Pas à pas chantier

Interview d'Alexis Allard, spécialiste de la restauration du patrimoine

restauration du château de la Gruzalière

Restauration de patrimoine historique au Château de la Gruzalière

Restauration d’un monument historique : maçonnerie à la chaux et restauration de la pierre de taille

A Iteuil (dpt 86), Henri IV aurait dormi…au château de la Gruzalière…qui vient d’être restauré par une maîtrise d’ouvrage privé. Le projet a été élaboré par l’agence CGart architectes, spécialiste de la restauration du patrimoine. La réalisation des lots maçonneries/second-œuvre a été confiée à l’entreprise Domus Ars qui intervient régulièrement sur des ouvrages emblématiques de la Charente limousine, du Périgord et de la Dordogne. Visite guidée.

Interview de Alexis Allard, dirigeant de l’entreprise Domus Ars, par BCB, en octobre 2020

 

Restauration des façades à la chaux Tradical® - Domus Ars entreprise

Restauration des façades à la chaux Tradical® – Domus Ars entreprise

 

BCB : Le Château se situe dans un parc d’une centaine d’hectares avec beaucoup de bois. On y arrive par un long chemin bordé d’une haie de tilleuls plusieurs fois centenaires. Le cadre est scénographié et l’arrivée magnifique. Mais quel était l’état des lieux ?

Alexis Allard (Domus Ars) : Ce château est resté inhabité pendant très longtemps. Donc charpente couverture et maçonnerie était dégradées. Les maîtres d’ouvrages souhaitaient tout remettre en état en préservant le site et le cachet de l’édifice. Les différents corps d’état ont été menés de front. Domus Ars assumant la restauration des maçonneries et le nouvel agencement intérieur.

Notre intervention intégrait également la création de nouvelles chambres mansardées dans les combles, la recréation ou création de toutes les salles de bains, les sols et cuisines aménagées. A chaque fois avec la volonté d’utiliser le matériau le plus en phase avec le lieu.

Par exemple, pour les sols, la pierre est issue d’une carrière aux environs de Poitiers. Et c’est l’escalier existant qui nous a servi de référence pour retrouver la qualité initiale.

 

MODIFIER LA CIRCULATION INTÉRIEURE

 

BCB : Dans cet enjeu de la restauration s’est immiscé la possibilité de modifier la circulation intérieure.

AA : Ce château est en forme de L. Avec la particularité d’avoir en Rdc à l’intersection de ses 2 ailes un rocher de 90 m3. Il fait partie de la construction mais empêchait le passage d’une aile à l’autre sur ce niveau. Donc la communication entre les 2 parties du château se faisait par l’étage.

Le projet de l’agence d’architectes CGart à la maîtrise d’œuvre consistait à supprimer cette contrainte et donner ainsi une toute autre possibilité d’occuper les lieux et de s’y déplacer.

 

BCB : Mais comment supprime-t-on 90 m3 de rocher ?

AA : Sur ce patrimoine, on ne peut pas utiliser l’outillage habituel. Il faut impérativement limiter les vibrations. Donc on procède avec des grignoteuses, avec des scies également.

Et il a fallu éventrer la façade pour accéder plus facilement à ce rocher. Cela a généré de la reprise en sous-œuvre.

On en a profité pour créer 2 ouvertures neuves en façade, on ne les distingue plus maintenant tant elles sont bien intégrées. C’est la partie ardue du chantier. Mais le bénéfice est conséquent puisque en disposant d’un espace supplémentaire facilitant la circulation intérieure, l’habitabilité est améliorée. Ces mètres carrés gagnés se répartissent entre la création d’une nouvelle cage d’escalier démarrant en Rdc, un accès couloir et un vestiaire/sanitaire.

Une lumière naturelle très présente pour éclairer ce grand volume

Une lumière naturelle très présente pour éclairer ce grand volume

 

RESTITUER LA QUALITÉ DES FINITIONS DANS LE CADRE PATRIMONIAL

 

BCB : Le gain en m² se traduit également par un nouveau volume à habiller.

AA : Nous avons croisés nos références :

  • Pour une part, au niveau moyen technique, nous nous sommes inspirés du principe d’un revêtement en place. A savoir un vieux plâtre présent sur les murs, comme cela se faisait au 19è s., imitant grossièrement la pierre de taille.
  • Et pour une autre part, au niveau esthétique, la maîtrise d’œuvre a validé le rendu de pierres de taille présente sous un escalier

 

Donc sur les murs montés en moellons, on réalise un dégrossi sur lequel ensuite est appliqué notre enduit à la pierruche (mortier Tradical® PF 60 + poudre de pierre) avec la création d’un appareillage type pierre. On le retravaille avec les outils de taille de pierre pour créer une texture, au chemin de fer par exemple. Ensuite la surface est moirée pour donner une patine naturelle, on adoucit la surface, on restitue une usure.

Nous avons réutilisé cette technique de la pierruche pour les soffites, avec la création d’appareillages et mis en place également des enduits de chaux aérienne classiques sur certaines parties.

 

COMMENT RÉPARER DES MAÇONNERIES ?

 

BCB : Nous venons d’aborder le sujet de la création d’un nouvel espace intérieur permettant de repenser la circulation intérieure. L’autre aspect conséquent abordé lors de cette restauration a été la réparation des maçonneries. Comment définissez-vous les endroits nécessitant une intervention ?

AA : Cela demande au préalable, un bon repérage, un bon diagnostic des murs. Et cela implique de l’expérience. Il faut détecter les déformations de maçonneries qui servent alors de repères. Et cette phase-là se fait bien en amont du démarrage d’un chantier, parce qu’elle détermine la nature des travaux à programmer et donc les budgets. Nous pouvons répondre précisément avec l’architecte du patrimoine, ici l’agence CGart (avec laquelle nous travaillons depuis très longtemps), à notre client ou futur client sur la nature des travaux à mener et sur leur ampleur.

 

BCB : En quoi consiste ce type de réparation de maçonneries ?

Il y a une partie remaillage lorsque le montage de la maçonnerie est détérioré localement. Mais nous avons surtout des coulis à réaliser lorsque le mortier de chaux ne lie plus les moellons ou les pierres de taille et qu’il peut y avoir risque d’affaissement des parois.

On procède alors en révisant tous les joints pour être sûr que le coulis ne sorte pas de la paroi, Et puis on refait des trous aux endroits stratégiques. On commence à déverser la préparation Tradical® Bâtir + Eau au niveau n+1, quand il y a débordement au niveau zéro par les trous témoins, on les bouche, on sait alors que la préparation a cheminé correctement dans la maçonnerie pour combler les manques, nous faisons cela de manière très systématique. Je restitue l’intégrité des maçonneries en faisant ces coulis,

« Je restitue l’intégrité des maçonneries en faisant ces coulis »

 

 

RÉALISATION D’ENDUITS À PIERRES VUES POUR L’EXTÉRIEUR

 

BCB : Comment avez-vous procédé pour la restauration des façades ?

AA : Du fait de l’état général du revêtement, on a tout décroûté. Ce bâtiment a été construit sur différentes périodes, remanié, donc on a mis au jour des maçonneries hétérogènes au niveau montage et matériaux. L’option enduit à pierres avait été retenue. Donc dans ce cas, la tâche est compliquée parce qu’on est en présence de moellons de types très différents. Certains présentent davantage d’arêtes, d’autres sont plus arrondis…Alors pour réaliser malgré tout un rendu cohérent, on n’a laissé apparaître la pierre qu’avec parcimonie.

 

BCB : Quel était le mode opératoire pour réaliser cet enduit à pierres vues ?

AA : On a réalisé une couche appliquée en 2 passes, avec dans un premier temps un remplissage de fond de joint, puis application à l’avancement de la finition. Le fait d’être en 2 passes avec la chaux Tradical® PF 80 nous permet de rester parfaitement homogène quant au matériau et sur des épaisseurs cohérentes à chaque fois. Nous évitons les surépaisseurs sur la 2ème passe pour nous assurer d’une réalisation de qualité.

 

BCB : Quand on aborde l’enduit de finition : sable, couleur et granulométrie sont à chaque fois des éléments à définir…

AA : On a choisi un sable de carrière non lavé, dans lequel nous ajoutons des éléments dont des terres naturelles colorantes, pour disposer d’un mélange de granulométrie 0/4. Il a fallu réaliser plusieurs échantillons pour valider à la fois la coloration et le niveau d’affleurement de l’enduit à pierres vues, par rapport à cette problématique de l’hétérogénéité des moellons.

Et un tel enduit est appliqué manuellement, donc on peut facilement imaginer le caractère chronophage de cette phase chantier.

 

PRÉSERVATION ET RÉPARATION DES PIERRES DE TAILLE ET DES PIERRES SCULPTÉES

 

BCB : Quel niveau d’intervention a été déployé pour répondre au besoin d’entretien du registre décoratif en pierre ?

AA : Même si globalement l’ensemble des pierres de taille était relativement bien conservé, il a fallu de toute façon au minimum, nettoyer les pierres et les reminéraliser. Nous avons fait une « révision » complète, des lucarnes en toiture jusqu’à l’ensemble des ouvertures et modénatures.

Dans certains cas, nous avons dû faire des greffes de pierre, retoucher ou restaurer à la pierruche (mortier de réparation de la pierre composé de poudre de pierre et de Tradical® PF 60)

Lorsqu’il a fallu remplacer des pierres, nous avons fait les dégrossis en atelier, et affiné l’ouvrage sur chantier. C’est le procédé classique de la taille de pierre. Dans ce cadre, c’est ma responsable d’atelier, tailleuse de pierre, qui gère cette phase. Ensuite sur site, l’ensemble de mes maçons est à même d’intervenir pour finir l’ouvrage, y compris les patines.

Point très positif, les pierres sculptées avec des motifs floraux, des grappes de raisins ou des petites bêtes par exemple étaient très bien conservées.

 

CRÉATION D’OUVERTURE AVEC ENCADREMENT EN PIERRE

 

BCB : Sur ce chantier de restauration, il y a en fait aussi de la création pierre de taille.

AA : Effectivement, au niveau de la pièce qui a pris place là où se situait initialement le rocher que nous avons supprimé, nous avons créé une ouverture dans le respect des proportions et du registre décoratif du château.

Il a fallu prendre toutes les précautions d’usage avec un étaiement de l’ouverture créée pour éviter tout affaissement de la paroi.

 

UN CADRE ARCHITECTURAL RESTITUÉ

 

AA : Globalement, on a utilisé les techniques habituelles de la restauration et comme nous l’avons vu, le changement de morphologie du Rdc a occupé beaucoup de place dans notre planning chantier.

L’ensemble des travaux a requis plus de 10000 h d’intervention pour plusieurs compagnons sur 2 années de chantier pour livrer un ouvrage bénéficiant de toutes les commodités de notre siècle, dans le respect du cadre initial. Nous avons ajouté une strate à la suite des nombreuses évolutions vécues par le Château de la Gruzalière.

« Nous avons ajouté une strate à la suite des nombreuses évolutions vécues par le Château de la Gruzalière. »

Livraison du chantier avec ses façades restaurées à la chaux aérienne

Livraison du chantier avec ses façades restaurées à la chaux aérienne

 

FICHE CHANTIER CHÂTEAU DE LA GRUZALIÈRE

 

LES ACTEURS

Maîtrise d’ouvrage : privée

Maîtrise d’œuvre : CGart : CGart architectes

Entreprise : Domus Ars – 100 Rue Jean Jaurès, 16600 Magnac-sur-Touvre – http://www.domusars.fr/

 

LIEU : Iteuil

DATE DE LIVRAISON : 2020

APPLICATIONS

  • Coulis de confortement : Chaux Tradical® Bâtir + eau
  • Maçonnage : Chaux Tradical® Bâtir + sable local
  • Sous-enduit : avec la chaux Tradical® Bâtir + sable
  • Pierruche (Fausse pierre) : avec la chaux Tradical® PF 60 + poudre de pierre
  • Enduit de finition extérieur : avec la chaux Tradical® PF 80

 

LES CHAUX

  • Tradical® PF 80, chaux de classe FL A 2),
  • Tradical® Bâtir, chaux de classe FL A 3.5)
  • et Tradical® PF 60, (ou Tradical® Reparoc), chaux de classe FL A 5

sont des chaux conforment à la norme européenne des chaux de construction NF EN 459. Elles contiennent le plus fort taux de chaux aérienne du marché.

 

CREDITS PHOTOS / Domus Ars et BCB Tradical®

 

Votre contact pour aller plus loin : 

Charles PASCAL, conseiller technique Tradical® , tél 06 25 13 64 79 , mail : charles.pascal@lhoist.com

Restauration du Fort du Moulin sur l'Île de Port Cros

Le Fort du Moulin sur l’île de Port Cros, restauration d’un monument historique

Restauration à la chaux d’un patrimoine historique.

La restauration du Fort du Moulin sur l’île de Port Cros, dans le Var (83 – FR) a débuté en 2017. L’entreprise Arléa Patrimoine est intervenue sur l’ensemble des 3 phases du chantier avec dans un premier temps la restauration de la tour, dans un second temps les remparts de la forteresse, puis enfin l’intervention dans l’enceinte avec la restauration d’un bâtiment.

Le fort du Moulin est un des 4 forts de l’île destiné à l’origine à sécuriser la rade d’Hyères. Construit sous Richelieu, cet ouvrage classé Monument Historique présentait un état de dégradation très important nécessitant une restauration urgente et complète.

Interview de Christophe Valstar, dirigeant de Arléa Patrimoine, par BCB, en octobre 2020

 

RESTAURATION DE LA TOUR DOMINANT LA MER SUR 360°

 

BCB : L’embase de la tour a demandé un soin particulier pour restituer son intégrité.

Christophe Valstar (Arléa Patrimoine) : Il y a eu un déchaussement de la plaque rocheuse Tout le rempart étaient en désaplomb, en porte à faux sur 1 m. Une entreprise spécialisée a mis des pieux dans la roche, purgé la roche. Puis l’entreprise Garelli a fait une grosse pièce en béton sur ces tirants pris dans la roche

 

 

RÉPARATION DE LA L’ASSISE DE LA TOUR

BCB : Comment avez-vous habillé cette reprise de fondation en béton armé ?

CV : Nous avons reconstitué un parement avec maçonnage de pierre et enduit à la chaux pour recouvrir cette nouvelle assise. Dans un premier temps il a fallu refaire une assise plate dans la roche, que l’on a coupé sur 30 cm. Nous avons ainsi constitué une embase plane nous servant d’appui pour démarrer le maçonnage. Dans un deuxième temps, nous avons mis en place des gabarits métallique pour reconstituer le galbe de la forme générale du soubassement de la tour.

recréation de l'assise de la tour du Fort du Moulin - Port Cros

recréation de l’assise de la tour du Fort du Moulin – Port Cros

 

BCB : Vous avez-eu à traiter le point délicat de la jonction avec la partie supérieure

CV : Nous avons remaçonné jusqu’au-dessus de la nouvelle assise pour faire la jonction avec la partie supérieure de la paroi. On a placé des agrafes en inox à l’avancement du montage du parement afin de le solidariser mécaniquement avec le support. On a procédé de même mais longitudinalement avec des baguettes inox prises dans le parement. L’ensemble des renforts jouent du coup aussi le rôle de gabarit restituant la forme tronconique de l’assise de l’ouvrage. L’ensemble du parement pierre est recouvert par 5 à 6 cm d’un enduit traditionnel compte tenu des variations d’épaisseurs à rattraper pour se retrouver au nu de l’enduit existant.

 

BCB : Les pierres réutilisées sont celles du site ?

AP : Il n’y a que des pierres récupérées dans les massifs forestiers sur l’ile de Port Cros. Nous avons passé des journées entières de ramassage. Le tout charroyé au moyen d’une brouette à moteur, à chenille, qui permet de véhiculer 3 t de matériaux. Le terrain est difficilement praticable. Ce travail de collecte est conséquent parce qu’on est sur une ile. Le moindre matériau est déplacé 3 fois ! Cela nous impose une manutention énorme.

 

BCB : Vous avez fait une recherche de teinte pour retrouver la couleur en place 

AP : Nous avions l’avantage de connaître le site depuis quelques années, et donc de maîtriser l’aspect teintes. Ici c’est principalement de la terre de sienne.

 

Pour la composition, on ajoute du sable lavé pour que le mortier soit un peu plus aéré. Les sables sont trop fins au départ et on risque la fissuration quand on met de l’épaisseur comme dans notre cas. Et on met aussi du petit gravillon roulé que je trouve en carrière, ce qui nous permet de retrouver ce grain qu’on avait autrefois quand les artisans utilisaient du sable de plage. Cela donne de la texture et accroche la lumière. En tout cas, il faut être très vigilant sur la composition granulométrique quand on fait de l’épaisseur.

 

BCB : Pour la finition, c’est presque un enduit à pierre vue que vous avez fait !

CV : Il est affleurant et sa prise à la lumière est quasi identique à celle de l’enduit existant au-dessus. La chaux est préparée avec un mélange de chaux Tradical® Bâtir et de chaux aérienne Tradical® H 98, en proportion 50/50, alors que lorsqu’on maçonne, on utilise Tradical® Bâtir tel.

 

  • La surface enduite en soubassement représente 65 m².
  • Notre intervention portait également sur la tour au-dessus. En décroûtant l’ensemble du support, nous sommes tombés sur d’anciennes réparations, avec des pierres debout par exemple. Ponctuellement, nous avons remaillé des pierres dans le cas de gros dégâts. Cet ensemble représentait une surface de 250 m²

 

DE NOUVEAUX ENDUITS POUR LES REMPARTS

 

BCB : On voit sur la photo ci-dessous à gauche, l’état général de dégradation des enduits et même des murs, en général sur le fort. La maîtrise d’œuvre a opté pour quelle solution ?  

CV : On peut dire que le lieu était à l’abandon complet. D’où le niveau de détérioration. Au point que certaines parties ont dû être rechargées en pierres.

Notre regard habitué à voir la pierre, nous incite à restituer des ouvrages finis se rapprochant de cet état actuel, mais en « neuf ». Historiquement, tous ces bâtiments militaires étaient enduits. L’enduit était là pour protéger les murs. Donc nous avons réparé ces murs d’enceinte, côtés intérieurs comme extérieurs sur 1300 m², lors de la 2ème tranche des travaux.

En quantitatif, on a utilisé 60 big bags de sable et une vingtaine de palettes de Tradical® Bâtir et Tradical® H 98, avec une coloration du mortier à la terre de sienne.

 

BCB : les surfaces à enduire sont d’un seul tenant sans modénature pour limiter les surfaces. Comment avez-vous procédé pour éviter toute trace de reprise ?

AP : On procède différemment : on travaille à 2 compagnons par étage d’échafaudage, on avance en se passant la lance d’étage à étage. On progresse petit à petit de la gauche vers la droite, les raccords se font toujours à la verticale. Quand on fait ce type d’ouvrage, on met du monde.

Vue extérieure du rempart enduit avec les chaux Tradical®

Vue extérieure du rempart enduit avec les chaux Tradical®

 

LE PATRIMOINE ET L’ART DE LA LOGISTIQUE

 

BCB : Le fait d’œuvrer sur un site insulaire apporte des contraintes logistiques ?

CV : Précédemment, j’évoquais l’utilisation de la pierre en local. Les autres matériaux, chaux et sable, proviennent du continent. On utilise un sable bien particulier car il permet déjà de s’approcher de la teinte finale que l’on veut obtenir. Il s’agit du sable de Vaugines, c’est une carrière proche d’Aix en Provence. Il est livré en 19 ou 24 t au port du Lavandou. De là, une compagnie avec laquelle on travaille depuis longtemps, prend nos big-bags, les amène sur l’ile. On décharge les big bag pour ensuite les acheminer avec notre petite brouette à moteur, à l’intérieur de l’enceinte du chantier. Donc effectivement c’est une contrainte à intégrer dans le phasage opérationnel.

 

PRÉPARER LES SUPPORTS, PUIS ENDUIRE À LA CHAUX

 

BCB : Il y a une métamorphose entre l’avant et l’après. Quelles opérations avez-vous mené avant de faire l’enduit traditionnel à la chaux en 3 couches ?

CV : Sur les moellons qui n’étaient plus protégés par un enduit, on a procédé à un lavage à grandes eaux, 2 à 3 fois, sans pression, pour enlever la poussière, les lichens, la terre…Entre chaque passage, on laisse complètement sécher. Cette seule phase nous a occupé une grande semaine.

 

Tous les enduits encore présents ont été décroûtés, soit une surface totale de 1300 m² à 5 compagnons. Avec évacuation de l’ensemble des gravats.

 

L’enduit traditionnel s’est fait dans les règles de l’art, avec des temps de séchage conséquents entre chaque couche : gobetis, puis 2 semaines de séchage, suivi du corps d’enduit avec 3 semaines de séchage, puis finition.

 

 

DE LA GESTION DES DÉCHETS

 

BCB : Quelles sont les contraintes liées aux déchets ?

CV : Le problème des gravats est généré est dû au fait que nous intervenons au cœur d’un parc naturel, qui plus est, sur une île. Nous devons répondre à des restrictions particulières : c’est-à-dire qu’on ne peut pas réutiliser les gravats sur l’île. Écologiquement cela pourrait être vertueux, réutiliser des mortiers de chaux broyés à d’autres fin que celle d’un enduit. Mais en fait, lors du décroûtage par exemple, les morceaux tombant au sol sont pollués : en les ramassant on emporte également de la terre dans laquelle, à Port Cros, sont présentes des graines d’oxalis, qui est le petit trèfle au fleur jaune omniprésent sur l’île. Automatiquement, cela pollue les gravats qu’on ne peut pas remettre pour aménager les chemins par exemple parce qu’on va avoir cette fleur qui va proliférer.

Donc tous les gravats sont mis en bigbag, évacués par la mer, récupéré au port et amené en décharge. Une logistique obligatoire pour les matériaux remplacés.

 

 

 

RÉPARATION ET REMPLACEMENT DE PIERRES DE TAILLE

 

BCB : Dans la phase 2 de la restauration du fort, vous êtes intervenus également dans le registre de la taille de pierre pour des éléments spécifiques

CV : Certaine pierres de taille étaient très dégradées. Et il a fallu les remplacer, pour recomposer les modénatures partiellement ou complètement.

 

1.     Réparation d’une chaîne d’angle

Par exemple, certaines pierres de cette chaîne d’angle étaient tellement érodées qu’elles étaient quasiment parties en sable. Et donc là il y a eu une recherche de grain de pierre pour essayer de retrouver la même teinte, la même texture. Puis repositionnement pour une intégration à l’existant.

2.     Montage à sec d’un encadrement en pierre puis mise en place

Nous avons reproduit les encadrements d’une ouverture. On en voit ci-dessous la préparation du montage avec la mise en place à sec des différents blocs prêts pour la pose. Puis suit le maçonnage dans le muret. On voit des armatures en fibres de verre, blanches, ce sont des tiges de fil de verres, qu’on met sur les ouvrages quand on a besoin de résistance. Parce qu’ensuite sur ce mur un garde-corps sera mis en place, et on sait que tous ces murs maçonnés en pierre ont des problèmes de tenu au cisaillement. Donc on avait besoin de gagner en résistance mécanique sur ce point. Le phasage complet consistant à démonter le mur, le remonter avec une rehausse, renfort fibre de verre, une première passe d’enduit à la chaux et puis une 2ème passe d’enduit gratté pour la finition.

Le muret est remaçonné à la chaux, et l'encadrement finalisé.

Le muret est remaçonné à la chaux, et l’encadrement finalisé.

 

PRÉSERVER LA MISE HORS D’EAU DES SOLS

 

CV : La mise hors d’eau est un aspect essentiel de la durabilité des ouvrages quels qu’ils soient.

Pour les remparts du Fort du Moulin, on a ajouté des barbacanes parce que les niveaux de terres ont changé, depuis l’origine, soit des centaines d’années. Les eaux pluviales s’évacuaient difficilement à l’intérieur du fort, ce qui abimait beaucoup les murs, donc on a reproduit les barbacanes d’origine, c’est de la taille de pierre relativement précise. Il a fallu percer le rempart, et les positionner sur des points correspondant au niveau actuel des sols. On laisse les barbacane qui ne sont plus opérationnelles mais on en recréer d’autre pour assurer la fonction de mise hors d’eau des sols.

 

En réparation connexe, on a changé également des bourrelets, qui sont souvent présent sur ces constructions Vauban. Ils sont en pierre plus tendre, comme pour les encadrements. C’est de la pierre de Pondre. Nous avons changé certains éléments de modénatures en boudin, parce qu’ils étaient complètement érodés.

 

L’enduit du rempart est également refait à façon comme évoqué en d’autres points. Il faut faire attention au choix des matières premières et avec les connaissances adéquates on fait de belles choses.

 

« Il faut faire attention au choix des matières premières,
et avec les connaissances adéquates on fait de belles choses. »

Contrôle du bon fonctionnement de la nouvelle barbacane

Contrôle du bon fonctionnement de la nouvelle barbacane

 

POUR LA 3è TRANCHE DES TRAVAUX : APRES LES REMPARTS ET LES ZONES DE CHEMINEMENTS, RESTAURATION D’UN BÂTIMENT.

 

BCB : Pour le corps de bâtiment présent dans l’enceinte, vous avez été confronté au même niveau de détérioration que pour les remparts. Est-ce que les solutions techniques restent les mêmes ?

CV : Pour ce bâtiment à l’intérieur du fort. Nous sommes toujours en présence de maçonneries anciennes. Certaines parties étaient effondrées, d’autres étaient murées. Le projet nous demandait de reconstituer les ouvertures selon leur configuration initiale.

La toiture a été intégralement refaite. On la voit terminée, cheminée face à la mer. Nous avons pérennisé l’ouvrage avec des techniques modernes, mais pour préserver l’aspect ancien, la couverture est constituée de tuiles de récupération. Les souches de cheminées sont des répliques des souches existantes sur place.

Restauration à la chaux d'un bâtiment au cœur de l'enceinte du Fort du Moulin

Restauration à la chaux d’un bâtiment au cœur de l’enceinte du Fort du Moulin

Restauration des toitures du Fort du Moulin - Port Cros

Restauration des toitures du Fort du Moulin – Port Cros

 

BCB : vous avez abordé comme pour la restauration sur l’île de Ste Marguerite (06) l’utilisation du Chanvre et chaux en intérieur

CV : L’intérieur de ce bâtiment reçoit un enduit hygrothermique chanvre et chaux sur environ 300 m². L’épaisseur moyenne est de 5 à 6 cm. On reste dans une logique d’enduisage sur moellons, avec l’apport d’une correction thermique, parfaitement compatible, avec une durée de vie conséquente. De plus, c’est la solution parfaite pour compenser le fruit des murs et gommer l’irrégularité du support.

L’enduit hygrothermique chanvre reste en l’état, sans être recouvert.

 

ET LES QUALITÉS DE L’ENTREPRISE ARLÉA PATRIMOINE POUR RÉUSSIR UN TEL PROJET ?

 

BCB : D’une manière générale, comment organisez-vous votre présence pour ce type de restauration sur une île ?

CV : On part le lundi matin très tôt et on rentre le vendredi. Cela nécessite des équipes soudées pour fonctionner en harmonie. En hiver le site est désert, il peut y avoir des tempêtes, et quelquefois, on est plus nombreux que les habitants. Les conditions de travail peuvent être rude hors saison.

 

BCB : Quelles sont les qualifications de l’entreprise Arléa Patrimoine ?

CV : Pour faire des chantiers Monuments Historiques, Il faut avoir à son actif trois références de travaux similaires, 3 attestations de bonne fin de travaux. Ça vaut n’importe quelle qualification. Donc nous œuvrons dans ce cadre avec des attestations signées par des architectes du patrimoine. Il faut des références. Notre credo est de rester une entreprise de petite taille, faire des chantiers qui nous plaisent et livrer des interventions de qualités.

 

« Notre crédo est de rester une entreprise de petite taille, faire des chantiers qui nous plaisent et livrer des interventions de qualités ».

 

 

 

 

FICHE CHANTIER FORT DU MOULIN | PORT CROS

 

Les acteurs

Maîtrise d’ouvrage : Parc National de Port Cros
Maîtrise d’œuvre : DRAC et architecte du Patrimoine
Entreprise : Arléa Patrimoine, société coopérative et participative – 4987 Chemin de Sainte Colombe – 06140 VENCE | http://www.arlea-patrimoine.com/

 

Applications chaux et enduit hygrothermique

  • Maçonnage : Tradical® Bâtir + sable
  • Enduisage : ½ Tradical® Bâtir + ½ Tradical® H98
    • Tradical® Bâtir (chaux de classe FL A 3.5) et Tradical® H 98 (chaux aérienne de classe CL 90 S) sont des chaux conforment à la norme européenne des chaux de construction NF EN 459.

 

  • Isolation : Tradical® Bâtir + Chanvribat®
    • 22 m3 mis en œuvre par projection mécanique
    • Le couple chaux chanvre Tradical® Bâtir + Chanvribat® est validé par Construire en chanvre et conforme aux exigences performantielles des Règles Professionnelles d’exécution des ouvrages en béton de chanvre
    • Tradical® Bâtir est une chaux de classe FL A 3.5 selon la norme européenne des chaux de construction NF EN 459
    • Chanvribat® est un chanvre labellisé Granulat Chanvre Construction
    • Ce couple chaux chanvre bénéficie d’une réaction au feu A2, s1-d0

 

Crédit photos : Arléa Patrimoine

 

Votre contact pour aller plus loin :

Eric Delanoë, conseiller technique Tradical®, Tél 06 76 45 09 03 , mail ericdelanoe@lhoist.com 

visite de chantier béton de chanvre

Visitez un chantier béton de chanvre au Puy-en-Velay

Dans le cadre des JOURNEES NATIONALES DE L’ARCHITECTURE,
Nous vous convions à la visite de chantier d’un immeuble en cours de rénovation avec la solution biosourcée Béton de Chanvre Tradical®

L’atelier ECO-ARCHITECTE rénove l’ouvrage sur plusieurs axes :

  • Surélévation avec l’ajout d’un étage pour passer en R+3
  • Reconfiguration de tous les niveaux existants avec création d’un accès extérieur pour chaque niveau et d’une terrasse couverte pour chaque appartement
  • Confort thermique et hygrique avec l’emploi du béton de chanvre. D’une part pour l’existant avec une isolation extérieure en doublage isolant sur les façades existantes (18 cm). D’autre par pour la surélévation neuve, avec une toiture isolante (35 cm) et des murs isolants (35 cm).

Lieu : 16 rue Mario Versepuy 43000 – Puy-en-Velay
Dates : 16, 17 et 18 Octobre

 

  1. Si ce matériau biosourcé pour construire/rénover et isoler vous questionne
  2. Si vous souhaitez découvrir comment se déroule ce type de mise en oeuvre
  3. Si échanger avec des professionnels aguerris -architecte / entreprise / industriel – peut contribuer à faire émerger des opportunités,


Alors ce RDV est fait pour vous,
Et l’Atelier ECO-ARCHITECTE | l’entreprise Domo Sapiens | Tradical® (fabricant du béton de chanvre) vous y accueilleront avec plaisir.


POUR S’INSCRIRE

Dans ce cas, merci de vous inscrire au moyen du formulaire EN LIGNE.
Vous pourrez ainsi choisir le jour et la plage horaire. Cela nous permettra de vous accueillir dans les meilleures conditions possibles.

Attention : Règles des gestes barrières à respecter et port du masque obligatoire

 

A très bientôt sur place !

Les intervenants du chantier béton de chanvre de Puy-en-Velay

Les intervenants du chantier béton de chanvre de Puy-en-Velay

 

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

ossature bois et chaux chanvre

Le béton de chanvre pour un éco-lieu dédié au bien-être

Daniel Bayol a livré sur le dernier trimestre 2019 une rénovation/construction d’un ouvrage qui combine salle multifonction et bureaux, ensemble dédié au bien-être + lieu d’habitation. Le projet utilise le biosourcé au travers de différents matériaux dont le béton de chanvre pour la partie neuve. Daniel Bayol nous relate l’aventure, parce que c’en est une, et nous rappelle qu’intervenir sur un bâti ancien est une démarche ô combien exigeante.

Interview de Daniel Bayol, DB Chanvre (Assistance à maîtrise d’Ouvrage), par BCB, le 24 07 2020
NOTA : la maîtrise d’ouvrage est privée et est mentionnée dans l’article sous les désignations MOA ou « la propriétaire ».

 

BCB : Comment ce projet d’ECO-LIEU POUR LE BIEN-ÊTRE a pu se concrétiser ?

Daniel Bayol (DB) : Tout débute par ma rencontre avec ma future cliente lors de la journée porte ouverte que j’avais organisée pour la visite de ma propre maison en cours de construction.

À partir de là, elle m’a soumis un cahier des charges pour son propre projet, à savoir la conception d’un éco-lieu associant salle de yoga et habitation. Avec la possibilité de superposer ou de juxtaposer les fonctions.

Les attendus à respecter étaient multiples : le terrain devait s’étendre sur 5000 m², disposer d’une belle vue, la maison en bioclimatique serait orientée sud sans ombre portée. En fait à ce stade, après de très nombreuses visites de sites, nous n’avons pas trouvé l’emplacement idéal.

Puis par la suite, pour aller au bout de son projet, ma cliente m’a questionné sur la possibilité de faire un tel projet en rénovation. Je l’ai rassurée sur le fait que le béton de chanvre fonctionnait aussi bien en construction que sur de l’ancien.

Et là, grâce à cette approche élargie, ma cliente a pu se projeter en visitant d’autres sites.

Pour finalement trouver sur Vidauban (83) une bastide en pierre avec un beau terrain de la surface recherchée et disposant d’un beau potentiel de constructibilité.

Etat initial de la Bastide avant rénovation avec extension

Etat initial de la Bastide avant rénovation avec extension


BCB : Quelles sont les grandes lignes de la configuration du projet ?

DB : Le site trouvé, s’en sont suivis l’achat et le dépôt d’un avant-projet qui détaille la répartition des fonctions de la maison :

  • La partie haute est dédiée à l’habitation privée
  • Le bas, jusqu’ici garage et studio, est transformé en bureaux, avec l’adjonction d’une extension pour la salle multifonction.

Plus précisément pour le Rdc, le projet intègre 2 bureaux aménagés à destination de praticiens de soins tels que masseurs, kinésithérapeutes, ostéopathes… qui pourront louer à la séance, au mois…en fonction de leur besoins réels.

Et afin d’être conforme à la réglementation, tout a été fait selon les normes ERP et PMR, pour l’accueil, la circulation, l’accès (avec rampe), les sanitaires, la salle de bain,  la sécurité.

Et accolée à ce rez-de-chaussée rénové, nous avons construit l’extension en béton de chanvre et ossatures bois. Partie essentielle du projet.

 

« De plus, je trouve que le mariage de l’ancien et du neuf fonctionne bien. Très souvent d’ailleurs, on voit que le contemporain va parfaitement avec l’ancien »

 

BCB : Comment êtes-vous passé de la demande initiale « salle de yoga » à un potentiel qui en fait une salle multifonction, tout en restant en biosourcé ?

DB : Au départ cette salle a été envisagée comme salle de yoga pour répondre à l’activité de professeur de yoga de ma cliente. Mais en fait elle a poussé plus loin sa démarche pour en faire une salle associative afin de répondre à la demande locale qui est en attente de tels dispositifs. De sorte que le lieu peut être transformé en fonction des évènements, avec une jauge limitée à 19 personnes, afin de rester en ERP catégorie 5.

Nécessairement, l’emplacement reçoit tous les équipements requis : chaises, vidéoprojecteur, écran, sonorisation. On peut ainsi passer de la configuration salle de yoga à la configuration salle de sports, salle dédiée aux activités associatives (colloques, rencontres, événements…).

 

BCB : Pourquoi le choix du béton de chanvre ?

DB : La MOA a fait le choix du Béton de chanvre parce que c’est un matériau naturel, et pour ce qu’il génère : la qualité de l’air, la gestion de l’humidité, la régulation des températures, bref tout ce que l’on connait du béton de chanvre et que j’explique depuis des années. Des qualités qui l’ont séduite et qu’elle voulait retrouver sur ce projet d’agrandissement.

De par son activité de professeur de yoga et sa sensibilité, elle accorde aussi une place essentielle au ressenti d’un lieu, et le béton de chanvre confère spécifiquement une impression de bien-être aux espaces utilisant ce matériau.

 

BCB : Est-ce que vous pouvez nous détailler la conception de l’extension en béton de chanvre.

DB : L’architecte a conçu des plans pour déposer le permis qui a été accepté assez facilement. Avec le parti pris de concevoir une toiture plate pour l’extension. On ne voulait pas imiter l’existant avec une toiture en pente. Du coup, il est prévu une végétalisation par la suite sur l’EPDM.

On a mis en place des panneaux solaires photovoltaïques qui viennent en appoint électrique pour alimenter la PAC. Elle alimente toute la salle qui est équipée d’un parquet chauffant.

Eh oui, car les gens pour le yoga sont pieds nus ou en chaussettes, donc l’hiver un tel système apporte beaucoup de confort. L’option initiale de mur chauffant n’a finalement pas été retenue car il n’y aurait pas eu suffisamment de place pour la décoration des murs. En effet, les surfaces vitrées étant importantes, la place libre en vertical est limitée.

 

BCB : Vous avez retenu différents types d’équipements annexes…

DB : La PAC électrique, en plus du parquet chauffant produit l’eau chaude sanitaire à l’étage. C’est une belle installation. Par contre, pour les 2 bureaux des praticiens, on fonctionne avec des PAC air-air plus classique afin que chacun dispose d’un fonctionnement autonome et totalement indépendant de la structure salle multifonction/habitat. La production électrique est en partie assurée par les panneaux photovoltaïques

 

BCB : Est-ce que les objectifs thermiques étaient aussi élevés que dans vos précédentes réalisations ?

DB : On a fait intervenir un thermicien pour que le projet se situe un peu au-dessus de la RT 2012, pour les aspects standards Bbio, Cep et Tic.

Mais en fait comme d’habitude on va au-delà de ces seuls enjeux. On a beaucoup réfléchi aux apports solaires. On est dans une démarche bioclimatique pour viser des performances passives.

 

BCB : La projet de la MOA fait que le terrain autour de l’habitat est pensé comme contributeur au bien-être.

DB : À l’extérieur tout a été réaménagé, avec d’une part la création de quelques emplacements de parking pour l’aspect purement pratique et d’autre part et pour l’essentiel, la configuration d’un très joli jardin. Il est constitué en parcours pédagogiques et ludiques avec une signalétique constituée de petits panneaux en bois, à l’ancienne. Parcours de senteurs, parcours botaniques avec roseraies et lavandes, fontaine, quelques endroits tapissés d’herbes pour faire des activités d’extérieur composent le décor.

 

 

BCB : Quelles sont les grandes lignes des travaux de la partie rénovation ?

DB : Ici on a retenu des solutions voie sèche, pour être en phase avec le budget disponible. En tenant compte du fait que la déconstruction est une phase coûteuse et que sur un autre plan, elle impacte largement le planning chantier.

Dans un premier temps, avant de procéder à l’isolation, il a fallu enlever l’ancienne laine de verre de 15 à 20 cm d’épaisseur, très détériorée. On a eu recours à une entreprise spécialisée dont les intervenants étaient en « tenue de cosmonaute » J. Il a fallu créer un sas dans la cage d’escalier pour protéger la maison de la dispersion de la laine de verre désagrégée, avec obligation d’utiliser l’aspirateur régulièrement dans la cage d’escalier. Cela a été fastidieux.

On a refait tous les réseaux des fluides et de l’électricité avec connexion à la nouvelle source de production d’énergie.

On a pu ensuite mettre en place l’isolation biosourcée voie sèche dans les combles perdus et sur les murs R+1.

 

BCB : Comment avez-vous traité l’interface entre la maison et l’extension ?

DB : La liaison se fait par la façade sud, qui ne disposait jusqu’alors que de 2 petites fenêtres, complétées par une porte-fenêtre.

Chronologiquement, on a d’abord ouvert le mur sud au 1er étage, petit à petit, en enlevant pierre à pierre. On les faisait tomber au sol, sur l’emplacement de l’extension, où à cet instant t n’avait été réalisé que les fondations.

Cette ouverture de 2.6 m donne à la chambre placée de ce côté, une magnifique vue sur la plaine des Maures. Du fait de l’orientation sud, on a mis en place un BSO métallique pour éviter la surchauffe. Cette grande ouverture donne sur un balcon plus bas que la toiture de l’extension. Celui-ci s’en trouve complètement masqué.

On a ensuite coulé la dalle de l’extension pour être à niveau du rdc existant. On a réalisé cette fois, l’ouverture du rdc de la façade sud, sur 4 m de largeur. Et comme cela allait générer des reports de charges conséquents sur les 60 cm de murs restants de part et d’autre, on a renforcé la structure du bâti avec la mise en place d’un IPN, avec coulage d’une poutre béton.

Cette métamorphose de la façade permet une nouvelle circulation au rdc en facilitant l’arrivée dans la grande salle multifonction.

La création de cette extension nous a imposé la création d’un nouvel escalier pour accéder à la terrasse existante de la façade Est qui, en période estivale, est à l’ombre d’un magnifique grand arbre plus que centenaire.

 

BCB : L’extension qui est  la raison d’être du projet est en béton de chanvre. Pouvez-vous nous en retracer les grands principes de construction ?

DB : On est sur un système classique pour l’ossature bois, avec des sections de 120 x 60 cm et surtout pas 140 x 45 cm. L’autre grande erreur à ne pas commettre consistant à placer des poteaux dans les angles. Pas dans le cadre d’un projet béton de chanvre, car celui-ci doit pouvoir envelopper l’ossature conformément à la règle de recouvrement spécifiée dans les règles professionnelles de ce domaine.

Pour la structure, on est sur une trame classique avec 60 cm entre chaque montant.


QUELQUES POINTS DE DÉTAILS POUR RÉUSSIR SA CONSTRUCTION EN BÉTON DE CHANVRE TRADICAL®

Préfabrication de l’ossature bois en atelier

Les panneaux des parois ont été

  • fabriqués en atelier par un charpentier
  • amenés en une seule fois sur site par camion
  • manipulés au moyen d’un chariot élévateur pour la mise en place.

Il s’agit donc d’une « préfabrication prête à projeté ». Au préalable on a procédé à la mise en place du coffrage perdu, panneaux hauteur d’étage, côté intérieur, avec mise en place de l’ensemble des réseaux des fluides.

On distingue une grande poutre lamellée collée qui porte le plancher de la terrasse du 1er étage. Sur cette poutre est également fixé une muralière avec une pente pour recevoir la charpente de la toiture sur laquelle est posé un système végétalisation/osb/epdm . Du fait des contraintes mécaniques engendrées à cet endroit, l’ensemble repose exceptionnellement sur 2 poteaux en vis-à-vis. Et particularité, du fait du risque de non-respect de l’épaisseur d’enrobage du poteau par le béton de chanvre, j’ai fait agrafer un film pare-pluie HPV pour désolidariser le béton de chanvre du poteau pour éviter un différentiel de tension continu, qui risquerait de générer des fissures dans le mur. Avec la configuration mise en place, si le bois se dilate, il n’y aura pas de conséquence sur le Béton de Chanvre.

À noter également  l’espacement de 60 cm des montants de l’ossature pour respecter le format des plaques de parement intérieur de 120 cm de large.

assemblage des modules de l'ossature bois

assemblage des modules de l’ossature bois


Contreventement de l’ossature bois et le point singulier des angles

On contrevente simplement avec des feuillards métalliques. Par ailleurs il convient d’être vigilant sur la réalisation des angles qui pourraient être réalisés avec des pièces de bois de section trop importante. Il est essentiel que le chanvre puisse enrober la structure dans les épaisseurs requises.

D’où la mise en place d’équerres métalliques pour solidariser les parois, en restant, aux angles, sur des sections de bois standard.

Détails des sections des montants et mise en place des feuillards pour le contreventement

Détails des sections des montants et mise en place des feuillards pour le contreventement


Protection anti-termites

La lisse basse bois est posée sur un film noir qui est en fait un revêtement de protection « physico-chimique létal » contre les termites. Même si le béton de chanvre est parfaitement efficace dans ce domaine, j’ai recommandé cette membrane pour anticiper l’évolution de la règlementation du fait que la carte nationale évolue chaque année. Cette fonction est  ici précisément assurée par une solution dédiée. On tient compte du devenir de la construction.

Ce dispositif est posé sur la largeur que va faire le béton de chanvre. La bande est fixée mécaniquement. Ensuite on met en place la lisse basse.

protection "physico-chimique létal" contre les termites

protection « physico-chimique létale » contre les termites


Descentes des eaux de pluie

Elles sont totalement intégrées dans l’épaisseur des murs de béton de chanvre, et donc complètement invisibles.

L’écoulement des eaux se fait par le gros tuyau coudé qui descend directement en bas du mur, dans le drain périphérique. On est sur un diamètre de 80 mm et non 100 mm, ce qui a permis de noyer ce réseau.

  • Autre détail 1 : on voit le film qui recouvre le poteau comme décrit avant, pour désolidariser mécaniquement le béton de chanvre de cette pièce. Sur ce poteau sont fixées les gaines de fils électriques connectés aux panneaux photovoltaïques qui sont sur le toit terrasse.
  • Autre détail 2 : les tableaux en fibralit qui vont recevoir directement les enduits de finition

La base du mur en béton de chanvre

On voit d’une part le tuyau des eaux de pluie qui descend pour être raccordé à une cunette périphérique en béton. On distingue aussi le soubassement en béton cellulaire qui ceinture l’embase et qui fait office de rupteur de pont thermique pour le soubassement en béton. Le béton de chanvre sera positionné partiellement dessus. À l’arrivée, ce revêtement rapporté sera au même nu que le béton de chanvre. La finition recouvrira l’ensemble. Une trame est placée à la jonction mur/embase pour éviter la fissuration du mortier de finition.

Détail de la fixation des feuillards sur l'ossature et détail de la base du mur

Détail de la fixation des feuillards sur l’ossature et détail de la base du mur


Extension façade sud

Détail des supports des brise-soleil (pièces métalliques vertes)  préfixés sur la structure bois et qui seront noyés dans le béton de chanvre, ne laissant dépasser que les tiges filetées pour la fixation des lames brise-soleil bioclimatiques.

On voit bien le détail de la pente de la toiture terrasse au niveau de l’acrotère.

On voit également les panneaux intérieurs posés collés sur l’ossature, conformément  au mode opératoire classique de ce matériau.

A ce stade, on est sur le point de démarrer la projection mécanique du béton de chanvre

Détails coffrage perdu, fixation brise-soleil et pente de la toiture terrasse

Détails coffrage perdu, fixation brise-soleil et pente de la toiture terrasse


Projection du béton de chanvre

La projection s’est faite avec un débit de 3 m3/h pour disposer d’un fonctionnement cohérent entre débit/rebond/enrobage..

Projection du béton de chanvre Tradical®, dosage application mur

Projection du béton de chanvre Tradical®, dosage application mur


Montage de l’extension

L’assemblage Mur+Toiture s’est fait sur 3 semaines, car la gestion de la jonction entre l’ancien et le neuf a demandé beaucoup d’intervention.

 

BCB : En fait, les chantiers de rénovation peuvent être compliqués !

DB : Le chantier a duré un an. Avec la déconstruction du rdc, les travaux au R+1, l’ensemble intégrant la reprise intégrale des réseaux, la modification des cloisons, l’isolation complète. Il ne faut pas voir une telle intervention sous le seul prisme de l’extension ou de la partie neuve. De fait je définis toujours un budget pour traiter l’existant, et un autre budget pour le projet.

Il faut que les maîtrises d’ouvrage en général, dès le départ, prennent conscience de ce que va être l’aventure parce qu’en fait tout est reconditionné, modifié de fond en comble. Il faut tenir compte de l’existant qui représente une forte contrainte.

« La valeur ajoutée de mon intervention, c’est justement de gérer les difficultés permanentes, de sélectionner tous les intervenants pour disposer d’une équipe cohérente et qualifiée et avec laquelle je peux garantir un résultat. »

 

FICHE CHANTIER BÉTON DE CHANVRE

  • Lieu : Vidauban (83)
  • Durée du chantier : 12 mois
  • Date livraison : 2019
  • MOA : privée
  • AMO / Maîtrise d’Œuvre : DB Chanvre – Daniel Bayol | 154 Chemin de la futaie – Vidauban 83550 – France | www.db-chanvre.com

 

Applications biosourcées 

  • Béton de chanvre Tradical® en application MUR : avec la chaux Tradical® Thermo + la chènevotte Chanvribat®
  • Ouate de cellulose dans les combles perdus et laine de bois pour les murs en R+1

 

Chauffage

  • PAC pour la salle multifonction (parquet chauffant) et le R+1 :
  • PAC air-air pour les 2 bureaux bureaux

 

Configuration générale

  • RDC (selon normes ERP et PMR) : salle multifonction / Rampe d’accès / Hall d’accueil / 2 bureaux / toilette / SdB
  • R+1 : habitation

D’autres articles concernant Daniel Bayol


VOTRE CONTACT POUR ALLER PLUS LOIN

  • Eric Delanoë, Conseiller Technique Tradical®, tél. 06 76 45 09 03 / email : eric.delanoe@lhoist.com

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

Madriers et bétons de chanvre et chaux Tradical

Madriers et béton de chanvre

Gevimex développe l’utilisation du béton de Chanvre en Suisse, aussi bien en rénovation que dans le neuf et allie systématiquement la performance thermique de l’ouvrage à la valeur technique de l’ensemble des solutions retenues. Sans oublier le volet esthétique qui compte fondamentalement, car être au confort dans son intérieur s’avère être la partie tangible d’un projet réussi.

 

Visite chantier du Peneysen qui allie au procédé de construction classique de la Suisse le potentiel du béton de chanvre.

 

Interview de Gilles Pelat-Finet, Gevimex, par BCB, le 15 04 2020

 

BCB : Décrivez-nous ce projet…

Gevimex : La construction concerne un chalet en R+2 de 330 m², avec une desserte des étages par ascenseur. Et le principe constructif est celui du madrier. On n’est pas en ossature bois + remplissage. On est vraiment dans le montage des parois en plein avec un système de madriers de 12 cm d’épaisseur qui fait structure porteuse et parois principales constituant le volume du bâtiment.

 

BCB : Quel est le principe de construction en madrier ?

Gevimex : Le plan final détaille chaque pièce qui constitue l’ouvrage. Tout est découpé en atelier à partir de dessins sous Autocad. On peut dire qu’il s’agit d’une préfabrication.

Le jour J, l’ensemble a été amené sur site avec un semi-remorque avec grue. Le montage s’est fait en 2 jours (2 x 8 h), toiture comprise.

 

BCB : Vous précisez le jour J, quelle était la condition pour la mise en place ?

Gevimex : Le Rdc est en béton armé. Il constitue le socle sur lequel l’ensemble de la construction en madrier va reposer. Donc cette base doit être utilisable selon le timing habituel des ouvrages en béton armé. Et la dalle qui fait la jonction entre le Rdc et la partie R+1/R+2 est en encorbellement du mur béton du Rdc afin que le chalet soit à fleur de l’isolation béton de chanvre qui le recouvrira par l’extérieur.

 

BCB : Quelle différence entre ce type de construction et ce nous pratiquons en France avec nos ossature bois porteuses ?

Gevimex : En Suisse, le madrier est le principe de construction habituel. Donc sur ce support, on ajoute des isolants en intérieur en fonction de la performance thermique recherchée. Et puis un grand avantage, le madrier constitue la finition extérieure directement.

 

BCB : Pouvez-vous nous détailler ce qu’est un madrier ?

Gevimex : Le montage des parois verticales se fait par chevillage avec des chevilles en bois tous les 1 m 50. Les madriers font 18 cm ou 20 cm de hauteur selon l’emplacement par 12 cm d’épaisseur. Ils sont équarris avec un rainurage pour recevoir ces chevilles bois. Chaque pièce de madrier est conçue pour faire 20 kg, 40 kg ou 60 kg. De fait, tout se monte à la main, comme un lego.

 

Pour la toiture, on est sur des grands formats totalement différents. Panne faîtière de 17 m de long, pannes, poutres planchers…sont manipulées avec une grue. Ces dernières pièces font 16 cm d’épaisseur par 45 cm de haut, pour correspondre à l’épaisseur des planchers justement.

 

Autre aspect de la performance, les poutres des planchers sont mises en place à l’avancement des niveaux et fixées dans les madriers.

 

Tout le bois est séché en atelier avec un niveau d’hygrométrie de 22 %, point fondamental pour limiter les variations dimensionnelles. Pour un tel ouvrage elles sont de l’ordre de 1,2 à 1,4 cm. C’est à la fois peu et beaucoup pour ce qui concerne tous les ouvrants, toutes les jonctions par exemple.

 

« Le séchage du bois, il faut être très vigilant sur ce point »

 

BCB : Pourquoi les pièces de bois de la toiture sont si imposantes ?

Gevimex : La toiture joue un rôle essentiel pour préserver les ouvrages. En hiver, on peut avoir jusqu’à 1,5 m de neige au sol. Donc on a besoin d’une avancée de toiture de 1,8 à 2 m pour protéger l’édifice, y compris de la pluie.

 

« D’être hors d’eau et hors neige participe activement de la longévité des matériaux ».

 

BCB : Vous avez utilisé de très nombreuses solutions techniques, est-ce que vous pouvez nous donner les grandes lignes du déroulé ?

Gevimex :

  1. Rdc en béton comme évoqué
  2. Montage des Madriers
  3. Pose des fenêtres sur mesure en châtaigniers. À noter qu’il faut façonner le dormant de la fenêtre avec 1 angle pour créer une embrasure à 30 °, ce qui augmente la quantité de lumière en éclairage naturel. Cette embrasure sert également de guide pour la projection du béton de chanvre.
  4. Contre les madriers des murs, pose de la laine de bois compressée en 12 cm d’épaisseur
  5. Projection mécanique du Béton de Chanvre Tradical® en application doublage intérieur, en 8 cm d’épaisseur, sur les 2 niveaux (avec un matériel Euromair).
  6. Projection du Béton de Chanvre Tradical® en extérieur sur le Rdc, en 14 cm d’épaisseur, une fois la toiture terminée.

 

Pour les phases 4 & 5, cette pose est faite avant la mise en place des cloisons de distribution.

Tant la laine de bois compressée que le béton de chanvre sont appliqués en continu pour avoir une isolation réellement répartie. Pas de fractionnement de l’ouvrage isolant, parce que c’est ainsi que l’on crée les ponts thermiques, source de perte d’efficacité.

 

« On a ici 500 m² de béton de chanvre en 8 cm d’épaisseur, uniquement sur les parois donnant sur l’extérieur ».

 

BCB : Pourquoi cette solution hybride madrier/laine de bois compressée/béton de chanvre ?

Gevimex : On apporte une partie de la résistance thermique avec la laine de bois ; on apporte l’autre partie avec le béton de chanvre qui en plus est tellement efficace pour neutraliser les variations de températures et réguler l’hygrométrie intérieur, source de confort et de qualité de l’air.. Techniquement, avec ce système global, j’évite la présence d’un pare-vapeur qui serait contre productif.

En complément de cette paroi type très performante, du fait du grand nombre de fenêtres, on peut fonctionner avec un renouvellement naturel de l’air. Pas de ventilation mécanique pour l’essentiel de l’ouvrage, sauf dans les parties WC, qui n’ont pas d’ouvrant.

 

« Sur ce chalet, on a un U global de 0,21 W/(m2.K) »

 

 

BCB : Est-ce qu’il n’y a pas une difficulté à gérer la liaison des composants de votre solution hybride ?

Gevimex : La jonction laine de bois compressée/madrier se fait avec un système de chevilles plastiques + vis à bois. La fixation entre la laine de bois compressée et le béton de chanvre se fait après la projection du béton de chanvre afin de ne pas entraver l’avancement ou générer des désordres. La fixation que j’utilise est gainée dans un PER pour isoler le clou et limiter le pont thermique. Donc tout est maîtrisé et avec du rendement.

Projection mécanique du Béton de Chanvre Tradical® en 8 cm d’épaisseur

BCB : Vous êtes également un spécialiste de solutions décoratives haut de gamme, et vous avez joué à plein cette carte dans ce projet…

Gevimex : on a mis en place du stucco vénitien dans les salles de bain, mais surtout on a utilisé un enduit mince à la chaux Tradical® Décor pour faire la finition sur le béton de chanvre Tradical®.

L’intérêt est qu’on peut le teinter dans la masse et superposer les 2 couches nécessaires assez rapidement, manuellement, panneau par panneau. Cet enduit naturel est totalement adapté pour recouvrir le béton de chanvre ayant une bonne qualité de planéité. Point essentiel également, sa parfaite compatibilité au niveau perméance…

On hérite de la longévité du matériau chaux aérienne et autre aspect non négligeable, on amène un contrepoint au bois par ce rendu « pierre »l. On crée une esthétique intérieure équilibré entre végétal et minéral. On rompt l’omniprésence du bois sur ce type de construction.

finition enduit à la chaux Tradical® Décor

La finition enduit à la chaux Tradical® Décor appliquée directement sur le béton de chanvre

enduit intérieur à la chaux Tradical® Décor

Tradical® Décor apporte sa minéralité en contrepoint de l’ambiance bois pour composer une esthétique enrichie

« On a ainsi défini des solutions pour faire vivre nos clients dans des ambiances extrêmement qualitatives ».

 

FICHE CHANTIER

  • Lieu : Château d’Oex / Suisse
  • Altitude : 1050 m
  • Durée du chantier : 15 mois
  • Date livraison : 2019
  • MOA : privée
  • MOE : Gevimex Trading S.A.: Gilles Pellat Finet et Laurence Aubert de Bournet Grand rue,7 – 1660 Château d’Oex – email : gevimex@gmail.com
Chalet en Suisse associant madriers et béton de chanvre

Chalet en Suisse associant madriers et béton de chanvre


Applications :

  • Doublage Béton de Chanvre Tradical® avec la chaux Tradical® Thermo + Chanvribat®
    • Intérieur en 8 cm d’épaisseur  sur les niveaux 1 et 2, et en 5 cm en Rdc
    • Extérieur en 14 cm d’épaisseur, sur le Rdc en béton armé
  • Tradical® Décor sur les 500 m² de Béton de Chanvre Tradical®, intérieur et extérieur en Rdc

 

Chauffage

  • Cheminée avec insert, avec prise d’air au nord.
  • Réglage des températures simplifié avec un thermostat par étage
  • Planchers frêne massif thermo chauffé

 

ECS

  • Panneaux solaires pour assurer 30 % de la consommation sanitaire.

 

Décoration sdb

  • Douche à l’italienne avec un receveur constitué d’un seul bloc de pierre usinée en 4 cm d’épaisseur avec la pente adaptée
  • Mur stucco vénitien

 

Éclairage global

  • Indirect, par LED avec une consommation réduite

 

Configuration générale

  • En plus des pièces à vivre, 5 chambres, 5 salles de bains, 1 cave, 1 garage 1 buanderie, 1 système de chauffage pompe à chaleur enterré sous le chalet.
  • Ascenseur pour desservir les niv 0, 1 et 2

 

 

Crédit photo et film : ©GEVIMEX Trading S.A.

 

Votre contact pour aller plus loin :

mortier plâtre et chaux briques et pans de bois

La longère et sa nouvelle entrée

La rénovation de cette longère a été l’occasion de créer un nouvel accès au bâtiment, du fait de réagencements intérieurs. Ou comment intégrer une partie neuve dans le respect du lieu, en termes de proportions et de matériaux.

Interview de Bruno et Romain Roste, entreprise Roste,  par BCB, le 10 04 2020

 

BCB : Ici on est sur un chantier  à multiples facettes… 

Bruno et Romain Roste : C’est une longère magnifique mais qui se trouvait dans un tout autre état. Elle était recouverte d’un enduit, dégradé. On a tout enlevé pour revenir à la structure pans de bois, pour la laisser apparente, avec tout ce que cela implique de réparation, nettoyage, rejointoiement ou remaçonnage et remplissage, notamment 40 à 50 m² de briques 2,5 x 11 x 22 cm entre pans de bois, avec Tradical® Bâtir + sable.

 

BCB : En dehors de cet aspect « entretien classique » du patrimoine, le propriétaire des lieux vous a demandé la création d’un nouvel accès ? 

B&RR : Oui, sous forme d’entrée en renfoncement par rapport à la façade. Une sorte de vestibule dehors/dedans avec sa petite table et ses 2 chaises pour être dehors, protégé de la pluie ou du soleil. Cette partie-là se trouve en fait à l’emplacement de l’ancien garage. Entre les 2 poteaux bois pré-existant.

On a donc créé les 3 pans de murs en briques creuses de 20 cm que l’on a enduits avec un mortier plâtre chaux traditionnel. À savoir du plâtre gros, de la chaux aérienne Tradical® H98 + du sable de St Flo, dans les proportions standard 3+2+1 volumes. Avec une application en 2 cm d’épaisseur en moyenne. Tout l’objectif était de réaliser cette partie neuve en parfaite intégration avec l’esthétique du bâtiment.

Mortier plâtre + chaux aérienne Tradical® H98 + sable

Mortier plâtre chaux avec plâtre gros + chaux aérienne Tradical® H98 + sable

 

BCB : un enduit au plâtre chaux en extérieur, ce n’est pas risqué ? 

B&RR : Ici, pas du tout parce qu’en fait on est dans un renfoncement, donc le mortier est bien protégé.

La nouvelle entrée inscrite dans la trame du bâti, avec ses 3 entrées et son enduit de plâtre chaux

 

FICHE CHANTIER

  • Lieu : VERRIERES (10390-FR)
  • Entreprise Roste : 31 Rue des Deux Châteaux, 10270 Fresnoy-le-Château, France | Site internet https://www.bruno-roste.com/
  • Application :
    • maçonnage des briques à la chaux avec Tradical® Bâtir + sable local
    • mortier plâtre et chaux avec plâtre gros + Chaux aérienne Tradical® H98 + sable de St Flo


Crédit photo
: ©entreprise Roste


Découvrir les 4 autres interviews de l’entreprise Roste


Votre contact pour aller plus loin

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

garage pans de bois briques et chaux

Le garage et sa longère

Il ne s’agit aucunement d’une fable, mais de la création d’un garage sur le principe constructif de la longère attenante. Du grand art.

Interview de Romain et Bruno Roste, entreprise Roste,  par BCB, le 10 04 2020

 

BCB : Il s’agit ici encore d’une réalisation qui sort des logiques habituelles ?

R&BR : L’objectif du propriétaire était de réaliser un garage prenant pour modèle l’habitation principale afin de créer une continuité esthétique. De fait on a repris tout ce qui caractérise la longère modèle : des pans de bois et des briques

 

BCB : En fait vous avez construit ce garage comme s’il s’agissait d’une habitation !

R&BR : Exactement, en démarrant par la fondation avec une dalle béton sur laquelle nous avons posé des blocs de pierre de 50 x 50 cm pour soutenir les poteaux de la structure principale. Le charpentier a livré des pans de bois de récupération, tous en chêne.

 

BCB : Vous avez également fait du réemploi pour le soubassement ?

R&BR : Le soubassement a été fait avec des briques de récupération également, que nous avons nettoyées avant de les maçonner à la chaux avec Tradical® Bâtir + brique pilée + sable. Pour le remplissage des pans de bois nous avons procédé classiquement avec cette fois-ci des briques neuves, dont la pose est à l’identique de celle de la longère. Le joint est de 1 cm.

 

BCB : Le ressenti de la qualité est dû au traitement soigné des grandes portes…

R&BR : Les portes en bois massifs de 8 cm d’épaisseur sont en effets dessinées de sorte qu’une fois fermées, elles sont affleurantes, Cet ouvrage qui a la capacité d’accueillir 4 véhicules cache complètement sa fonction grâce à cette astuce qui fait littéralement disparaître ces ouvertures, alors qu’habituellement elles ont tendances à être visuellement trop présentes. L’ouvrage est réussi du fait de son mimétisme avec l’habitation jouxtante. Il y a une belle continuité.

 

FICHE CHANTIER

  • Lieu : VERRIERES (10390-FR)
  • Entreprise Roste : 31 Rue des Deux Châteaux, 10270 Fresnoy-le-Château, France | Site internet : https://www.bruno-roste.com/
  • Application :
    • maçonnage à la chaux avec Tradical® Bâtir + sable local
    • soubassement Tradical® Bâtir + brique pilée + sable local


Crédit photo
: ©entreprise Roste


Découvrir les 4 autres interviews de l’entreprise Roste


Votre contact pour aller plus loin

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

cheminée cylindrique restaurée à la chaux Tradical

La maison aux 2 cheminées cylindriques

Une maison avec des cheminées cylindriques, cela semble presque être un sujet irréel ! Et pourtant l’entreprise Roste s’est bien attelée à la restauration de deux souches de ce type sur une maison de l’Aube, presque bicentenaire.

 

Interview de Romain et Bruno Roste, entreprise Roste,  par BCB, le 10 04 2020

 

BCB : Le patrimoine bâti réserve souvent de belles surprises, des cheminées cylindriques sur une maison !

Romain et Bruno Roste : Il s’agit effectivement d’un chantier exceptionnel par le sujet. La maison date de la période napoléonienne, l’année de construction est précise puisque indiquée sur la souche de cheminée avec une brique engravée d’un « T 1859 ». T pour l’initiale du propriétaire de l’époque, qui à notre avis s’est juste fait plaisir avec ce type de réalisation. Il n’y a pas de raison particulière à cette configuration.

cheminée XIX restaurée à la chaux Tradical

cheminée XIX restaurée à la chaux Tradical

 

BCB : Quel était l’état de dégradation de l’ouvrage ?

R&BR : Une des cheminées penchait. Et puis nous avons constaté la détérioration des joints de ciments réalisés lors d’une précédente rénovation. Ce qui a conduit à la dégradation de nombreuses briques par le gel notamment..

 

BCB : Comment avez-vous planifié votre intervention ?

R&BR : la souche est réalisée avec un seul type de brique de forme arrondie. Nous en avons prélevée une afin qu’elle serve de modèle en termes de dimensions et de courbure, à la Tuilerie ROYER Soulaine Dhuys. Cette société locale dispose un savoir-faire pour fabriquer du « sur mesure » à destination du patrimoine. Elle a réalisé une 1ère commande de 150 de ces briques.

 

BCB : Quel a été le déroulé de ce chantier pour restaurer cet ouvrage spécifique ?

R&BR : Nous avons procédé au démontage de la cheminée. On a constaté qu’il fallait davantage de briques et avons doublé notre commande initiale. Après la réfection du chevêtre à la chaux, on a remonté la cheminée à l’identique sur ses 4 m de hauteur. Cette conception lui fait dépasser le faîtage de 40 cm afin d’assurer un bon fonctionnement.

 

BCB : Comment avez-vous fait fructifier votre intervention ?

R&BR : La caractère atypique de ce chantier nous a incité à le présenter en référence pour l’obtention de la qualification CIP Patrimoine. Et puis nous avons également restauré la seconde cheminée de cette maison, de même type, l’année suivante. La signature du propriétaire (l’initiale de son nom) a été mise en place avec la date de réalisation des travaux actuels. Un futur vestige pour la prochaine restauration…😊

FICHE CHANTIER

  • Lieu : CLEREY (10260-FR)
  • Date : 2018 et 2019
  • Entreprise Roste : 31 Rue des Deux Châteaux, 10270 Fresnoy-le-Château, France | Site internet : https://www.bruno-roste.com/
  • Tuilerie ROYER Soulaine Dhuys  : 8 Route de Joinville, 10200 Soulaines-Dhuys, France | Site internet :  https://www.latuilerieroyer.fr/
  • Application : maçonnage à la chaux avec Tradical® Bâtir + sable local

 

Crédit photo : ©entreprise Roste

 

Découvrir les 4 autres interviews de l’entreprise Roste


Votre contact pour aller plus loin

BCB Tradical, votre expert en béton en chanvre et chaux aérienne.

Four à pain entreprise Roste avec les chaux et bétons de chanvre Tradical

Du four à chaux au four à pain

On a l’habitude d’adjoindre à « chaux aérienne » l’application « badigeon ». Dans cette réalisation, l’entreprise Roste démontre avec vista que ce matériau est adapté à bien des ouvrages. Et particulièrement dans le cadre de haute température. Donc hourder des briques pour constituer la chapelle d’un four à pain était tout simplement logique.

Suivre le pas à pas chantier pour ce qui devient une véritable pièce supplémentaire, mais tournée vers l’extérieur.

 

 Interview de Romain et Bruno Roste, entreprise Roste,  par BCB, le 10 04 2020

 

BCB : Vous nous emmenez sur ce projet là encore sur une de vos spécialités, la fabrication d’un four à pain.

R&BR : Le projet consiste en la création complète dans le porche, d’une cuisine d’été. La demande initiale incluant un barbecue seul, a évolué avec l’ajout d’un four à pain sur notre proposition, validée. Les 2 éléments se complétant parfaitement dans leur fonctionnement.

L’ouvrage qui accueille le projet est constitué de 2 murs en L, couverts par une charpente et toiture traditionnelles. Pour le projet complet, la structure accueillant le four et le barbecue et pour le plan de travail attenant, nous avons commandé 3000 briques artisanales soit 8 palettes, en plusieurs formats 6 x 11 x 22 cm / 4,5 x 11 x 22 cm et 3,5 x 11 x 22 cm. Par contre, la voûte du four est constituée de briques réfractaires industrielles qui renvoient davantage la chaleur que les briques traditionnelles.

 

Les différentes phases de la construction du four à pain

 

1- Création du soubassement et des poteaux

soubassement et poteaux - Four Roste

soubassement et poteaux – Four Roste

 

2-Création d’une nouvelle dalle béton qui est à 90 cm du sol, destiné à recevoir le four

Nouvelle dalle béton pour recevoir le four Roste

Nouvelle dalle béton pour recevoir le four Roste

 

3-Pose du 1er rang de briques 20 x 20 cm pour constituer la sole.

Elles sont juste posées à sec sur de la brique pilée pour se dilater à la cuisson sans générer de contrainte mécanique.

Pose du 1er rang de brique - Four Roste

Pose du 1er rang de briques – Four Roste

 

4-Le volume du four est généré par une forme en demi-poire

Elle s’inscrit dans une longueur de 1.6 m, sur une largeur de 1.2 m pour une hauteur de 48 cm.

 

5-En suivant la forme du socle, création d’un gabarit en sable

Ceci avec une finition plâtrée de 2 à 3 mm pour servir de support de forme aux briques qui vont constituer la chapelle.

 

6-Mise en place de  la 1ère voûte de la chapelle 

Les briques réfractaires s’appuient sur le gabarit et sont maçonnées avec la chaux aérienne Tradical® H 98 + sable fin + chamotte, avec un joint très fin. On démarre en posant les briques par la base, et on finit par la clé de voûte. Création d’un épis qui facilite la pose à la jonction des surfaces. Les briques sont bord à bord. Cette 1ère couche est d’une épaisseur de 22 cm

1ère voûte en briques réfractaires maçonnées avec Tradical H 98 + sable

 

7-Mise en place de la 2ème couche de briques de terre cuite traditionnelles de 22 cm. Le but est d’ajouter de l’inertie. L’épaisseur totale est de 45 cm..

2ème couche de briques traditionnelles maçonnées avec Tradical® PF 80 + sable

2ème couche de briques traditionnelles maçonnées avec Tradical® H 98 + sable

 

8-Après la fonction inertie, on constitue la fonction isolation du four avec la réalisation d’une forme de 20 cm d’épaisseur en Béton de Chanvre Tradical® appliquée sur la 2ème couche de brique de terre cuite. L’ensemble (les 2 épaisseurs de briques + le béton de chanvre) fait une épaisseur globale de 74 cm.

L’inertie du four combinée à ce système d’isolation retarde le refroidissement qui se fait sur 90 h. À partir du moment où on atteint la température adaptée, on retire les braises, et on fait cuire le pain. On dispose ainsi de 3 à 4 jours de cuisson sans avoir à alimenter le four.

 

9-En partie haute et face avant, création de l’enveloppe du four puis de l’avaloir en avant de 30 cm qui capte les fumées du four pour les diriger vers la hotte et le conduit de cheminée.

vue de l'enveloppe du four et de l'avaloir

vue de l’enveloppe du four et de l’avaloir

 

10-Mise en place d’un thermomètre sur la paroi pour indiquer la température du four. On monte en température, on enlève les braises. On ferme les portes pour que la chaleur s’uniformise. Les braises peuvent être réutilisée pour la barbecue d’à côté.

 

11-Pour compléter l’ouvrage nous avons conçu un plan de travail accolé au mur en retour. Les jambages sont en briques et pierres, et supportent une dalle en béton blanc. Dessus est intégrée une plaque de marbre pour accueillir le fruit de la cuisson. L’évier est en pierre de récupération.

Vue globale du four à pain, du barbecue et du plan de travail – Réalisation entreprise Roste


FICHE CHANTIER

  • Lieu : COURTENOT (10260-FR)
  • Entreprise Roste : 31 Rue des Deux Châteaux, 10270 Fresnoy-le-Château, France | Site internet : https://www.bruno-roste.com/
  • Tuilerie ROYER Soulaine Dhuys  : 8 Route de Joinville, 10200 Soulaines-Dhuys, France | Site internet :  https://www.latuilerieroyer.fr/
  • Applications :
    • Les briques de la chapelle sont hourdées avec la chaux aérienne Tradical® H 98
    • Le reste de l’ouvrage dont l’avaloir et les conduits de cheminées, est maçonné avec la chaux Tradical® Bâtir + sable


Crédit photo
: ©entreprise Roste


Découvrir les 4 autres interviews de l’entreprise Roste


Votre contact pour aller plus loin

Longère Saint Lyé les maçons de Troyes

La chaux pour une longère auboise

On a l’impression que tout était déjà en place, et que l’intervention de l’entreprise les maçons de Troyes tiendrait davantage de l’entretien que de la restauration. Mais en fait le déroulé du chantier montre que de très nombreuses réparations étaient nécessaires en maçonnerie et enduit. Cette longère à Saint Lyé retrouve un dessin de modénature équilibré et des matériaux jouant parfaitement leurs rôles. Un hommage aux savoir-faire des artisans d’antan qui savaient construire pour passer les siècles. On répare et on peut de nouveau y vivre et transmettre.

Interview de Gilbert Gallet par BCB Tradical® / Février 2020

 

 

BCB : Comment avez-vous abordé ce chantier ?

Les maçons de Troyes : Nous prenons toujours le temps de l’analyse et de l’explication afin que notre client comprenne le pourquoi des travaux que nous proposons de réaliser.

Ici, nous sommes en présence d’un système de construction classique. Avec un rôle prépondérant assuré par le soubassement. Et comme pour nombre de rénovations passées, il y a eu des réparations ciment, matériau qui utilisé pur est source de désordre parce que insuffisamment perméant vis-à-vis des systèmes constructifs anciens.

 

Sur cette maison, la façade nord a conservé ses enduits de briques pilées en soubassement, et ses enduits à la chaux en façade. Ce parfait état de conservation nous a servi de référence pour une restauration à l’identique en matériaux, granulats, teintes et texture.

 

La comparaison avec les 3 autres façades nous a permis d’expliquer les détériorations

Par exemple, au fil du temps, des pierres dégradées par l’action du gel ont cassé et ont été remplacées par du mortier de ciment accentuant le phénomène. Il faut savoir que nous sommes sur un territoire de pierre très tendre qui absorbe facilement l’eau. Nous avons aussi expliqué l’importance de disposer d’un soubassement conçu avec des matériaux spécifiques pour résister à l’action habituelle des remontées capillaires chargées de sels naturellement présents dans le sol et qui peuvent détruire à moyen/long terme le mortier du soubassement. Et du coup supprimer la protection de la façade et donc des matériaux qui la composent et engendrer des réparations.

 

Nous avons proposé de remettre en l’état avec l’objectif de travailler dans les règles de l’art et montrer comment tout était construit et pourquoi il fallait remettre en l’état, par exemple brique pilée chaux au niveau du soubassement. Pourquoi la pierre a été remplacée par du ciment à une époque, cause zone humide, donc le bandeau se dégrade et remplacement par du ciment.

La pierre a gelé au fil du temps car eau emprisonnée et détérioré les pierres au-dessus et donc gelé elle se casse, comme c’est de la craie qui prend facilement l’eau, à force délitement.

Ces constats font partie des classiques de la vie d’un bâtiment. Par contre il faut y apporter les bons remèdes.

 

 

CHRONOLOGIE DES TRAVAUX DE RESTAURATION DE LA LONGÈRE.

 

BCB : Par quels travaux avez-vous démarré ?

lmdT : Nous avons d’abord démonté la véranda, puis posé l’échafaudage. Ensuite, nous avons fait tomber l’enduit existant en soubassement et façade, Puis là nous avons pu traiter point par point :

  • La remise en place de briques en 2 formats 30 x 4 x 13 cm et 26 x 3 x 11 cm alternant brique et pierre
  • La recréation des appuis de fenêtre
  • La reconstitution des bandeaux de briques au-dessus des fenêtres
Longère de Saint Lyé

Décroutage complet de la façade et des 2 murs pignons – Longère de Saint Lyé  – les maçons de Troyes

BCB : Vous avez fait un travail important au niveau des ouvertures !

lmdT : Quand on regarde précisément la configuration des ouvertures, on se rend compte qu’il y a une accumulation de désordres qui ont nécessité de nombreuses interventions :

 

REMONTÉE et Réalignement des linteaux.

Nous avons repris effectivement l’ensemble des linteaux car toutes les clès des ouvertures étaient affaissées de quelques centimètres du fait du mouvement des façades au long des 140 ans de vie de l’ouvrage. Cela s’est traduit par :

  • Un démontage des clés composant les linteaux
  • Une repose de ces clés pour remaçonnage des pierres au-dessus des linteaux.
  • Une stabilisation des maçonneries

 

Recréation des soubassements en brique à l’identique au niveau des baies qui en étaient dépourvues. Donc étaiement des linteaux pour démonter les maçonneries de silex que nous avons remplacées par des briques de 22 cm.

 

RECRÉATION DES JAMBAGES

La jonction jambage/soubassement a été reconfigurée. L’ensemble de ces zones avaient particulièrement souffert du fait de rénovations antérieures inadaptées des soubassements d’une part et de la modification d’ouverture recourant à un maçonnage hors trame existante.

 

AU-DESSUS DU SOUBASSEMENT

Le décroutage a laissé apparaître l’état réel du mur sur toute la longueur de la façade. Tout le rang de pierre au-dessus du soubassement avait été repris avec des briques, et caché par l’enduit Nous avons tout repris en enlevant ces éléments pour les remplacer par des pierres taillées et laissées apparentes.

Elles font à la jonction entre les soubassements et la façade d’un point de vue mécanique et esthétique en reliant subtilement les ouvertures les unes aux autres

 

« On est désormais en vraies briques et pierres et non plus en parement et la valorisation esthétique est importante ».

 

BCB : vous avez aussi modifié la partie située au-dessus des ouvertures

lmdT : Nous avons remis en place des bandeaux de briques au-dessus des linteaux de pierres pour redonner du rythme à la façade. Ces briques étaient présentent, mais recouvertes par un enduit de finition précédent. Et bien érodées, voir même  cassées en de nombreux points au-dessus des linteaux affaissés.

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures – Longère Saint Lyé                             les maçons de Troyes

Globalement, l’ensemble de ces réparations a gommé la modification des agencements de la façade, homogénéisé les matériaux et les appareillages de briques et de pierres. On a laissé des traces de transformations pour montrer le passage du temps. L’ensemble a vraiment gagné en cohérence.

Vue des bandeaux de briques restaurés

Vue des bandeaux de briques restaurés – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pas de volets, pas de feuillures pour respecter le mode constructif de cette longère de la fin 1880. Ici, nous sommes dans la région de la craie, la brique est très présente sur les constructions, parce nous sommes dans une région de briqueteries, et de tuileries. C’est tout cela qu’on voulait remettre au premier plan.

 

BCB : Comment avez-vous procédé pour la phase finition ?

lmdT : On a mis en place un dégrossi Tradical® Bâtir avec un sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé en application manuelle. La recharge s’est faite sur 1,5 cm en moyenne. Et puis on a laissé sécher cette application.

Pendant ce temps, on a refait tous les joints, pas uniquement ceux qui étaient détériorés. On a d’abord fait une recherche de teintes en utilisant la chaux Tradical® PF 80, de la brique pilée et du sable, pour revenir à la coloration initiale des joints en place.

Une fois les joints réalisés, on a procédé à un micro-gommage sur la brique et la pierre parce que quand on fait les joints, on salit toujours les matériaux en contact. On peut ainsi nettoyer la laitance, On a procédé de même sur les joints pour faire ressortir les grains de brique pilée tout en homogénéisant les joints anciens préservés et les nouveaux.

Ce micro-gommage se fait à 1 bar de pression, avec une gommeuse, c’est une sableuse qui permet de travailler  à faible pression (amplitude de 0.7 à 6 ou 7 bars), ce qui n’altère pas la pierre.

enduit de finition brossé

Enduit de finition brossé – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pour l’enduit de finition proprement dit, notre mélange maison nous a fait retrouver la couleur d’origine avec des sables de Puisaye et de Loire. Outre l’aspect teinte, nous avons pu restituer la texture d’antan en brossant la surface de l’enduit.

 

 

BCB : Pourquoi accordez-vous autant d’importance à la préparation de vos mortiers ?

lmdT : La coloration naturelle avec un sable local orangé et terreux crée une esthétique qui change au gré de la journée et du niveau d’ensoleillement pour à chaque instant livrer une ambiance unique.

Nous sommes loin des enduits monotones !

 

 

BCB : Et vous avez fini votre ouvrage par sa base : le soubassement.

lmdT : Oui, nous l’avons réalisé à la suite. Avec un mélange de brique pilée et de sable orange de Puisaye pour disposer d’une tonalité orangée, avec une finition brossée également. Nous avons imité ici le rendu actuel, grenu, qui est dû à l’érosion de la surface de l’enduit qui était initialement lissé.

Une fois tous les enduits secs, nous avons fait un gommage léger autour des briques pour livrer une esthétique très net.

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Cette restauration a nécessité beaucoup d’intervention, avec en moyenne, la présence de 2 compagnons. Excepté pour les 2 pignons, où dans l’objectif d’éviter les raccords, nous étions 4 pour faire l’enduit de finition, en application manuelle.

 

BCB : Vous avez aussi aménagé l’espace devant la façade Sud

Création d'une terrasse avec joint de fractionnement en brique

Création d’une terrasse avec joints de fractionnement en brique – Longère Saint Lyé                            les maçons de Toyes

lmdT : À la demande du propriétaire, nous avons également réalisé une terrasse en béton désactivé dont les joints de dilatation sont faits en briques. Ils se raccordent avec l’axe des chambranles des portes-fenêtres. On fait d’une pierre deux coups : on apporte davantage de confort en créant un espace de vie supplémentaire et on protège le pied de façade en réduisant l’impact des eaux de pluie qui seront dégagées vers le jardin. C’est tout simplement plus de longévité !

 

BCB : En traitant les indispensables « fonction/matériaux/esthétique », vous avez redonné son identité à une construction humble mais capable de traverser les siècles.

lmdT : Nous avons fait un travail minutieux de restauration avec de très nombreux points à réparer, certes. Mais cette longère illustre bien la maîtrise de nos « maçons d’avant » pour construire du confort avec une parfaite orientation, ici une exposition Sud-est, pour un ensoleillement optimal, et un agencement intérieur bénéficiant de pièces spacieuses de 7 à 8 m de largeur.

Il s’agit en fait d’une maison bioclimatique, avant que cette définition ne devienne notre incontournable objectif pour vivre mieux au XXIè. s.  Cette démarche faisait initialement partie des savoirs indispensables à la pratique des artisans qui nous ont précédés.

 

 

FICHE CHANTIER

  • LIEU : Saint-Lyé (dpt Aube)
  • MAÎTRISE D’OUVRAGE : Privée
  • ENTREPRISE : les maçons de Troyes – 150, route d’Auxerre – 10120 Saint-André-les-Vergers | site web : http://www.les-macons-de-troyes.fr/
  • APPLICATIONS enduit traditionnel à la chaux
    • Corps d’enduit : Chaux Tradical® Bâtir + sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé. Application manuelle. Épaisseur 1.5 cm
    • Enduit de finition : Chaux Tradical® PF 80 + sable de Puisaye et de Loire
    • Soubassement : Chaux Tradical® PF 80 + brique pilée + sable orangé de Puisaye

 

Crédits photos : ©Les Maçons de Troyes

A lire également :
le portrait express de la scop les maçons de Troyes sur https://www.bcb-tradical.com/les-120-ans-de-la-scop-les-macons-de-troyes/ 

 

Pour tout contact
Yannic Santandreu, Responsable Technique Tradical®, tél : 06 76 45 09 15 / mail : yannic.santandreu@lhoist.com

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

id quis, efficitur. eleifend sem, dictum