Avant / Après

Restauration à la chaux du Palais des Évêques

Restauration à la chaux du Palais des Évêques 2/2

Le Palais des Évêques de Bourg-Saint-Andéol, fait l’objet d’une restauration démarrée il y a 17 ans. Ce château propriété des seigneurs du bourg au XIIe puis de l’Archevêque de Viviers au XIIIe s. est riche d’une histoire qui rend ce lieu unique entre Valence et Avignon.

Jacques Lextreyt, propriétaire du lieu gère la restauration depuis l’origine en fond propre. Il s’est entouré de spécialistes comme PIAM, tailleur de pierre et spécialiste de la restauration à la chaux (voir son portrait dans la newsletter du 12/2017) …pour intervenir sur ce bâtiment classé Monument Historique depuis 1946

Interview de Mr Jacques Lextreyt le 08 12 2017 : BCB Tradical®

 

BCB : Où en êtes-vous de cette restauration minutieuse ?

Jacques Lextreyt : Les derniers travaux importants concernent les murs extérieurs de l’ancien grenier à blé qui fait 240 m² au sol par 7 m de hauteur, avec principalement côté rue :

  • La dépollution des parois enduites au ciment
  • L’enfouissement des fils électriques
  • La suppression des accroches présentes sur les murs

Ce grenier à blé a été transformé au XVIIe avec notamment l’agrandissement des ouvertures pour devenir une salle d’apparat. Le plancher d’étage initial a été remplacé par des voûtes qui transfigurent le volume. Les fenêtres nord ont toutes été remplacées.

La prochaine phase de travaux consistera en un décroutage du ciment qui recouvre les murs intérieurs sur une hauteur de 2 m.

Au-dessus de cette limite, vous pouvez constater que les badigeons appliqués sur l’ensemble des voutes sont en parfait état, et n’ont pas bougé depuis leur application, il y a 16 ans.

 

BCB : Nous sommes dans la cour centrale desservant l’ensemble des bâtiments, cet endroit permet de décrypter l’évolution du site

JL : En effet, la phase de décroutage des murs de façades donnant sur cette cour a révélé des pierres portant des écrits du XVIe, ainsi que les anciennes ouvertures et les reconfigurations des XIIIe, XIVe et XVe s. On voit ainsi comment s’est construit le site, qui a fortement évolué au fil du temps.

À titre d’exemple, antérieurement à la création de cette cour constituée au XVIIe, passait une rue dessinée au XVe s.

La cour d’honneur qui dessert les différents corps de bâtiments, dont cette salle d’apparat, elle aussi, avait été gravement détériorée. Nous avons dû enlever le goudron qui la recouvrait afin que le sol puisse se régénérer et recevoir un traitement paysagé intégrant la plantation de 120 plantes médicinales et aromatiques composant le nouveau parterre.

 

BCB : Nous entrons dans le bâtiment principal. C’est le point de départ vers différents espaces

JL : Dans l’ENTRÉE, les murs sont du XIIIe s. avec un litage parfait. Nous avons remis à niveau le sol sur le seul plan du XIVe en reposant des carreaux d’origine prélevés sur le site.

Dans l’enfilade de l’entrée nous avons restitué une ouverture dans le mur de la façade est, en nous appuyant sur la trace d’une amorce d’un arc matérialisé par une pierre taillée à peine visible alors. Cette grande baie donne accès maintenant à la terrasse que nous avons également reconfigurée.

Principe de circulation dans le Palais des Eveques

plan de principe du Palais des Évêques

BCB : La terrasse, véritable cour extérieure procure une vue à 180° sur le Rhône mais facilite également l’accès à tous les détails des façades qui l’encadrent

JL : Initialement, le Rhône venait battre les pieds du bâtiment. Le revêtement en bois que nous avons posé signale l’extension de cette terrasse au XIXe.

On voit également à partir de cet emplacement l’évolution de la façade de l’extension du XIVe, avec des différences d’appareillage. Les pierres constituant un escalier extérieur ont été démontées à cette époque et réutilisées pour édifier cette partie du Palais.

Pour la façade XVe, il a fallu retailler une gargouille car l’originale était très détériorée. Et là PIAM a été dans l’excellence, en réalisant cet ouvrage en 3 jours à partir d’un bloc brut de pierre.

 

BCB : Pour l’extension du XIVe, extérieur et intérieur, quels points singuliers souligner ?

JL : FAÇADE COTÉ TERRASSE, la réfection de 2 meneaux a nécessité une recherche iconographique afin de restituer des formes propres à chacun, avec un dessin début du XIVe pour l’un et fin XIVe pour le second. Autre point dans notre histoire plus récente, Bourg Saint Andéol était un port important entre Avignon et Valence. La cité a fait l’objet de bombardements importants lors de la seconde guerre mondiale, ébranlant la structure du bâtiment. Mais les tirants mis en place après 1945 sont totalement intégrés maintenant et ne dénaturent pas l’esthétique des parois.

On retrouve également une ornementation de « coquille » sur certains linteaux. Il faut se rappeler que Bourg Saint Andéol est sur une des routes menant à Saint-Jacques de Compostelle.

 

JL : DANS LE BÂTIMENT, on a vécu une belle surprise avec la découverte d’une pièce occultée lors d’une précédente intervention. Nous avons restitué l’entrée initiale et débarrassé les gravas accumulés sur 2 à 3 m d’épaisseur. Pour ensuite refaire enduit et badigeon à la chaux Tradical®, et posé au sol des carreaux du XVe, de petit format carré.  Cette pièce reçoit désormais une collection de plantes médicinales et d’instruments du monde médical comme on n’en trouve plus et qui font échos à mon activité professionnelle.

 

BCB : Dans la partie XVe, vous avez recréé une zone de forte attractivité !

JL : LA SALLE DES BANQUETS effectivement est redevenu un lieu animé.

Avec la découverte de la cheminée qui était entièrement murée et que nous avons pu remettre au premier plan. Les sols ont retrouvé également une configuration et une esthétique cohérente avec la suppression  des carreaux de céramique remplacés par des carreaux de pierre.

Le badigeon de chaux Tradical® sur les murs reprend la couleur initiale à l’identique.

Cette restauration a permis la mise à jour de décors XVIIe uniques en France. Ils font de ce Palais des Évêques une référence dans l’art pictural.

 

Cette salle accueille désormais des banquets organisés selon les codes du XVe. Avec les recettes de cette époque, utilisant épices et aromates, et qui sont à l’origine de notre culture culinaire. La très grande cheminée reconstituée assure le confort de cet espace grâce à la très bonne répartition de la chaleur assurée par les voutes.

 

JL : Autre pièce unique : LA CUISINE.

Peu de cuisine du XVe ont traversé le temps. Elles ont toutes été transformées. Celle du Palais est la seule en fonction aujourd’hui, après sa restauration. Elle démontre ainsi toute l’inventivité de l’agencement. Ici on dispose en un même lieu d’un four pour les pâtisseries, d’une cheminée pour préparer les sauces, d’une cheminée plus imposante pour cuire les viandes. La grande cheminée de la cuisine est équipée de 3 crémaillères pour cuisiner différents plats en même temps. L’évier grand format est même pourvu d’un réservoir d’eau pour nettoyer les ustensiles.

L’ensemble de cette activité bénéficiant d’un éclairage naturel de bonne qualité du fait de l’attention portée aux ouvertures. L’acoustique même renforce le sentiment de tranquillité qui émane de cet espace minéral.

 

 

La visite pourrait durer bien plus longtemps pour déambuler dans les 100 pièces de ce site classé, riche de ses 8 siècles d’histoires. Pour découvrir concrètement le Palais de Bourg-Saint-Andéol et vous y rendre par le net ou physiquement, suivez le lien http://www.palais-des-eveques.fr/

 

 

Voir l’article précédent : Palais des Évêques, épisode ½

Portrait de PIAM, tailleur de pierre

Contact
  • Eric Delanoë, Conseiller Technique Tradical®, tél 06.76.45.09.03
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