextes sont très différents : Les 3 sites présentent

  • des typologies architecturales qui leurs sont propres : avec des petites surfaces pour Cahors ; pour Victoria Gasteiz, c’est un peu plus grand, alors que pour Porto, on est sur de grands volumes.
  • des systèmes constructifs différents
  • des matériaux utilisés très différents aussi.
  • des solutions d’éco-rénovation distinctes : du béton de chanvre pour Cahors, du liège pour Victoria Gasteiz et des panneaux isolants constitués de matériaux recyclés pour Porto.

 

BCB : On peut ajouter les conditions climatiques à cette liste.

MM : Oui les températures et leurs amplitudes ne sont pas comparables, idem pour les taux d’humidités.

Ne pas oublier que les habitants sont aussi différents, avec des modes de vies distincts.

 

BCB : Donc multiplicité plutôt que compétition.

MM : Les programmes en cours sont adaptés aux contextes : politique, énergétique, technique, filière professionnelle et filière matériaux. Compte tenu de l’ensemble de ces variables, le but à Cahors, Victoria Gasteiz et Porto est de valider l’éco-rénovation – les solutions et modes opératoires – en tant que démarche pour restaurer les centres anciens avec des solutions locales voir régionales.

 

BCB : Quelle communication sera faite en cours ou à l’issue du monitoring ?

MM : Il y a  d’abord les échanges entre les différents laboratoires du programme ENERPAT, entre l’INSA de Toulouse et le Grand Cahors. En parallèle nous envisageons la publication d’articles scientifiques en relation avec les thèses développées et les stages mis en place.

 

BCB : Cela laisse augurer qu’au niveau européen, il y aura moyen de concevoir l’éco-rénovation énergétique du patrimoine en intégrant des solutions en phase avec la culture et l’économie de chaque région pour privilégier les filières courtes.

MM : Pour le programme SUDOE qui nous concerne, le fait de fonctionner ainsi sur 3 villes en parallèle a permis de multiplier les pistes de travail, d’échanger sur les méthodologies pour rendre possible l’éco-rénovation.

 

« Et pour le centre ancien sur lequel nous intervenons, Cahors, c’est une belle idée que d’utiliser un matériau comme le béton de chanvre dont une des caractéristiques est d’émettre moins de CO2 que bien d’autres matériau ! »

 

On est sur un programme qui expérimente, jusque dans la phase monitoring. Cette expérimentation bénéficie d’un financement européen, indispensable, parce que les coûts de telles opérations sont importants.

 

« Le but est de concrétiser des pistes pour que l’Europe commence à pratiquer la démarche de l’éco-rénovation à l’échelle des centres anciens ».

 

 

 

FICHE CHANTIER RÉNOVATION BÉTON DE CHANVRE DU BÂTIMENT DÉMONSTRATEUR DE CAHORS

  • Lieu : angle des rues Saint James et du Petit Mot – Cahors
  • Date de début du chantier : 2018
  • Date de livraison : fin 2020

 

Les acteurs du projet Monitoring

  • MOA : Communauté d’Agglomération du Grand Cahors
  • MOE : Matthieu Delcour Architecture et Environnement, 70 rue G. Clémenceau – 46000 Cahors
  • Programme expérimental monitoring et analyses : Laboratoire des Matériaux et Durabilité des Constructions (LMDC) de l’INSA de Toulouse.
  • Fourniture de la centrale de récupération de données :

 

 

Le projet d’éco-rénovation du bâtiment démonstrateur de Cahors

Il consiste en la réunification de 2 bâtiments accolés pour disposer de surfaces plancher en phase avec notre manière d’habiter actuelle. Isolation complète avec des solutions bio-sourcées

Suppression du mur mitoyen permettant la fusion des deux immeubles

Suppression du mur mitoyen permettant la fusion des deux immeubles / photo©Ville de Cahors

La réfection totale de la toiture (reconstruction de la charpente en chêne)

La réfection totale de la toiture (reconstruction de la charpente en chêne) / photo©Ville de Cahors

 

 

Applications

1. Isolation biosourcée Béton de Chanvre Tradical® en application Doublage Intérieur

  • Produits : chaux Tradical® Thermo + chènevotte Chanvribat®
    • Le couple chaux chanvre Tradical® Thermo + Chanvribat® est validé par Construire en chanvre et conforme aux exigences performantielles des Règles Professionnelles d’exécution des ouvrages en béton de chanvre
    • Tradical® Thermo est une chaux de classe FL A 3.5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459
    • Chanvribat® est un chanvre labellisé Granulat Chanvre Construction
    • Ce couple chaux chanvre bénéficie d’une résistance au feu EI 240, la meilleure possible et qui confère au Béton de Chanvre Tradical® un véritable rôle de sécurité incendie
  • Épaisseur de l’application : Sur 12 cm d’épaisseur

 

2. Finition intérieure : enduit traditionnel à la chaux

  • Produit : chaux Tradical® Bâtir + sable local
    • Tradical® Bâtir est une chaux de classe FL A 3.5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459

 

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Rénovation énergétique et Patrimoine - Cahors

Rénovation énergétique et Patrimoine à Cahors

Cette démarche se développe au travers du programme ENERPAT SUDOE (ENERgie – PATrimoine) qui est un projet transnational visant à développer une expérimentation en matière de rénovation énergétique des bâtiments anciens protégés.
ENERPAT SUDOE intervient à l’échelle de trois villes représentatives de la diversité des centres anciens du sud-ouest de l’Europe : Vitoria-Gasteiz (en Espagne), Porto (au Portugal) et Cahors (en France).(*)

Dans ce cadre, le béton de chanvre a été utilisé pour la rénovation thermique du bâtiment démonstrateur de la ville de Cahors. Retour sur l’ensemble de l’opération qui place les matériaux biosourcés au cœur d’une stratégie de rénovation respectueuse du patrimoine.

(*) In Retours d’expériences Cahors, Porto, Vitoria-Gasteiz : Projet ENERPAT SUDOE, 2019, p.9).

Interview de Marion Claustre – Chargée de mission SUDOE et veille prospective – Direction de la Prospective Territoriale – Communauté d’Agglomération du Grand Cahors et de Cindy Lacalmontie, Directrice adjointe aux Bâtiments & Responsable du Service Gestion et Ingénierie de Projets – Ville de Cahors et Grand Cahors,
par BCB, le 22 07 2020

 

BCB : ENERPAT est un projet ambitieux, demandant un engagement conséquent sur une longue période. Comment et pourquoi a-t-il été mis en place ?

Marion Claustre : A l’origine, il y a le projet politique de reconquête du centre ancien de Cahors, Cahors, Cœur d’agglo avec pour ambition de le conforter en travaillant sur plusieurs fronts : le commerce, les logements, les espaces publics, etc.

Par exemple, comme dans la plupart des villes depuis 40 ans, de nombreuses familles font le choix du périurbain pour résider. Pour réinterroger ce mouvement, il nous faut :

  • proposer des services attractifs : création d’un complexe cinématographique, implantation de nouvelles enseignes commerciales…
  • réaliser des réhabilitations qualitatives de logements
  • qualifier l’espace public et sécuriser le cadre de vie

ENERPAT (contraction de ENERgie-PATrimoine) s’inscrit dans cette politique locale en abordant le sujet du confort thermique des bâtiments/appartements anciens :

 

BCB : Une telle démarche va donc au-delà de ce qui se met en place pour une Opah ?

MC : C’est un complément en fait. La collectivité intervient sur les bâtiments qui lui appartiennent. Elle peut également accompagner les privés. Globalement, c’est un travail sur l’immobilier. ENERPAT vise la performance des bâtiments avec la mise en place d’un monitoring dans l’immeuble restauré (pose de capteurs avec relevé des performances sur 3 ans). Cela permettra de suivre son comportement pour définir les bonnes pratiques de rénovation thermique. Ici on vise l’amélioration des conditions d’habiter.

 

BCB : Comment Cahors a intégré ce programme financé par l’Europe ?

MC : Sur la mandature précédente, Mr Simon(1), Vice-Président du Grand Cahors et Premier Adjoint au Maire de Cahors, a proposé le projet en réponse à une sollicitation du programme SUDOE qui nous donnait la possibilité de participer à un appel à manifestation d’intérêt. Nous y avons répondu en partenariat avec la région Occitanie. L’objectif étant d’y développer notre démarche ENERPAT.

 

Le programme SUDOE nous a permis de trouver des partenaires en Espagne et au Portugal, et de nous rapprocher de la Fondation TECNALIA, basée à Bilbao. Cette entité a l’habitude des programmes européens. C’est un centre de recherche structuré en pôles qui intervient pour des organismes publics et privés. Elle nous a proposé de participer au programme européen avec les  villes de Vitoria Gasteiz (Espagne) et de Porto (Portugal). Ces villes sud-européennes sont confrontées aux mêmes problématiques que Cahors, avec un centre ancien à rénover et des bâtiments vacants.

 

(1)Michel Simon, Vice-président du Grand Cahors en charge de l’aménagement du territoire et 1er adjoint au maire de Cahors sur l’exercice 2014-2020

 

BCB : Comment le projet a démarré concrètement sur le terrain ?

MC : Chaque ville était responsable de son projet, chacune ayant choisi son bâtiment démonstrateur ancien. Idéalement, il aurait fallu partir sur un bâtiment déjà habité afin de comparer les données existantes de consommation avec les nouvelles valeurs après réhabilitation. Mais pour Cahors, on a opté pour un ouvrage vacant afin de pouvoir aborder la problématique de la rénovation du point de vue de la structure même et de la performance thermique.

Nous avons ainsi retenu deux bâtiments contigus pour n’en faire plus qu’un seul à l’arrivée. Les typologies de notre centre ancien s’appuient sur un parcellaire de petites surfaces qui génère un fonctionnement avec une pièce de vie par étage. Aujourd’hui nos modes de vies ne s’accommodent plus de cette organisation de l’espace qui n’offre pas assez de confort pour les familles avec enfants ou pour des personnes à mobilité réduite.

Dans le détail, un des 2 bâtiments avait été habité jusqu’à récemment avec une première rénovation au moyen d’une isolation laine de verre + panneau hauteur d’étage, alors que l’autre immeuble pour le coup était à l’abandon, donc dans un état sanitaire plutôt médiocre.

La finalité consistant à disposer de davantage de m² sur un même niveau, de se déplacer horizontalement et non plus verticalement à l’intérieur d’un appartement de plusieurs pièces, et de créer ainsi une surface habitée plus confortable.

 

BCB : Qu’est-ce qui fait qu’on change comme cela d’orientation au niveau des matériaux, en passant de l’isolant classique à une démarche tout autre ?

MC : Pour la démarche ENERPAT, nous devons tester de nouveaux matériaux plus naturels, pour les mettre en place dans les bâtiments avec comme futur objectif de développer des filières de matériaux au niveau local. Le programme SUDOE nous demande également de réhabiliter des bâtiments de manière durable. Il n’y a pas d’obligation à utiliser des matériaux biosourcés. Ce qui compte, c’est la réduction des impacts environnementaux et de recourir à des solutions compatibles avec les systèmes constructifs.

L’idée, c’est d’adapter la rénovation au bâtiment ancien. Celui-ci n’a pas été conçu pour être isolé avec des matériaux qu’on utilise partout aujourd’hui, et de ce fait si ces bâtiments sont rénovés avec des matériaux classiques ils ne durent pas dans le temps.

On sait qu’il y a des problèmes d’humidité, d’aération. L’objectif est de pérenniser les bâtiments sur le long terme en préservant le système constructif et en apportant du confort à l’usager.

 

BCB : Donc vous allez pouvoir définir une méthodologie pour une reproductibilité de la démarche ?

MC : La finalité du projet c’est effectivement de pouvoir montrer l’exemple :

  • expliquer qu’il est possible de procéder avec certaines solutions parce qu’elles apportent des avantages sur une série de points précis,
  • démontrer la valeur de ces travaux quand on va installer des locataires.

Nous mettrons en place d’ailleurs un questionnaire pour interroger les locataires sur leur qualité de vie ou leur inconfort. Ainsi on mettra en regard leurs réponses avec les mesures qui vont être prises sur les 3 années à venir grâce à la phase monitoring qui démarrera à la remise des clés. Les données scientifiques et données de ressentis serons analysées pour valider ou modifier les solutions de rénovation thermique proposées pour la restauration du centre ancien de Cahors

 

BCB : Pouvez-vous nous préciser le principe du monitoring ?

MC : Le monitoring va débuter en fin d’année. L’analyse des résultats pourra être comparée avec ceux d’un autre bâtiment pourvu de capteurs, situé également dans le centre historique de Cahors. Le LMDC (Laboratoire Matériaux et Durabilité des Constructions) de l’INSA  de Toulouse est sur le sujet depuis 2 ans et dispose donc de données conséquentes. En sachant toutefois que l’analyse devra tenir compte du fait que si les matériaux des murs sont comparables dans les 2 cas, les surfaces en jeu sont différentes. L’INSA jouit d’une grande expérience dans ce domaine du monitoring. À noter que le laboratoire LMDC de l’université fait des relevés avant travaux, mais sans occupation des logements. Il manquera donc des relevés en condition de fonctionnement équivalente, avec des occupants. Mais ils auront une base qui permettra de faire des analyses comparatives.

 

BCB : Vous avez des formats de logement différents dans ce même bâtiment démonstrateur. Quel en est la raison ?

MC : Il y a par exemple un T2 destiné à un profil étudiant. Cela permettra sur un même logement et sur 3 ans de disposer de données différentes du fait que chacun aura une manière de fonctionner qui lui sera propre, sur un même lieu.

Le T4 sera attribué à une famille avec des enfants en bas âge par exemple. Nous pourrons voir l’impact d’une famille, analyser son ressenti, et son mode de vie dans le centre ancien.  On disposera aussi d’éléments pour juger de l’impact du bruit du voisinage…Nous pourrons non seulement étudier le confort de vie au sein du bâtiment témoin mais aussi, tout son environnement.

En rez-de-chaussée et au 1er étage, les locaux seront affectés à des activités : tertiaire, de bureaux. Cet ensemble n’est pas inclus dans l’étude retour d’expérience ni dans le monitoring. Nous nous focalisons sur la régénération du patrimoine et le confort de vie de l’habitant. Mais on pourra ponctuellement questionner ces acteurs au niveau des ressentis par exemple.

 

BCB : Est-ce que vous allez être amené à comparer cette expérience là avec les autres suivis de Vitoria Gasteiz et de Porto, même si chaque ville a opté pour des solutions distinctes au niveau des matériaux et des bâtiments ?

MC : Chaque ville s’occupe de son monitoring. Vitoria Gasteiz y travaille avec l’Université du Pays Basque, où il y a un laboratoire. Une thèse de doctorat y est en cours concernant le monitoring. Pour Porto, idem, des capteurs ont été installés sur le bâtiment témoin, et les données seront envoyées directement par wifi sur une plate-forme de Tecnalia.

À la suite, l’INSA  a pour mission de recueillir les données des 3 bâtiments en 2021 et 2022. On pourra globalement analyser l’ensemble des procédés et connaître les éléments de réussite et ceux qui méritent des ajustements.

 

BCB : Après la période monitoring, comment programmez-vous la suite du projet Energie-Patrimoine ?

MC : Le programme européen a subventionné le projet jusqu’au 31 décembre 2019. La suite prendra appui sur le Plan Climat Energie Territorial (PCAET) en cours et qui intégrera un volet Habitat/Rénovation. C’est en cours de définition.

Très concrètement, dans un avenir proche, nous ambitionnons de développer des filières locales pour les matériaux et les compétences.

 

BCB : Le choix du béton de chanvre était déjà acté dans l’appel d’offre. Donc qu’est-ce qui a poussé dès l’origine la MOA à choisir ce matériau innovant ?

Cindy Lacalmontie : C’est un choix collégial. Plusieurs ateliers d’écoconstruction se sont déroulés en présence de professionnels. Il n’y avait pas d’apriori quant au choix des matériaux.

Le fil conducteur de notre réflexion consistait à disposer de réponses en local. Local signifiant notre département, les départements limitrophes, voire la région.

Par exemple, on utilise le bois dans les bâtiments. Ce bois a été récolté, façonné en local aussi.

En somme, le questionnement est simple : comment peut-on mettre en place une rénovation énergétique apportant un confort d’habiter, en adéquation avec le bâti ancien et les objectifs du développement durable, l’ensemble relié à une économie et des acteurs locaux ?

MC : L’INSA, la Capeb du Lot et le Grand Cahors ont mis en place une liste de matériaux potentiellement utilisables. On a défini des critères de choix : prix, résistance aux moisissures, résistance au feu, mise en œuvre, dimensions (encombrement de stockage / épaisseur de pose…)…Dans cette liste figuraient  la paille, le chaux chanvre, la fibre de bois, etc…

Les ateliers de cocréation qui ont suivi nous ont permis de débattre avec les artisans du Lot, des potentiels de ces matériaux, de leurs modes d’utilisations, et de leurs adaptabilités à notre bâtiment démonstrateur.

 

BCB : À quel moment avez-vous fait vos choix ?

MC : Le démarrage de ENERPAT, c’est septembre 2016, et on a fait ces ateliers de cocréation en avril et mai 2017. À Porto et Vitoria Gasteiz, la MOA a procédé de même avec la mise en place d’ateliers de cocréation. À Vitoria Gasteiz, ils ont pu, en plus, tester des échantillons de matériaux en laboratoire au sein de l’Université du Pays Basque.

 

BCB : Est-ce que les conclusions qui vont être faites sur ce bâtiment démonstrateur vont permettre de réaliser d’autres bâtiments sur le même type, soit à Cahors, soit ailleurs ?

CL : C’est l’idée. Le but du bâtiment démonstrateur est de pouvoir dupliquer les principes de rénovation énergétique compatible avec le patrimoine, définis dans le cadre ENERPAT et SUDOE. Nous allons communiquer pour inciter soit d’autres collectivités, soit des privés, à se lancer dans cette démarche-là.

MC : Nous avions la volonté d’étendre ce type de projet sur le massif central avec plusieurs villes, et développer d’autres bâtiments démonstrateurs. Ce projet n’a pu voir le jour, donc nous en sommes restés à une communication sur la région Occitanie, avec le soutien également du cluster Envirobat Occitanie partenaire du projet. Avec cet organisme, nous avons conçu un symposium à destination de tous les publics, sur la thématique de l’éco-rénovation du bâti ancien.

En attendant, sur Cahors, nous allons procéder suivant la démarche ENERPAT sur un autre bâtiment à rénover, situé rue du Château du Roi

CL : Pour ce bâtiment, le maître d’ouvrage Lot Habitat va faire des logements sociaux. Le projet n’est pas calqué sur le bâtiment démonstrateur, mais il sera traité dans le même esprit avec des matériaux biosourcés. Et là notre rôle est bien de communiquer pour qu’il y ait une continuité dans les années à venir, avec tout ce qui vient de se mettre en place en termes d’expertise.

 

BCB : Pour réussir les futures rénovations énergétiques de bâtiments patrimoniaux du centre ancien de Cahors, quels outils spécifiques avez-vous mis en place ?

MC : Nous avons un volet formation dont se charge la Capeb du Lot. Des modules en 2 temps avec une partie « mise en œuvre » de matériaux biosourcés et un second temps sous forme de visite du chantier du bâtiment démonstrateur. Comme cela s’est fait en mars dernier. 30 personnes étaient présentes, artisans et architectes, venant du Lot et des départements limitrophes. On a pu échanger ensemble sur les matériaux utilisés, les techniques de mises en œuvre, les coûts. Cela s’est déroulé sous forme de visites de chantiers avec retours d’expériences et apports de connaissances sur les matériaux.

 

BCB : Quelle est la perception du grand public vis-à-vis de cet engagement du Grand Cahors ?

CL : Les habitants s’interrogent par rapport au projet. En étant sur site, on s’en rend compte. Ils s’arrêtent, ils regardent, ils questionnent. Il est intéressant de voir les habitants s’investir par rapport à ce que fait la collectivité. Ils ont vu que c’est un chantier conséquent, qui a duré. Cela fait 2 ans que l’on a attaqué la restauration, tout simplement parce qu’il y a de nombreuses problématiques techniques à résoudre. Et ils sont en demande notamment de cette information. Et il est important de pouvoir leur répondre, soit sur place, soit via les médias traditionnels ou communiqué de presse

MC : D’ailleurs, il est prévu qu’il y ait d’autres visites de chantier au cours de ces prochains mois,  sur le principe une visite/une thématique. Donc les habitants pourront s’y inscrire afin d’y participer. Notre service patrimoine qui organisera les visites, délèguera une à 2 personnes pour présenter le projet.

À une autre échelle, nous avons organisé des colloques scientifiques autour de la réhabilitation du patrimoine du bâti ancien dans le cadre du projet ENERPAT. Un à Porto, un autre à Cahors et un dernier à Vitoria Gasteiz. Cela a été l’occasion de présenter les premiers résultats des projets, l’état d’avancement des actions, mais aussi les travaux engagés par l’INSA, par l’Université du Pays Basque, sur le monitoring. Ce type d’évènement est l’occasion de faire se rencontrer l’ensemble des acteurs institutionnels et le public professionnel.

Resterons à mettre en place la réception du chantier et une inauguration.

 

BCB : Quelles sont les prochaines étapes ?

MC : Nous nous concentrons sur les interventions au niveau local. En effet, il faut terminer les travaux du nouveau bâtiment et commencer son monitoring. Nous allons rester en contact avec nos partenaires du Portugal et de l’Espagne, afin de suivre leurs avancées. Nous verrons ensuite comment on fera fructifier toutes les connaissances acquises et celles encore à venir.

Il nous reste toute l’aventure de suivi du monitoring conjointement avec l’INSA, qui sera la phase juge de paix vis-à-vis des choix engagés et qui servira de sourcing pour nos partenaires.

 

BCB : Merci pour la présentation de ce programme ambitieux, sur un périmètre Sud-Europe, qui démontre bien que des changements conséquents peuvent être initiés en région.

 

FICHE CHANTIER RÉNOVATION BÉTON DE CHANVRE DU BÂTIMENT DÉMONSTRATEUR DE CAHORS

  • Lieu : angle des rues Sant James et du Petit Mot – Cahors
  • Date de début du chantier : 2018
  • Date de livraison : fin 2020

 

Les acteurs du projet

  • MOA : Communauté d’Agglomération du Grand Cahors
  • MOE : Matthieu Delcour Architecture et Environnement, 70 rue G. Clémenceau – 46000 Cahors
  • Entreprise : SEE BURG – Saillagol – 82160 Saint Projet | https://www.burg-construction.com/

 

Le projet

Il consiste en la réunification de 2 bâtiments accolés pour disposer de surfaces planchers en phase avec notre manière d’habiter actuelle.

Le bâtiment donnant sur la rue St James date du XIIIè pour le rdc et des XVII-XVIIIè  pour les étages. Celui donnant rue du Petit Mot date du XIIIè pour le rdc.

Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) de Cahors indique que ces 2 bâtiments devaient être conservés (démolition interdite, et modification soumises à conditions spéciales)

(1) (2) (3) Crédit photo : Anaïs Charrier©Ville de Cahors


Applications

ISOLATION INTÉRIEURE : Béton de Chanvre Tradical® en application Doublage isolant Intérieur

  • Produits : chaux Tradical® Thermo + chènevotte Chanvribat®
    • Le couple chaux chanvre Tradical® Thermo + Chanvribat® est validé par Construire en chanvre et conforme aux exigences performantielles des Règles Professionnelles d’exécution des ouvrages en béton de chanvre
    • Tradical® Thermo est une chaux de classe FL A 3.5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459
    • Chanvribat® est un chanvre labellisé Granulat Chanvre Construction
    • Ce couple chaux chanvre bénéficie d’une résistance au feu EI 240, la meilleure possible et qui confère au Béton de Chanvre Tradical® un véritable rôle de sécurité incendie
  • Épaisseur de l’application : Sur 12 cm d’épaisseur

 

ENDUIT DE FINITION : enduit traditionnel à la chaux Tradical®

  • Produits : chaux Tradical® Bâtir + sable local + coloration naturelle
    • Tradical® Bâtir est une chaux de classe FL A 3.5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459

 

(4) (5) Crédit photos@Pierre Lasvenes


POUR ALLER PLUS LOIN

 

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ossature bois et chaux chanvre

Le béton de chanvre pour un éco-lieu dédié au bien-être

Daniel Bayol a livré sur le dernier trimestre 2019 une rénovation/construction d’un ouvrage qui combine salle multifonction et bureaux, ensemble dédié au bien-être + lieu d’habitation. Le projet utilise le biosourcé au travers de différents matériaux dont le béton de chanvre pour la partie neuve. Daniel Bayol nous relate l’aventure, parce que c’en est une, et nous rappelle qu’intervenir sur un bâti ancien est une démarche ô combien exigeante.

Interview de Daniel Bayol, DB Chanvre (Assistance à maîtrise d’Ouvrage), par BCB, le 24 07 2020
NOTA : la maîtrise d’ouvrage est privée et est mentionnée dans l’article sous les désignations MOA ou « la propriétaire ».

 

BCB : Comment ce projet d’ECO-LIEU POUR LE BIEN-ÊTRE a pu se concrétiser ?

Daniel Bayol (DB) : Tout débute par ma rencontre avec ma future cliente lors de la journée porte ouverte que j’avais organisée pour la visite de ma propre maison en cours de construction.

À partir de là, elle m’a soumis un cahier des charges pour son propre projet, à savoir la conception d’un éco-lieu associant salle de yoga et habitation. Avec la possibilité de superposer ou de juxtaposer les fonctions.

Les attendus à respecter étaient multiples : le terrain devait s’étendre sur 5000 m², disposer d’une belle vue, la maison en bioclimatique serait orientée sud sans ombre portée. En fait à ce stade, après de très nombreuses visites de sites, nous n’avons pas trouvé l’emplacement idéal.

Puis par la suite, pour aller au bout de son projet, ma cliente m’a questionné sur la possibilité de faire un tel projet en rénovation. Je l’ai rassurée sur le fait que le béton de chanvre fonctionnait aussi bien en construction que sur de l’ancien.

Et là, grâce à cette approche élargie, ma cliente a pu se projeter en visitant d’autres sites.

Pour finalement trouver sur Vidauban (83) une bastide en pierre avec un beau terrain de la surface recherchée et disposant d’un beau potentiel de constructibilité.

Etat initial de la Bastide avant rénovation avec extension

Etat initial de la Bastide avant rénovation avec extension


BCB : Quelles sont les grandes lignes de la configuration du projet ?

DB : Le site trouvé, s’en sont suivis l’achat et le dépôt d’un avant-projet qui détaille la répartition des fonctions de la maison :

  • La partie haute est dédiée à l’habitation privée
  • Le bas, jusqu’ici garage et studio, est transformé en bureaux, avec l’adjonction d’une extension pour la salle multifonction.

Plus précisément pour le Rdc, le projet intègre 2 bureaux aménagés à destination de praticiens de soins tels que masseurs, kinésithérapeutes, ostéopathes… qui pourront louer à la séance, au mois…en fonction de leur besoins réels.

Et afin d’être conforme à la réglementation, tout a été fait selon les normes ERP et PMR, pour l’accueil, la circulation, l’accès (avec rampe), les sanitaires, la salle de bain,  la sécurité.

Et accolée à ce rez-de-chaussée rénové, nous avons construit l’extension en béton de chanvre et ossatures bois. Partie essentielle du projet.

 

« De plus, je trouve que le mariage de l’ancien et du neuf fonctionne bien. Très souvent d’ailleurs, on voit que le contemporain va parfaitement avec l’ancien »

 

BCB : Comment êtes-vous passé de la demande initiale « salle de yoga » à un potentiel qui en fait une salle multifonction, tout en restant en biosourcé ?

DB : Au départ cette salle a été envisagée comme salle de yoga pour répondre à l’activité de professeur de yoga de ma cliente. Mais en fait elle a poussé plus loin sa démarche pour en faire une salle associative afin de répondre à la demande locale qui est en attente de tels dispositifs. De sorte que le lieu peut être transformé en fonction des évènements, avec une jauge limitée à 19 personnes, afin de rester en ERP catégorie 5.

Nécessairement, l’emplacement reçoit tous les équipements requis : chaises, vidéoprojecteur, écran, sonorisation. On peut ainsi passer de la configuration salle de yoga à la configuration salle de sports, salle dédiée aux activités associatives (colloques, rencontres, événements…).

 

BCB : Pourquoi le choix du béton de chanvre ?

DB : La MOA a fait le choix du Béton de chanvre parce que c’est un matériau naturel, et pour ce qu’il génère : la qualité de l’air, la gestion de l’humidité, la régulation des températures, bref tout ce que l’on connait du béton de chanvre et que j’explique depuis des années. Des qualités qui l’ont séduite et qu’elle voulait retrouver sur ce projet d’agrandissement.

De par son activité de professeur de yoga et sa sensibilité, elle accorde aussi une place essentielle au ressenti d’un lieu, et le béton de chanvre confère spécifiquement une impression de bien-être aux espaces utilisant ce matériau.

 

BCB : Est-ce que vous pouvez nous détailler la conception de l’extension en béton de chanvre.

DB : L’architecte a conçu des plans pour déposer le permis qui a été accepté assez facilement. Avec le parti pris de concevoir une toiture plate pour l’extension. On ne voulait pas imiter l’existant avec une toiture en pente. Du coup, il est prévu une végétalisation par la suite sur l’EPDM.

On a mis en place des panneaux solaires photovoltaïques qui viennent en appoint électrique pour alimenter la PAC. Elle alimente toute la salle qui est équipée d’un parquet chauffant.

Eh oui, car les gens pour le yoga sont pieds nus ou en chaussettes, donc l’hiver un tel système apporte beaucoup de confort. L’option initiale de mur chauffant n’a finalement pas été retenue car il n’y aurait pas eu suffisamment de place pour la décoration des murs. En effet, les surfaces vitrées étant importantes, la place libre en vertical est limitée.

 

BCB : Vous avez retenu différents types d’équipements annexes…

DB : La PAC électrique, en plus du parquet chauffant produit l’eau chaude sanitaire à l’étage. C’est une belle installation. Par contre, pour les 2 bureaux des praticiens, on fonctionne avec des PAC air-air plus classique afin que chacun dispose d’un fonctionnement autonome et totalement indépendant de la structure salle multifonction/habitat. La production électrique est en partie assurée par les panneaux photovoltaïques

 

BCB : Est-ce que les objectifs thermiques étaient aussi élevés que dans vos précédentes réalisations ?

DB : On a fait intervenir un thermicien pour que le projet se situe un peu au-dessus de la RT 2012, pour les aspects standards Bbio, Cep et Tic.

Mais en fait comme d’habitude on va au-delà de ces seuls enjeux. On a beaucoup réfléchi aux apports solaires. On est dans une démarche bioclimatique pour viser des performances passives.

 

BCB : La projet de la MOA fait que le terrain autour de l’habitat est pensé comme contributeur au bien-être.

DB : À l’extérieur tout a été réaménagé, avec d’une part la création de quelques emplacements de parking pour l’aspect purement pratique et d’autre part et pour l’essentiel, la configuration d’un très joli jardin. Il est constitué en parcours pédagogiques et ludiques avec une signalétique constituée de petits panneaux en bois, à l’ancienne. Parcours de senteurs, parcours botaniques avec roseraies et lavandes, fontaine, quelques endroits tapissés d’herbes pour faire des activités d’extérieur composent le décor.

 

 

BCB : Quelles sont les grandes lignes des travaux de la partie rénovation ?

DB : Ici on a retenu des solutions voie sèche, pour être en phase avec le budget disponible. En tenant compte du fait que la déconstruction est une phase coûteuse et que sur un autre plan, elle impacte largement le planning chantier.

Dans un premier temps, avant de procéder à l’isolation, il a fallu enlever l’ancienne laine de verre de 15 à 20 cm d’épaisseur, très détériorée. On a eu recours à une entreprise spécialisée dont les intervenants étaient en « tenue de cosmonaute » J. Il a fallu créer un sas dans la cage d’escalier pour protéger la maison de la dispersion de la laine de verre désagrégée, avec obligation d’utiliser l’aspirateur régulièrement dans la cage d’escalier. Cela a été fastidieux.

On a refait tous les réseaux des fluides et de l’électricité avec connexion à la nouvelle source de production d’énergie.

On a pu ensuite mettre en place l’isolation biosourcée voie sèche dans les combles perdus et sur les murs R+1.

 

BCB : Comment avez-vous traité l’interface entre la maison et l’extension ?

DB : La liaison se fait par la façade sud, qui ne disposait jusqu’alors que de 2 petites fenêtres, complétées par une porte-fenêtre.

Chronologiquement, on a d’abord ouvert le mur sud au 1er étage, petit à petit, en enlevant pierre à pierre. On les faisait tomber au sol, sur l’emplacement de l’extension, où à cet instant t n’avait été réalisé que les fondations.

Cette ouverture de 2.6 m donne à la chambre placée de ce côté, une magnifique vue sur la plaine des Maures. Du fait de l’orientation sud, on a mis en place un BSO métallique pour éviter la surchauffe. Cette grande ouverture donne sur un balcon plus bas que la toiture de l’extension. Celui-ci s’en trouve complètement masqué.

On a ensuite coulé la dalle de l’extension pour être à niveau du rdc existant. On a réalisé cette fois, l’ouverture du rdc de la façade sud, sur 4 m de largeur. Et comme cela allait générer des reports de charges conséquents sur les 60 cm de murs restants de part et d’autre, on a renforcé la structure du bâti avec la mise en place d’un IPN, avec coulage d’une poutre béton.

Cette métamorphose de la façade permet une nouvelle circulation au rdc en facilitant l’arrivée dans la grande salle multifonction.

La création de cette extension nous a imposé la création d’un nouvel escalier pour accéder à la terrasse existante de la façade Est qui, en période estivale, est à l’ombre d’un magnifique grand arbre plus que centenaire.

 

BCB : L’extension qui est  la raison d’être du projet est en béton de chanvre. Pouvez-vous nous en retracer les grands principes de construction ?

DB : On est sur un système classique pour l’ossature bois, avec des sections de 120 x 60 cm et surtout pas 140 x 45 cm. L’autre grande erreur à ne pas commettre consistant à placer des poteaux dans les angles. Pas dans le cadre d’un projet béton de chanvre, car celui-ci doit pouvoir envelopper l’ossature conformément à la règle de recouvrement spécifiée dans les règles professionnelles de ce domaine.

Pour la structure, on est sur une trame classique avec 60 cm entre chaque montant.


QUELQUES POINTS DE DÉTAILS POUR RÉUSSIR SA CONSTRUCTION EN BÉTON DE CHANVRE TRADICAL®

Préfabrication de l’ossature bois en atelier

Les panneaux des parois ont été

  • fabriqués en atelier par un charpentier
  • amenés en une seule fois sur site par camion
  • manipulés au moyen d’un chariot élévateur pour la mise en place.

Il s’agit donc d’une « préfabrication prête à projeté ». Au préalable on a procédé à la mise en place du coffrage perdu, panneaux hauteur d’étage, côté intérieur, avec mise en place de l’ensemble des réseaux des fluides.

On distingue une grande poutre lamellée collée qui porte le plancher de la terrasse du 1er étage. Sur cette poutre est également fixé une muralière avec une pente pour recevoir la charpente de la toiture sur laquelle est posé un système végétalisation/osb/epdm . Du fait des contraintes mécaniques engendrées à cet endroit, l’ensemble repose exceptionnellement sur 2 poteaux en vis-à-vis. Et particularité, du fait du risque de non-respect de l’épaisseur d’enrobage du poteau par le béton de chanvre, j’ai fait agrafer un film pare-pluie HPV pour désolidariser le béton de chanvre du poteau pour éviter un différentiel de tension continu, qui risquerait de générer des fissures dans le mur. Avec la configuration mise en place, si le bois se dilate, il n’y aura pas de conséquence sur le Béton de Chanvre.

À noter également  l’espacement de 60 cm des montants de l’ossature pour respecter le format des plaques de parement intérieur de 120 cm de large.

assemblage des modules de l'ossature bois

assemblage des modules de l’ossature bois


Contreventement de l’ossature bois et le point singulier des angles

On contrevente simplement avec des feuillards métalliques. Par ailleurs il convient d’être vigilant sur la réalisation des angles qui pourraient être réalisés avec des pièces de bois de section trop importante. Il est essentiel que le chanvre puisse enrober la structure dans les épaisseurs requises.

D’où la mise en place d’équerres métalliques pour solidariser les parois, en restant, aux angles, sur des sections de bois standard.

Détails des sections des montants et mise en place des feuillards pour le contreventement

Détails des sections des montants et mise en place des feuillards pour le contreventement


Protection anti-termites

La lisse basse bois est posée sur un film noir qui est en fait un revêtement de protection « physico-chimique létal » contre les termites. Même si le béton de chanvre est parfaitement efficace dans ce domaine, j’ai recommandé cette membrane pour anticiper l’évolution de la règlementation du fait que la carte nationale évolue chaque année. Cette fonction est  ici précisément assurée par une solution dédiée. On tient compte du devenir de la construction.

Ce dispositif est posé sur la largeur que va faire le béton de chanvre. La bande est fixée mécaniquement. Ensuite on met en place la lisse basse.

protection "physico-chimique létal" contre les termites

protection « physico-chimique létale » contre les termites


Descentes des eaux de pluie

Elles sont totalement intégrées dans l’épaisseur des murs de béton de chanvre, et donc complètement invisibles.

L’écoulement des eaux se fait par le gros tuyau coudé qui descend directement en bas du mur, dans le drain périphérique. On est sur un diamètre de 80 mm et non 100 mm, ce qui a permis de noyer ce réseau.

  • Autre détail 1 : on voit le film qui recouvre le poteau comme décrit avant, pour désolidariser mécaniquement le béton de chanvre de cette pièce. Sur ce poteau sont fixées les gaines de fils électriques connectés aux panneaux photovoltaïques qui sont sur le toit terrasse.
  • Autre détail 2 : les tableaux en fibralit qui vont recevoir directement les enduits de finition

La base du mur en béton de chanvre

On voit d’une part le tuyau des eaux de pluie qui descend pour être raccordé à une cunette périphérique en béton. On distingue aussi le soubassement en béton cellulaire qui ceinture l’embase et qui fait office de rupteur de pont thermique pour le soubassement en béton. Le béton de chanvre sera positionné partiellement dessus. À l’arrivée, ce revêtement rapporté sera au même nu que le béton de chanvre. La finition recouvrira l’ensemble. Une trame est placée à la jonction mur/embase pour éviter la fissuration du mortier de finition.

Détail de la fixation des feuillards sur l'ossature et détail de la base du mur

Détail de la fixation des feuillards sur l’ossature et détail de la base du mur


Extension façade sud

Détail des supports des brise-soleil (pièces métalliques vertes)  préfixés sur la structure bois et qui seront noyés dans le béton de chanvre, ne laissant dépasser que les tiges filetées pour la fixation des lames brise-soleil bioclimatiques.

On voit bien le détail de la pente de la toiture terrasse au niveau de l’acrotère.

On voit également les panneaux intérieurs posés collés sur l’ossature, conformément  au mode opératoire classique de ce matériau.

A ce stade, on est sur le point de démarrer la projection mécanique du béton de chanvre

Détails coffrage perdu, fixation brise-soleil et pente de la toiture terrasse

Détails coffrage perdu, fixation brise-soleil et pente de la toiture terrasse


Projection du béton de chanvre

La projection s’est faite avec un débit de 3 m3/h pour disposer d’un fonctionnement cohérent entre débit/rebond/enrobage..

Projection du béton de chanvre Tradical®, dosage application mur

Projection du béton de chanvre Tradical®, dosage application mur


Montage de l’extension

L’assemblage Mur+Toiture s’est fait sur 3 semaines, car la gestion de la jonction entre l’ancien et le neuf a demandé beaucoup d’intervention.

 

BCB : En fait, les chantiers de rénovation peuvent être compliqués !

DB : Le chantier a duré un an. Avec la déconstruction du rdc, les travaux au R+1, l’ensemble intégrant la reprise intégrale des réseaux, la modification des cloisons, l’isolation complète. Il ne faut pas voir une telle intervention sous le seul prisme de l’extension ou de la partie neuve. De fait je définis toujours un budget pour traiter l’existant, et un autre budget pour le projet.

Il faut que les maîtrises d’ouvrage en général, dès le départ, prennent conscience de ce que va être l’aventure parce qu’en fait tout est reconditionné, modifié de fond en comble. Il faut tenir compte de l’existant qui représente une forte contrainte.

« La valeur ajoutée de mon intervention, c’est justement de gérer les difficultés permanentes, de sélectionner tous les intervenants pour disposer d’une équipe cohérente et qualifiée et avec laquelle je peux garantir un résultat. »

 

FICHE CHANTIER BÉTON DE CHANVRE

  • Lieu : Vidauban (83)
  • Durée du chantier : 12 mois
  • Date livraison : 2019
  • MOA : privée
  • AMO / Maîtrise d’Œuvre : DB Chanvre – Daniel Bayol | 154 Chemin de la futaie – Vidauban 83550 – France | www.db-chanvre.com

 

Applications biosourcées 

  • Béton de chanvre Tradical® en application MUR : avec la chaux Tradical® Thermo + la chènevotte Chanvribat®
  • Ouate de cellulose dans les combles perdus et laine de bois pour les murs en R+1

 

Chauffage

  • PAC pour la salle multifonction (parquet chauffant) et le R+1 :
  • PAC air-air pour les 2 bureaux bureaux

 

Configuration générale

  • RDC (selon normes ERP et PMR) : salle multifonction / Rampe d’accès / Hall d’accueil / 2 bureaux / toilette / SdB
  • R+1 : habitation

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VOTRE CONTACT POUR ALLER PLUS LOIN

  • Eric Delanoë, Conseiller Technique Tradical®, tél. 06 76 45 09 03 / email : eric.delanoe@lhoist.com

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cheminée cylindrique restaurée à la chaux Tradical

La maison aux 2 cheminées cylindriques

Une maison avec des cheminées cylindriques, cela semble presque être un sujet irréel ! Et pourtant l’entreprise Roste s’est bien attelée à la restauration de deux souches de ce type sur une maison de l’Aube, presque bicentenaire.

 

Interview de Romain et Bruno Roste, entreprise Roste,  par BCB, le 10 04 2020

 

BCB : Le patrimoine bâti réserve souvent de belles surprises, des cheminées cylindriques sur une maison !

Romain et Bruno Roste : Il s’agit effectivement d’un chantier exceptionnel par le sujet. La maison date de la période napoléonienne, l’année de construction est précise puisque indiquée sur la souche de cheminée avec une brique engravée d’un « T 1859 ». T pour l’initiale du propriétaire de l’époque, qui à notre avis s’est juste fait plaisir avec ce type de réalisation. Il n’y a pas de raison particulière à cette configuration.

cheminée XIX restaurée à la chaux Tradical

cheminée XIX restaurée à la chaux Tradical

 

BCB : Quel était l’état de dégradation de l’ouvrage ?

R&BR : Une des cheminées penchait. Et puis nous avons constaté la détérioration des joints de ciments réalisés lors d’une précédente rénovation. Ce qui a conduit à la dégradation de nombreuses briques par le gel notamment..

 

BCB : Comment avez-vous planifié votre intervention ?

R&BR : la souche est réalisée avec un seul type de brique de forme arrondie. Nous en avons prélevée une afin qu’elle serve de modèle en termes de dimensions et de courbure, à la Tuilerie ROYER Soulaine Dhuys. Cette société locale dispose un savoir-faire pour fabriquer du « sur mesure » à destination du patrimoine. Elle a réalisé une 1ère commande de 150 de ces briques.

 

BCB : Quel a été le déroulé de ce chantier pour restaurer cet ouvrage spécifique ?

R&BR : Nous avons procédé au démontage de la cheminée. On a constaté qu’il fallait davantage de briques et avons doublé notre commande initiale. Après la réfection du chevêtre à la chaux, on a remonté la cheminée à l’identique sur ses 4 m de hauteur. Cette conception lui fait dépasser le faîtage de 40 cm afin d’assurer un bon fonctionnement.

 

BCB : Comment avez-vous fait fructifier votre intervention ?

R&BR : La caractère atypique de ce chantier nous a incité à le présenter en référence pour l’obtention de la qualification CIP Patrimoine. Et puis nous avons également restauré la seconde cheminée de cette maison, de même type, l’année suivante. La signature du propriétaire (l’initiale de son nom) a été mise en place avec la date de réalisation des travaux actuels. Un futur vestige pour la prochaine restauration…😊

FICHE CHANTIER

  • Lieu : CLEREY (10260-FR)
  • Date : 2018 et 2019
  • Entreprise Roste : 31 Rue des Deux Châteaux, 10270 Fresnoy-le-Château, France | Site internet : https://www.bruno-roste.com/
  • Tuilerie ROYER Soulaine Dhuys  : 8 Route de Joinville, 10200 Soulaines-Dhuys, France | Site internet :  https://www.latuilerieroyer.fr/
  • Application : maçonnage à la chaux avec Tradical® Bâtir + sable local

 

Crédit photo : ©entreprise Roste

 

Découvrir les 4 autres interviews de l’entreprise Roste


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Longère Saint Lyé les maçons de Troyes

La chaux pour une longère auboise

On a l’impression que tout était déjà en place, et que l’intervention de l’entreprise les maçons de Troyes tiendrait davantage de l’entretien que de la restauration. Mais en fait le déroulé du chantier montre que de très nombreuses réparations étaient nécessaires en maçonnerie et enduit. Cette longère à Saint Lyé retrouve un dessin de modénature équilibré et des matériaux jouant parfaitement leurs rôles. Un hommage aux savoir-faire des artisans d’antan qui savaient construire pour passer les siècles. On répare et on peut de nouveau y vivre et transmettre.

Interview de Gilbert Gallet par BCB Tradical® / Février 2020

 

 

BCB : Comment avez-vous abordé ce chantier ?

Les maçons de Troyes : Nous prenons toujours le temps de l’analyse et de l’explication afin que notre client comprenne le pourquoi des travaux que nous proposons de réaliser.

Ici, nous sommes en présence d’un système de construction classique. Avec un rôle prépondérant assuré par le soubassement. Et comme pour nombre de rénovations passées, il y a eu des réparations ciment, matériau qui utilisé pur est source de désordre parce que insuffisamment perméant vis-à-vis des systèmes constructifs anciens.

 

Sur cette maison, la façade nord a conservé ses enduits de briques pilées en soubassement, et ses enduits à la chaux en façade. Ce parfait état de conservation nous a servi de référence pour une restauration à l’identique en matériaux, granulats, teintes et texture.

 

La comparaison avec les 3 autres façades nous a permis d’expliquer les détériorations

Par exemple, au fil du temps, des pierres dégradées par l’action du gel ont cassé et ont été remplacées par du mortier de ciment accentuant le phénomène. Il faut savoir que nous sommes sur un territoire de pierre très tendre qui absorbe facilement l’eau. Nous avons aussi expliqué l’importance de disposer d’un soubassement conçu avec des matériaux spécifiques pour résister à l’action habituelle des remontées capillaires chargées de sels naturellement présents dans le sol et qui peuvent détruire à moyen/long terme le mortier du soubassement. Et du coup supprimer la protection de la façade et donc des matériaux qui la composent et engendrer des réparations.

 

Nous avons proposé de remettre en l’état avec l’objectif de travailler dans les règles de l’art et montrer comment tout était construit et pourquoi il fallait remettre en l’état, par exemple brique pilée chaux au niveau du soubassement. Pourquoi la pierre a été remplacée par du ciment à une époque, cause zone humide, donc le bandeau se dégrade et remplacement par du ciment.

La pierre a gelé au fil du temps car eau emprisonnée et détérioré les pierres au-dessus et donc gelé elle se casse, comme c’est de la craie qui prend facilement l’eau, à force délitement.

Ces constats font partie des classiques de la vie d’un bâtiment. Par contre il faut y apporter les bons remèdes.

 

 

CHRONOLOGIE DES TRAVAUX DE RESTAURATION DE LA LONGÈRE.

 

BCB : Par quels travaux avez-vous démarré ?

lmdT : Nous avons d’abord démonté la véranda, puis posé l’échafaudage. Ensuite, nous avons fait tomber l’enduit existant en soubassement et façade, Puis là nous avons pu traiter point par point :

  • La remise en place de briques en 2 formats 30 x 4 x 13 cm et 26 x 3 x 11 cm alternant brique et pierre
  • La recréation des appuis de fenêtre
  • La reconstitution des bandeaux de briques au-dessus des fenêtres
Longère de Saint Lyé

Décroutage complet de la façade et des 2 murs pignons – Longère de Saint Lyé  – les maçons de Troyes

BCB : Vous avez fait un travail important au niveau des ouvertures !

lmdT : Quand on regarde précisément la configuration des ouvertures, on se rend compte qu’il y a une accumulation de désordres qui ont nécessité de nombreuses interventions :

 

REMONTÉE et Réalignement des linteaux.

Nous avons repris effectivement l’ensemble des linteaux car toutes les clès des ouvertures étaient affaissées de quelques centimètres du fait du mouvement des façades au long des 140 ans de vie de l’ouvrage. Cela s’est traduit par :

  • Un démontage des clés composant les linteaux
  • Une repose de ces clés pour remaçonnage des pierres au-dessus des linteaux.
  • Une stabilisation des maçonneries

 

Recréation des soubassements en brique à l’identique au niveau des baies qui en étaient dépourvues. Donc étaiement des linteaux pour démonter les maçonneries de silex que nous avons remplacées par des briques de 22 cm.

 

RECRÉATION DES JAMBAGES

La jonction jambage/soubassement a été reconfigurée. L’ensemble de ces zones avaient particulièrement souffert du fait de rénovations antérieures inadaptées des soubassements d’une part et de la modification d’ouverture recourant à un maçonnage hors trame existante.

 

AU-DESSUS DU SOUBASSEMENT

Le décroutage a laissé apparaître l’état réel du mur sur toute la longueur de la façade. Tout le rang de pierre au-dessus du soubassement avait été repris avec des briques, et caché par l’enduit Nous avons tout repris en enlevant ces éléments pour les remplacer par des pierres taillées et laissées apparentes.

Elles font à la jonction entre les soubassements et la façade d’un point de vue mécanique et esthétique en reliant subtilement les ouvertures les unes aux autres

 

« On est désormais en vraies briques et pierres et non plus en parement et la valorisation esthétique est importante ».

 

BCB : vous avez aussi modifié la partie située au-dessus des ouvertures

lmdT : Nous avons remis en place des bandeaux de briques au-dessus des linteaux de pierres pour redonner du rythme à la façade. Ces briques étaient présentent, mais recouvertes par un enduit de finition précédent. Et bien érodées, voir même  cassées en de nombreux points au-dessus des linteaux affaissés.

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures – Longère Saint Lyé                             les maçons de Troyes

Globalement, l’ensemble de ces réparations a gommé la modification des agencements de la façade, homogénéisé les matériaux et les appareillages de briques et de pierres. On a laissé des traces de transformations pour montrer le passage du temps. L’ensemble a vraiment gagné en cohérence.

Vue des bandeaux de briques restaurés

Vue des bandeaux de briques restaurés – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pas de volets, pas de feuillures pour respecter le mode constructif de cette longère de la fin 1880. Ici, nous sommes dans la région de la craie, la brique est très présente sur les constructions, parce nous sommes dans une région de briqueteries, et de tuileries. C’est tout cela qu’on voulait remettre au premier plan.

 

BCB : Comment avez-vous procédé pour la phase finition ?

lmdT : On a mis en place un dégrossi Tradical® Bâtir avec un sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé en application manuelle. La recharge s’est faite sur 1,5 cm en moyenne. Et puis on a laissé sécher cette application.

Pendant ce temps, on a refait tous les joints, pas uniquement ceux qui étaient détériorés. On a d’abord fait une recherche de teintes en utilisant la chaux Tradical® PF 80, de la brique pilée et du sable, pour revenir à la coloration initiale des joints en place.

Une fois les joints réalisés, on a procédé à un micro-gommage sur la brique et la pierre parce que quand on fait les joints, on salit toujours les matériaux en contact. On peut ainsi nettoyer la laitance, On a procédé de même sur les joints pour faire ressortir les grains de brique pilée tout en homogénéisant les joints anciens préservés et les nouveaux.

Ce micro-gommage se fait à 1 bar de pression, avec une gommeuse, c’est une sableuse qui permet de travailler  à faible pression (amplitude de 0.7 à 6 ou 7 bars), ce qui n’altère pas la pierre.

enduit de finition brossé

Enduit de finition brossé – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pour l’enduit de finition proprement dit, notre mélange maison nous a fait retrouver la couleur d’origine avec des sables de Puisaye et de Loire. Outre l’aspect teinte, nous avons pu restituer la texture d’antan en brossant la surface de l’enduit.

 

 

BCB : Pourquoi accordez-vous autant d’importance à la préparation de vos mortiers ?

lmdT : La coloration naturelle avec un sable local orangé et terreux crée une esthétique qui change au gré de la journée et du niveau d’ensoleillement pour à chaque instant livrer une ambiance unique.

Nous sommes loin des enduits monotones !

 

 

BCB : Et vous avez fini votre ouvrage par sa base : le soubassement.

lmdT : Oui, nous l’avons réalisé à la suite. Avec un mélange de brique pilée et de sable orange de Puisaye pour disposer d’une tonalité orangée, avec une finition brossée également. Nous avons imité ici le rendu actuel, grenu, qui est dû à l’érosion de la surface de l’enduit qui était initialement lissé.

Une fois tous les enduits secs, nous avons fait un gommage léger autour des briques pour livrer une esthétique très net.

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Cette restauration a nécessité beaucoup d’intervention, avec en moyenne, la présence de 2 compagnons. Excepté pour les 2 pignons, où dans l’objectif d’éviter les raccords, nous étions 4 pour faire l’enduit de finition, en application manuelle.

 

BCB : Vous avez aussi aménagé l’espace devant la façade Sud

Création d'une terrasse avec joint de fractionnement en brique

Création d’une terrasse avec joints de fractionnement en brique – Longère Saint Lyé                            les maçons de Toyes

lmdT : À la demande du propriétaire, nous avons également réalisé une terrasse en béton désactivé dont les joints de dilatation sont faits en briques. Ils se raccordent avec l’axe des chambranles des portes-fenêtres. On fait d’une pierre deux coups : on apporte davantage de confort en créant un espace de vie supplémentaire et on protège le pied de façade en réduisant l’impact des eaux de pluie qui seront dégagées vers le jardin. C’est tout simplement plus de longévité !

 

BCB : En traitant les indispensables « fonction/matériaux/esthétique », vous avez redonné son identité à une construction humble mais capable de traverser les siècles.

lmdT : Nous avons fait un travail minutieux de restauration avec de très nombreux points à réparer, certes. Mais cette longère illustre bien la maîtrise de nos « maçons d’avant » pour construire du confort avec une parfaite orientation, ici une exposition Sud-est, pour un ensoleillement optimal, et un agencement intérieur bénéficiant de pièces spacieuses de 7 à 8 m de largeur.

Il s’agit en fait d’une maison bioclimatique, avant que cette définition ne devienne notre incontournable objectif pour vivre mieux au XXIè. s.  Cette démarche faisait initialement partie des savoirs indispensables à la pratique des artisans qui nous ont précédés.

 

 

FICHE CHANTIER

  • LIEU : Saint-Lyé (dpt Aube)
  • MAÎTRISE D’OUVRAGE : Privée
  • ENTREPRISE : les maçons de Troyes – 150, route d’Auxerre – 10120 Saint-André-les-Vergers | site web : http://www.les-macons-de-troyes.fr/
  • APPLICATIONS enduit traditionnel à la chaux
    • Corps d’enduit : Chaux Tradical® Bâtir + sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé. Application manuelle. Épaisseur 1.5 cm
    • Enduit de finition : Chaux Tradical® PF 80 + sable de Puisaye et de Loire
    • Soubassement : Chaux Tradical® PF 80 + brique pilée + sable orangé de Puisaye

 

Crédits photos : ©Les Maçons de Troyes

A lire également :
le portrait express de la scop les maçons de Troyes sur https://www.bcb-tradical.com/les-120-ans-de-la-scop-les-macons-de-troyes/ 

 

Pour tout contact
Yannic Santandreu, Responsable Technique Tradical®, tél : 06 76 45 09 15 / mail : yannic.santandreu@lhoist.com

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ossature bois pour béton de chanvre

Une journée pour la rénovation et la construction biosourcée et bioclimatique.

Les hivers rigoureux et les étés plus chauds (Juillet et Août 2019 par exemple…) nous obligent à penser la rénovation et la construction autrement.

 

Les matériaux biosourcés et la construction bioclimatique sont maintenant au cœur des réflexions du monde du bâtiment car ils apportent des résultats concrets pour un confort de vie en toute saison. Ils limitent très fortement les factures énergétiques, l’impact environnemental, avec zéro climatisation en période estivale, et présentent bien d’autres avantages…

 

C’est l’ensemble de ces aspects que nous souhaitons vous faire découvrir au cours d’une journée constituée de retours d’expérience et d’ateliers de démonstration. Vous pourrez échanger avec des professionnels spécialistes et aguerris.

 

Merci d’ajouter cette journée didactique à votre agenda…Nous vous y attendons nombreux !

Le vendredi 13 décembre 2019, Le Devet – 63230 – CHAPDES-BEAUFORT

 

Pour participer à cette journée d’échanges

BCB Tradical, votre expert en enduit à la chaux et en béton de chanvre

JM Naumovic un engagement pour l'écoconstruction

Mon engagement pour l’écoconstruction

Jean-Marc Naumovic, c’est 30 ans de présence dans l’écoconstruction avec un soutien constant vis-à-vis des matériaux sains. Il a conduit pendant un mandat la présidence de Construire en Chanvre

Interview de Jean-Marc Naumovic, le 08 02 2019 : BCB Tradical®

BCB : Comment en êtes-vous  arrivé à construire avec du biosourcé, à faire de l’écoconstruction ?

JMN : J’ai démarré en 1990 avec l’utilisation du liège, en application extérieure. Cette solution limite les épaisseurs, par contre il faut savoir le travailler, fractionner l’ouvrage du fait des variations dimensionnelles de ce matériau. Mais l’aspect déclencheur a été la mauvaise santé d’un membre de ma famille.

 

BCB : Quelle relation entre la construction et la santé ?

JMN : J’ai fini par comprendre que les matériaux de construction et d’isolation utilisés à cette époque étaient responsables de ces problèmes en générant un environnement sanitaire de mauvaise qualité, avec notamment les COV des peintures, la diffusion de microparticules par les isolants minéraux, le plomb et le mercure contenus dans des blocs à maçonner.

J’ai participé avec un expert du CNRS et Greenpeace à une étude sur la toxicité de certains matériaux du bâtiment, et là, on est en 1994. À noter qu’en Allemagne un rapport existait déjà sur la toxicité avérée de quelques produits.

 

BCB : Cette préoccupation est devenue un engagement !   

JMN : Oui, à partir de là, nous avons communiqué les résultats y compris sur « le petit écran ».On a œuvré pour l’interdiction des éthers de glycol par exemple…

 

BCB : Et comment s’est faite la connexion avec le chanvre et l’isolation chanvre ?

JMN : J’ai participé à l’avènement du chanvre lors du 1er salon de l’environnement auquel participait la Chanvrière de l’Aube, (maintenant La Chanvrière). Au départ j’intégrais dans mes réalisations : le chanvre, le liège, la brique. Puis progressivement avec l’acquisition d’expérience au fil des chantiers, j’ai construit tout béton de chanvre, à partir de 2004.

 

BCB : Quelles sont les qualités du béton de chanvre qui font la différence ?

JMN : C’est un matériau solide, les rongeurs ou autres « petites bêtes » ne peuvent pas s’y développer, et c’est un matériau en totale symbiose avec le bois de l’ossature porteuse par exemple. Sans parler de ses performances thermiques et hygriques. Ce qui m’assure de rester fidèle à ma démarche initiale de « construire la qualité sanitaire ».

Mon leitmotiv serait :

« En intérieur, je respire comme à l’extérieur »

 

Articles complémentaires

Zéro Chauffage, Zéro Climatisation, interview de Jean-Marc Naumovic 1/2

 

Votre contact pour aller plus loin :

Franck Codet, conseiller technique Tradical®, tél 06 40 15 20 76 / franck.codet@lhoist.com

modénatures à la chaux aérienne

Maison de ville, modénatures sur mesure

C’est le propre des spécialistes que de redonner une âme au bâti traditionnel fatigué par de précédentes rénovations. Ici la spécialisation patrimoine de l’entreprise Durand Bâtiment redonne du caractère à l’ouvrage en soulignant ses proportions, en jouant des matériaux.

Entreprise Durand Bâtiment 3/3
Interview de Fabien Pautrel le 17 10 2018 : BCB Tradical®

 

BCB : Pouvez-vous nous retracer les grandes lignes de votre intervention ?

Fabien Pautrel : Nous sommes à Combourg, la ville de Chateaubriand. La maison située en centre ancien est constituée en R+1. Nous avons fait une grosse rénovation puisque nous avons mis à nu la charpente pour la refaire. Nous avons refait la cheminée, la tête de cheminée avec un menuisier agenceur. Les fenêtres sont également refaites. Nous avons décaissé la terre battue pour poser un hérisson isolant + béton de chaux, en remplacement du plancher bois existant.

 

BCB : Quel traitement pour la façade ?

FP : La façade était revêtue d’un enduit détérioré. Nous avons tout piqueté avec l’objectif final de mettre en place du « décor » pour apporter une plus-value esthétique à la façade sur rue. Nous avons ainsi créé une fausse chaîne d’angle harpée, des encadrements des tableaux en jouant sur les types de chaux et de sables. Tradical® PF 70 + sable pour le dégrossi et Tradical® PF 80 + sable pour l’enduit de finition. Pour la chaîne d’angle, nous avons réalisé un coffrage harpé rechargé en 2 passes pour être en sur-épaisseur par rapport à l’enduit de finition de la façade.

 

BCB : Dans quel cadre réglementaire s’est faite cette rénovation ?

FP : Il s’agit d’une ancienne maison de centre-ville. Nous sommes en zone classée. Donc l’ensemble des interventions pour l’extérieur de l’ouvrage s’est fait en collaboration avec l’ABF pour valider les techniques employées. Le moindre détail demande beaucoup de précision. La contrepartie positive pour le maître d’ouvrage privé a été de pouvoir bénéficier d’une subvention accordée par la Fondation du Patrimoine.

 

« L’intervention donne l’impression d’être minimaliste mais elle distingue sobrement cette maison patrimoniale »

chaux aérienne pour une rénovation en centre ancien

chaux aérienne pour une rénovation en centre ancien

Des modénatures à la chaux pour embellir une maison combourgeoise

Des modénatures à la chaux pour embellir une maison combourgeoise

Fiche Chantier Chaux
  • MOA : Privé
  • Lieu : Combourg (dpt 35)
  • Entreprise Durand Bâtiment : La Ville Joie 35540 LE TRONCHET | www.durand-batiment.fr | contact@durand-batiment.fr
  • Produits : chaux de construction selon la norme NF EN 459.
    • Sous-enduit traditionnel à la chaux : Tradical® PF 70 +sable
    • Finition traditionnelle à la chaux : Tradical® PF 80 + sable

 

 

Articles complémentaires

Jeu de construction pour une extension | Interview 1/3

Portrait Express de Fabien Pautrel, une activité aux deux visages | Interview 2/3

 

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