Avant / Après

Interview d'Alexis Allard, spécialiste de la restauration du patrimoine

restauration du château de la Gruzalière

Restauration avec reconfiguration de l’espace intérieur au Château de la Gruzalière

A Iteuil (dpt 86), Henri IV aurait dormi…au château de la Gruzalière…qui vient d’être restauré par une maîtrise d’ouvrage privé. Le projet a été élaboré par l’agence CGart architectes, spécialiste de la restauration du patrimoine. La réalisation des lots maçonneries/second-œuvre a été confiée à l’entreprise Domus Ars qui intervient régulièrement sur des ouvrages emblématiques de la Charente limousine, du Périgord et de la Dordogne. Visite guidée.

Interview de Alexis Allard, dirigeant de l’entreprise Domus Ars, par BCB, en octobre 2020

 

Restauration des façades à la chaux Tradical® - Domus Ars entreprise

Restauration des façades à la chaux Tradical® – Domus Ars entreprise

 

BCB : Le Château se situe dans un parc d’une centaine d’hectares avec beaucoup de bois. On y arrive par un long chemin bordé d’une haie de tilleuls plusieurs fois centenaires. Le cadre est scénographié et l’arrivée magnifique. Mais quel était l’état des lieux ?

Alexis Allard (Domus Ars) : Ce château est resté inhabité pendant très longtemps. Donc charpente couverture et maçonnerie était dégradées. Les maîtres d’ouvrages souhaitaient tout remettre en état en préservant le site et le cachet de l’édifice. Les différents corps d’état ont été menés de front. Domus Ars assumant la restauration des maçonneries et le nouvel agencement intérieur.

Notre intervention intégrait également la création de nouvelles chambres mansardées dans les combles, la recréation ou création de toutes les salles de bains, les sols et cuisines aménagées. A chaque fois avec la volonté d’utiliser le matériau le plus en phase avec le lieu.

Par exemple, pour les sols, la pierre est issue d’une carrière aux environs de Poitiers. Et c’est l’escalier existant qui nous a servi de référence pour retrouver la qualité initiale.

 

MODIFIER LA CIRCULATION INTÉRIEURE

 

BCB : Dans cet enjeu de la restauration s’est immiscé la possibilité de modifier la circulation intérieure.

AA : Ce château est en forme de L. Avec la particularité d’avoir en Rdc à l’intersection de ses 2 ailes un rocher de 90 m3. Il fait partie de la construction mais empêchait le passage d’une aile à l’autre sur ce niveau. Donc la communication entre les 2 parties du château se faisait par l’étage.

Le projet de l’agence d’architectes CGart à la maîtrise d’œuvre consistait à supprimer cette contrainte et donner ainsi une toute autre possibilité d’occuper les lieux et de s’y déplacer.

 

BCB : Mais comment supprime-t-on 90 m3 de rocher ?

AA : Sur ce patrimoine, on ne peut pas utiliser l’outillage habituel. Il faut impérativement limiter les vibrations. Donc on procède avec des grignoteuses, avec des scies également.

Et il a fallu éventrer la façade pour accéder plus facilement à ce rocher. Cela a généré de la reprise en sous-œuvre.

On en a profité pour créer 2 ouvertures neuves en façade, on ne les distingue plus maintenant tant elles sont bien intégrées. C’est la partie ardue du chantier. Mais le bénéfice est conséquent puisque en disposant d’un espace supplémentaire facilitant la circulation intérieure, l’habitabilité est améliorée. Ces mètres carrés gagnés se répartissent entre la création d’une nouvelle cage d’escalier démarrant en Rdc, un accès couloir et un vestiaire/sanitaire.

Une lumière naturelle très présente pour éclairer ce grand volume

Une lumière naturelle très présente pour éclairer ce grand volume

 

RESTITUER LA QUALITÉ DES FINITIONS DANS LE CADRE PATRIMONIAL

 

BCB : Le gain en m² se traduit également par un nouveau volume à habiller.

AA : Nous avons croisés nos références :

  • Pour une part, au niveau moyen technique, nous nous sommes inspirés du principe d’un revêtement en place. A savoir un vieux plâtre présent sur les murs, comme cela se faisait au 19è s., imitant grossièrement la pierre de taille.
  • Et pour une autre part, au niveau esthétique, la maîtrise d’œuvre a validé le rendu de pierres de taille présente sous un escalier

 

Donc sur les murs montés en moellons, on réalise un dégrossi sur lequel ensuite est appliqué notre enduit à la pierruche (mortier Tradical® PF 60 + poudre de pierre) avec la création d’un appareillage type pierre. On le retravaille avec les outils de taille de pierre pour créer une texture, au chemin de fer par exemple. Ensuite la surface est moirée pour donner une patine naturelle, on adoucit la surface, on restitue une usure.

Nous avons réutilisé cette technique de la pierruche pour les soffites, avec la création d’appareillages et mis en place également des enduits de chaux aérienne classiques sur certaines parties.

 

COMMENT RÉPARER DES MAÇONNERIES ?

 

BCB : Nous venons d’aborder le sujet de la création d’un nouvel espace intérieur permettant de repenser la circulation intérieure. L’autre aspect conséquent abordé lors de cette restauration a été la réparation des maçonneries. Comment définissez-vous les endroits nécessitant une intervention ?

AA : Cela demande au préalable, un bon repérage, un bon diagnostic des murs. Et cela implique de l’expérience. Il faut détecter les déformations de maçonneries qui servent alors de repères. Et cette phase-là se fait bien en amont du démarrage d’un chantier, parce qu’elle détermine la nature des travaux à programmer et donc les budgets. Nous pouvons répondre précisément avec l’architecte du patrimoine, ici l’agence CGart (avec laquelle nous travaillons depuis très longtemps), à notre client ou futur client sur la nature des travaux à mener et sur leur ampleur.

 

BCB : En quoi consiste ce type de réparation de maçonneries ?

Il y a une partie remaillage lorsque le montage de la maçonnerie est détérioré localement. Mais nous avons surtout des coulis à réaliser lorsque le mortier de chaux ne lie plus les moellons ou les pierres de taille et qu’il peut y avoir risque d’affaissement des parois.

On procède alors en révisant tous les joints pour être sûr que le coulis ne sorte pas de la paroi, Et puis on refait des trous aux endroits stratégiques. On commence à déverser la préparation Tradical® Bâtir + Eau au niveau n+1, quand il y a débordement au niveau zéro par les trous témoins, on les bouche, on sait alors que la préparation a cheminé correctement dans la maçonnerie pour combler les manques, nous faisons cela de manière très systématique. Je restitue l’intégrité des maçonneries en faisant ces coulis,

« Je restitue l’intégrité des maçonneries en faisant ces coulis »

 

 

RÉALISATION D’ENDUITS À PIERRES VUES POUR L’EXTÉRIEUR

 

BCB : Comment avez-vous procédé pour la restauration des façades ?

AA : Du fait de l’état général du revêtement, on a tout décroûté. Ce bâtiment a été construit sur différentes périodes, remanié, donc on a mis au jour des maçonneries hétérogènes au niveau montage et matériaux. L’option enduit à pierres avait été retenue. Donc dans ce cas, la tâche est compliquée parce qu’on est en présence de moellons de types très différents. Certains présentent davantage d’arêtes, d’autres sont plus arrondis…Alors pour réaliser malgré tout un rendu cohérent, on n’a laissé apparaître la pierre qu’avec parcimonie.

 

BCB : Quel était le mode opératoire pour réaliser cet enduit à pierres vues ?

AA : On a réalisé une couche appliquée en 2 passes, avec dans un premier temps un remplissage de fond de joint, puis application à l’avancement de la finition. Le fait d’être en 2 passes avec la chaux Tradical® PF 80 nous permet de rester parfaitement homogène quant au matériau et sur des épaisseurs cohérentes à chaque fois. Nous évitons les surépaisseurs sur la 2ème passe pour nous assurer d’une réalisation de qualité.

 

BCB : Quand on aborde l’enduit de finition : sable, couleur et granulométrie sont à chaque fois des éléments à définir…

AA : On a choisi un sable de carrière non lavé, dans lequel nous ajoutons des éléments dont des terres naturelles colorantes, pour disposer d’un mélange de granulométrie 0/4. Il a fallu réaliser plusieurs échantillons pour valider à la fois la coloration et le niveau d’affleurement de l’enduit à pierres vues, par rapport à cette problématique de l’hétérogénéité des moellons.

Et un tel enduit est appliqué manuellement, donc on peut facilement imaginer le caractère chronophage de cette phase chantier.

 

PRÉSERVATION ET RÉPARATION DES PIERRES DE TAILLE ET DES PIERRES SCULPTÉES

 

BCB : Quel niveau d’intervention a été déployé pour répondre au besoin d’entretien du registre décoratif en pierre ?

AA : Même si globalement l’ensemble des pierres de taille était relativement bien conservé, il a fallu de toute façon au minimum, nettoyer les pierres et les reminéraliser. Nous avons fait une « révision » complète, des lucarnes en toiture jusqu’à l’ensemble des ouvertures et modénatures.

Dans certains cas, nous avons dû faire des greffes de pierre, retoucher ou restaurer à la pierruche (mortier de réparation de la pierre composé de poudre de pierre et de Tradical® PF 60)

Lorsqu’il a fallu remplacer des pierres, nous avons fait les dégrossis en atelier, et affiné l’ouvrage sur chantier. C’est le procédé classique de la taille de pierre. Dans ce cadre, c’est ma responsable d’atelier, tailleuse de pierre, qui gère cette phase. Ensuite sur site, l’ensemble de mes maçons est à même d’intervenir pour finir l’ouvrage, y compris les patines.

Point très positif, les pierres sculptées avec des motifs floraux, des grappes de raisins ou des petites bêtes par exemple étaient très bien conservées.

 

CRÉATION D’OUVERTURE AVEC ENCADREMENT EN PIERRE

 

BCB : Sur ce chantier de restauration, il y a en fait aussi de la création pierre de taille.

AA : Effectivement, au niveau de la pièce qui a pris place là où se situait initialement le rocher que nous avons supprimé, nous avons créé une ouverture dans le respect des proportions et du registre décoratif du château.

Il a fallu prendre toutes les précautions d’usage avec un étaiement de l’ouverture créée pour éviter tout affaissement de la paroi.

 

UN CADRE ARCHITECTURAL RESTITUÉ

 

AA : Globalement, on a utilisé les techniques habituelles de la restauration et comme nous l’avons vu, le changement de morphologie du Rdc a occupé beaucoup de place dans notre planning chantier.

L’ensemble des travaux a requis plus de 10000 h d’intervention pour plusieurs compagnons sur 2 années de chantier pour livrer un ouvrage bénéficiant de toutes les commodités de notre siècle, dans le respect du cadre initial. Nous avons ajouté une strate à la suite des nombreuses évolutions vécues par le Château de la Gruzalière.

« Nous avons ajouté une strate à la suite des nombreuses évolutions vécues par le Château de la Gruzalière. »

Livraison du chantier avec ses façades restaurées à la chaux aérienne

Livraison du chantier avec ses façades restaurées à la chaux aérienne

 

FICHE CHANTIER CHÂTEAU DE LA GRUZALIÈRE

 

LES ACTEURS

Maîtrise d’ouvrage : privée

Maîtrise d’œuvre : CGart : CGart architectes

Entreprise : Domus Ars – 100 Rue Jean Jaurès, 16600 Magnac-sur-Touvre – http://www.domusars.fr/

 

LIEU : Iteuil

DATE DE LIVRAISON : 2020

APPLICATIONS

  • Coulis de confortement : Chaux Tradical® Bâtir + eau
  • Maçonnage : Chaux Tradical® Bâtir + sable local
  • Sous-enduit : avec la chaux Tradical® Bâtir + sable
  • Pierruche (Fausse pierre) : avec la chaux Tradical® PF 60 + poudre de pierre
  • Enduit de finition extérieur : avec la chaux Tradical® PF 80

 

LES CHAUX

  • Tradical® PF 80, chaux de classe FL A 2),
  • Tradical® Bâtir, chaux de classe FL A 3.5)
  • et Tradical® PF 60, (ou Tradical® Reparoc), chaux de classe FL A 5

sont des chaux conforment à la norme européenne des chaux de construction NF EN 459. Elles contiennent le plus fort taux de chaux aérienne du marché.

 

CREDITS PHOTOS / Domus Ars et BCB Tradical®

 

Votre contact pour aller plus loin : 

Charles PASCAL, conseiller technique Tradical® , tél 06 25 13 64 79 , mail : charles.pascal@lhoist.com

Longère Saint Lyé les maçons de Troyes

La chaux pour une longère auboise

On a l’impression que tout était déjà en place, et que l’intervention de l’entreprise les maçons de Troyes tiendrait davantage de l’entretien que de la restauration. Mais en fait le déroulé du chantier montre que de très nombreuses réparations étaient nécessaires en maçonnerie et enduit. Cette longère à Saint Lyé retrouve un dessin de modénature équilibré et des matériaux jouant parfaitement leurs rôles. Un hommage aux savoir-faire des artisans d’antan qui savaient construire pour passer les siècles. On répare et on peut de nouveau y vivre et transmettre.

Interview de Gilbert Gallet par BCB Tradical® / Février 2020

 

 

BCB : Comment avez-vous abordé ce chantier ?

Les maçons de Troyes : Nous prenons toujours le temps de l’analyse et de l’explication afin que notre client comprenne le pourquoi des travaux que nous proposons de réaliser.

Ici, nous sommes en présence d’un système de construction classique. Avec un rôle prépondérant assuré par le soubassement. Et comme pour nombre de rénovations passées, il y a eu des réparations ciment, matériau qui utilisé pur est source de désordre parce que insuffisamment perméant vis-à-vis des systèmes constructifs anciens.

 

Sur cette maison, la façade nord a conservé ses enduits de briques pilées en soubassement, et ses enduits à la chaux en façade. Ce parfait état de conservation nous a servi de référence pour une restauration à l’identique en matériaux, granulats, teintes et texture.

 

La comparaison avec les 3 autres façades nous a permis d’expliquer les détériorations

Par exemple, au fil du temps, des pierres dégradées par l’action du gel ont cassé et ont été remplacées par du mortier de ciment accentuant le phénomène. Il faut savoir que nous sommes sur un territoire de pierre très tendre qui absorbe facilement l’eau. Nous avons aussi expliqué l’importance de disposer d’un soubassement conçu avec des matériaux spécifiques pour résister à l’action habituelle des remontées capillaires chargées de sels naturellement présents dans le sol et qui peuvent détruire à moyen/long terme le mortier du soubassement. Et du coup supprimer la protection de la façade et donc des matériaux qui la composent et engendrer des réparations.

 

Nous avons proposé de remettre en l’état avec l’objectif de travailler dans les règles de l’art et montrer comment tout était construit et pourquoi il fallait remettre en l’état, par exemple brique pilée chaux au niveau du soubassement. Pourquoi la pierre a été remplacée par du ciment à une époque, cause zone humide, donc le bandeau se dégrade et remplacement par du ciment.

La pierre a gelé au fil du temps car eau emprisonnée et détérioré les pierres au-dessus et donc gelé elle se casse, comme c’est de la craie qui prend facilement l’eau, à force délitement.

Ces constats font partie des classiques de la vie d’un bâtiment. Par contre il faut y apporter les bons remèdes.

 

 

CHRONOLOGIE DES TRAVAUX DE RESTAURATION DE LA LONGÈRE.

 

BCB : Par quels travaux avez-vous démarré ?

lmdT : Nous avons d’abord démonté la véranda, puis posé l’échafaudage. Ensuite, nous avons fait tomber l’enduit existant en soubassement et façade, Puis là nous avons pu traiter point par point :

  • La remise en place de briques en 2 formats 30 x 4 x 13 cm et 26 x 3 x 11 cm alternant brique et pierre
  • La recréation des appuis de fenêtre
  • La reconstitution des bandeaux de briques au-dessus des fenêtres
Longère de Saint Lyé

Décroutage complet de la façade et des 2 murs pignons – Longère de Saint Lyé  – les maçons de Troyes

BCB : Vous avez fait un travail important au niveau des ouvertures !

lmdT : Quand on regarde précisément la configuration des ouvertures, on se rend compte qu’il y a une accumulation de désordres qui ont nécessité de nombreuses interventions :

 

REMONTÉE et Réalignement des linteaux.

Nous avons repris effectivement l’ensemble des linteaux car toutes les clès des ouvertures étaient affaissées de quelques centimètres du fait du mouvement des façades au long des 140 ans de vie de l’ouvrage. Cela s’est traduit par :

  • Un démontage des clés composant les linteaux
  • Une repose de ces clés pour remaçonnage des pierres au-dessus des linteaux.
  • Une stabilisation des maçonneries

 

Recréation des soubassements en brique à l’identique au niveau des baies qui en étaient dépourvues. Donc étaiement des linteaux pour démonter les maçonneries de silex que nous avons remplacées par des briques de 22 cm.

 

RECRÉATION DES JAMBAGES

La jonction jambage/soubassement a été reconfigurée. L’ensemble de ces zones avaient particulièrement souffert du fait de rénovations antérieures inadaptées des soubassements d’une part et de la modification d’ouverture recourant à un maçonnage hors trame existante.

 

AU-DESSUS DU SOUBASSEMENT

Le décroutage a laissé apparaître l’état réel du mur sur toute la longueur de la façade. Tout le rang de pierre au-dessus du soubassement avait été repris avec des briques, et caché par l’enduit Nous avons tout repris en enlevant ces éléments pour les remplacer par des pierres taillées et laissées apparentes.

Elles font à la jonction entre les soubassements et la façade d’un point de vue mécanique et esthétique en reliant subtilement les ouvertures les unes aux autres

 

« On est désormais en vraies briques et pierres et non plus en parement et la valorisation esthétique est importante ».

 

BCB : vous avez aussi modifié la partie située au-dessus des ouvertures

lmdT : Nous avons remis en place des bandeaux de briques au-dessus des linteaux de pierres pour redonner du rythme à la façade. Ces briques étaient présentent, mais recouvertes par un enduit de finition précédent. Et bien érodées, voir même  cassées en de nombreux points au-dessus des linteaux affaissés.

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures

Remise en état des bandeaux de briques au dessus des ouvertures – Longère Saint Lyé                             les maçons de Troyes

Globalement, l’ensemble de ces réparations a gommé la modification des agencements de la façade, homogénéisé les matériaux et les appareillages de briques et de pierres. On a laissé des traces de transformations pour montrer le passage du temps. L’ensemble a vraiment gagné en cohérence.

Vue des bandeaux de briques restaurés

Vue des bandeaux de briques restaurés – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pas de volets, pas de feuillures pour respecter le mode constructif de cette longère de la fin 1880. Ici, nous sommes dans la région de la craie, la brique est très présente sur les constructions, parce nous sommes dans une région de briqueteries, et de tuileries. C’est tout cela qu’on voulait remettre au premier plan.

 

BCB : Comment avez-vous procédé pour la phase finition ?

lmdT : On a mis en place un dégrossi Tradical® Bâtir avec un sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé en application manuelle. La recharge s’est faite sur 1,5 cm en moyenne. Et puis on a laissé sécher cette application.

Pendant ce temps, on a refait tous les joints, pas uniquement ceux qui étaient détériorés. On a d’abord fait une recherche de teintes en utilisant la chaux Tradical® PF 80, de la brique pilée et du sable, pour revenir à la coloration initiale des joints en place.

Une fois les joints réalisés, on a procédé à un micro-gommage sur la brique et la pierre parce que quand on fait les joints, on salit toujours les matériaux en contact. On peut ainsi nettoyer la laitance, On a procédé de même sur les joints pour faire ressortir les grains de brique pilée tout en homogénéisant les joints anciens préservés et les nouveaux.

Ce micro-gommage se fait à 1 bar de pression, avec une gommeuse, c’est une sableuse qui permet de travailler  à faible pression (amplitude de 0.7 à 6 ou 7 bars), ce qui n’altère pas la pierre.

enduit de finition brossé

Enduit de finition brossé – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Pour l’enduit de finition proprement dit, notre mélange maison nous a fait retrouver la couleur d’origine avec des sables de Puisaye et de Loire. Outre l’aspect teinte, nous avons pu restituer la texture d’antan en brossant la surface de l’enduit.

 

 

BCB : Pourquoi accordez-vous autant d’importance à la préparation de vos mortiers ?

lmdT : La coloration naturelle avec un sable local orangé et terreux crée une esthétique qui change au gré de la journée et du niveau d’ensoleillement pour à chaque instant livrer une ambiance unique.

Nous sommes loin des enduits monotones !

 

 

BCB : Et vous avez fini votre ouvrage par sa base : le soubassement.

lmdT : Oui, nous l’avons réalisé à la suite. Avec un mélange de brique pilée et de sable orange de Puisaye pour disposer d’une tonalité orangée, avec une finition brossée également. Nous avons imité ici le rendu actuel, grenu, qui est dû à l’érosion de la surface de l’enduit qui était initialement lissé.

Une fois tous les enduits secs, nous avons fait un gommage léger autour des briques pour livrer une esthétique très net.

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye

Soubassement chaux + brique pilée + sable de Puisaye – Longère Saint Lyé – les maçons de Troyes

Cette restauration a nécessité beaucoup d’intervention, avec en moyenne, la présence de 2 compagnons. Excepté pour les 2 pignons, où dans l’objectif d’éviter les raccords, nous étions 4 pour faire l’enduit de finition, en application manuelle.

 

BCB : Vous avez aussi aménagé l’espace devant la façade Sud

Création d'une terrasse avec joint de fractionnement en brique

Création d’une terrasse avec joints de fractionnement en brique – Longère Saint Lyé                            les maçons de Toyes

lmdT : À la demande du propriétaire, nous avons également réalisé une terrasse en béton désactivé dont les joints de dilatation sont faits en briques. Ils se raccordent avec l’axe des chambranles des portes-fenêtres. On fait d’une pierre deux coups : on apporte davantage de confort en créant un espace de vie supplémentaire et on protège le pied de façade en réduisant l’impact des eaux de pluie qui seront dégagées vers le jardin. C’est tout simplement plus de longévité !

 

BCB : En traitant les indispensables « fonction/matériaux/esthétique », vous avez redonné son identité à une construction humble mais capable de traverser les siècles.

lmdT : Nous avons fait un travail minutieux de restauration avec de très nombreux points à réparer, certes. Mais cette longère illustre bien la maîtrise de nos « maçons d’avant » pour construire du confort avec une parfaite orientation, ici une exposition Sud-est, pour un ensoleillement optimal, et un agencement intérieur bénéficiant de pièces spacieuses de 7 à 8 m de largeur.

Il s’agit en fait d’une maison bioclimatique, avant que cette définition ne devienne notre incontournable objectif pour vivre mieux au XXIè. s.  Cette démarche faisait initialement partie des savoirs indispensables à la pratique des artisans qui nous ont précédés.

 

 

FICHE CHANTIER

  • LIEU : Saint-Lyé (dpt Aube)
  • MAÎTRISE D’OUVRAGE : Privée
  • ENTREPRISE : les maçons de Troyes – 150, route d’Auxerre – 10120 Saint-André-les-Vergers | site web : http://www.les-macons-de-troyes.fr/
  • APPLICATIONS enduit traditionnel à la chaux
    • Corps d’enduit : Chaux Tradical® Bâtir + sable 0/4 roulé de couleur blanc cassé. Application manuelle. Épaisseur 1.5 cm
    • Enduit de finition : Chaux Tradical® PF 80 + sable de Puisaye et de Loire
    • Soubassement : Chaux Tradical® PF 80 + brique pilée + sable orangé de Puisaye

 

Crédits photos : ©Les Maçons de Troyes

A lire également :
le portrait express de la scop les maçons de Troyes sur https://www.bcb-tradical.com/les-120-ans-de-la-scop-les-macons-de-troyes/ 

 

Pour tout contact
Yannic Santandreu, Responsable Technique Tradical®, tél : 06 76 45 09 15 / mail : yannic.santandreu@lhoist.com

BCB Tradical, votre expert en béton de chanvre et chaux aérienne.

Restauration à la chaux du Palais des Évêques

Restauration à la chaux du Palais des Évêques 2/2

Le Palais des Évêques de Bourg-Saint-Andéol, fait l’objet d’une restauration démarrée il y a 17 ans. Ce château propriété des seigneurs du bourg au XIIe puis de l’Archevêque de Viviers au XIIIe s. est riche d’une histoire qui rend ce lieu unique entre Valence et Avignon.

Jacques Lextreyt, propriétaire du lieu gère la restauration depuis l’origine en fond propre. Il s’est entouré de spécialistes comme PIAM, tailleur de pierre et spécialiste de la restauration à la chaux (voir son portrait dans la newsletter du 12/2017) …pour intervenir sur ce bâtiment classé Monument Historique depuis 1946

Interview de Mr Jacques Lextreyt le 08 12 2017 : BCB Tradical®

 

BCB : Où en êtes-vous de cette restauration minutieuse ?

Jacques Lextreyt : Les derniers travaux importants concernent les murs extérieurs de l’ancien grenier à blé qui fait 240 m² au sol par 7 m de hauteur, avec principalement côté rue :

  • La dépollution des parois enduites au ciment
  • L’enfouissement des fils électriques
  • La suppression des accroches présentes sur les murs

Ce grenier à blé a été transformé au XVIIe avec notamment l’agrandissement des ouvertures pour devenir une salle d’apparat. Le plancher d’étage initial a été remplacé par des voûtes qui transfigurent le volume. Les fenêtres nord ont toutes été remplacées.

La prochaine phase de travaux consistera en un décroutage du ciment qui recouvre les murs intérieurs sur une hauteur de 2 m.

Au-dessus de cette limite, vous pouvez constater que les badigeons appliqués sur l’ensemble des voutes sont en parfait état, et n’ont pas bougé depuis leur application, il y a 16 ans.

 

BCB : Nous sommes dans la cour centrale desservant l’ensemble des bâtiments, cet endroit permet de décrypter l’évolution du site

JL : En effet, la phase de décroutage des murs de façades donnant sur cette cour a révélé des pierres portant des écrits du XVIe, ainsi que les anciennes ouvertures et les reconfigurations des XIIIe, XIVe et XVe s. On voit ainsi comment s’est construit le site, qui a fortement évolué au fil du temps.

À titre d’exemple, antérieurement à la création de cette cour constituée au XVIIe, passait une rue dessinée au XVe s.

La cour d’honneur qui dessert les différents corps de bâtiments, dont cette salle d’apparat, elle aussi, avait été gravement détériorée. Nous avons dû enlever le goudron qui la recouvrait afin que le sol puisse se régénérer et recevoir un traitement paysagé intégrant la plantation de 120 plantes médicinales et aromatiques composant le nouveau parterre.

 

BCB : Nous entrons dans le bâtiment principal. C’est le point de départ vers différents espaces

JL : Dans l’ENTRÉE, les murs sont du XIIIe s. avec un litage parfait. Nous avons remis à niveau le sol sur le seul plan du XIVe en reposant des carreaux d’origine prélevés sur le site.

Dans l’enfilade de l’entrée nous avons restitué une ouverture dans le mur de la façade est, en nous appuyant sur la trace d’une amorce d’un arc matérialisé par une pierre taillée à peine visible alors. Cette grande baie donne accès maintenant à la terrasse que nous avons également reconfigurée.

Principe de circulation dans le Palais des Eveques

plan de principe du Palais des Évêques

BCB : La terrasse, véritable cour extérieure procure une vue à 180° sur le Rhône mais facilite également l’accès à tous les détails des façades qui l’encadrent

JL : Initialement, le Rhône venait battre les pieds du bâtiment. Le revêtement en bois que nous avons posé signale l’extension de cette terrasse au XIXe.

On voit également à partir de cet emplacement l’évolution de la façade de l’extension du XIVe, avec des différences d’appareillage. Les pierres constituant un escalier extérieur ont été démontées à cette époque et réutilisées pour édifier cette partie du Palais.

Pour la façade XVe, il a fallu retailler une gargouille car l’originale était très détériorée. Et là PIAM a été dans l’excellence, en réalisant cet ouvrage en 3 jours à partir d’un bloc brut de pierre.

 

BCB : Pour l’extension du XIVe, extérieur et intérieur, quels points singuliers souligner ?

JL : FAÇADE COTÉ TERRASSE, la réfection de 2 meneaux a nécessité une recherche iconographique afin de restituer des formes propres à chacun, avec un dessin début du XIVe pour l’un et fin XIVe pour le second. Autre point dans notre histoire plus récente, Bourg Saint Andéol était un port important entre Avignon et Valence. La cité a fait l’objet de bombardements importants lors de la seconde guerre mondiale, ébranlant la structure du bâtiment. Mais les tirants mis en place après 1945 sont totalement intégrés maintenant et ne dénaturent pas l’esthétique des parois.

On retrouve également une ornementation de « coquille » sur certains linteaux. Il faut se rappeler que Bourg Saint Andéol est sur une des routes menant à Saint-Jacques de Compostelle.

 

JL : DANS LE BÂTIMENT, on a vécu une belle surprise avec la découverte d’une pièce occultée lors d’une précédente intervention. Nous avons restitué l’entrée initiale et débarrassé les gravas accumulés sur 2 à 3 m d’épaisseur. Pour ensuite refaire enduit et badigeon à la chaux Tradical®, et posé au sol des carreaux du XVe, de petit format carré.  Cette pièce reçoit désormais une collection de plantes médicinales et d’instruments du monde médical comme on n’en trouve plus et qui font échos à mon activité professionnelle.

 

BCB : Dans la partie XVe, vous avez recréé une zone de forte attractivité !

JL : LA SALLE DES BANQUETS effectivement est redevenu un lieu animé.

Avec la découverte de la cheminée qui était entièrement murée et que nous avons pu remettre au premier plan. Les sols ont retrouvé également une configuration et une esthétique cohérente avec la suppression  des carreaux de céramique remplacés par des carreaux de pierre.

Le badigeon de chaux Tradical® sur les murs reprend la couleur initiale à l’identique.

Cette restauration a permis la mise à jour de décors XVIIe uniques en France. Ils font de ce Palais des Évêques une référence dans l’art pictural.

 

Cette salle accueille désormais des banquets organisés selon les codes du XVe. Avec les recettes de cette époque, utilisant épices et aromates, et qui sont à l’origine de notre culture culinaire. La très grande cheminée reconstituée assure le confort de cet espace grâce à la très bonne répartition de la chaleur assurée par les voutes.

 

JL : Autre pièce unique : LA CUISINE.

Peu de cuisine du XVe ont traversé le temps. Elles ont toutes été transformées. Celle du Palais est la seule en fonction aujourd’hui, après sa restauration. Elle démontre ainsi toute l’inventivité de l’agencement. Ici on dispose en un même lieu d’un four pour les pâtisseries, d’une cheminée pour préparer les sauces, d’une cheminée plus imposante pour cuire les viandes. La grande cheminée de la cuisine est équipée de 3 crémaillères pour cuisiner différents plats en même temps. L’évier grand format est même pourvu d’un réservoir d’eau pour nettoyer les ustensiles.

L’ensemble de cette activité bénéficiant d’un éclairage naturel de bonne qualité du fait de l’attention portée aux ouvertures. L’acoustique même renforce le sentiment de tranquillité qui émane de cet espace minéral.

 

 

La visite pourrait durer bien plus longtemps pour déambuler dans les 100 pièces de ce site classé, riche de ses 8 siècles d’histoires. Pour découvrir concrètement le Palais de Bourg-Saint-Andéol et vous y rendre par le net ou physiquement, suivez le lien http://www.palais-des-eveques.fr/

 

 

Voir l’article précédent : Palais des Évêques, épisode ½

Portrait de PIAM, tailleur de pierre

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  • Eric Delanoë, Conseiller Technique Tradical®, tél 06.76.45.09.03
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